Publié le 29 septembre 2025 à 13h51. La Commission indépendante pour les infrastructures (ICI) aux Philippines, chargée d’enquêter sur un vaste scandale de corruption lié à des projets de travaux publics, est confrontée à des pressions croissantes pour assurer la transparence de ses investigations, alors qu’elle maintient pour l’instant ses audiences à huis clos.
- L’ICI, créée par le président Ferdinand Marcos Jr., enquête sur des anomalies dans des projets de travaux publics d’une valeur de plusieurs milliards de pesos (plusieurs milliards d’euros).
- La décision de ne pas diffuser les audiences en direct suscite des critiques de la part des défenseurs de la transparence et de certains parlementaires.
- Des voix s’élèvent pour exiger que les procédures de la commission soient ouvertes au public, afin de rétablir la confiance des Philippins.
Manille, Philippines – La Commission indépendante pour les infrastructures (ICI), mise en place pour faire la lumière sur des irrégularités dans des projets d’infrastructures d’une ampleur considérable, a annoncé qu’elle examinait la possibilité de répondre aux demandes du public concernant la diffusion en direct de ses audiences. Brian Keith Hosaka, directeur exécutif de l’ICI, a déclaré le lundi 29 septembre qu’il allait discuter de cette question avec les membres de la commission afin de trouver un équilibre entre la nécessité de transparence et la protection des droits individuels.
Cette annonce intervient après que M. Hosaka ait été cité dans un reportage de GMA News expliquant que l’ICI souhaitait éviter un « procès médiatique » et ne voulait pas que les audiences soient instrumentalisées à des fins politiques. Il avait également précisé que les premières audiences servaient à préparer les dossiers pour d’éventuelles poursuites pénales, civiles et administratives.
Cependant, cette politique de huis clos a rapidement suscité des réactions négatives. Ken Abante, co-porte-parole de la Coalition du Budget du Peuple, a souligné que
« La transparence est le seul moyen de rétablir la confiance des Philippins dans cette nouvelle institution chargée d’enquêter sur le pire scandale de corruption de l’histoire récente. »
Ken Abante, co-porte-parole de la Coalition du Budget du Peuple
Tout en reconnaissant le risque de « procès médiatique », M. Abante a estimé qu’il pouvait être évité en organisant des audiences rigoureuses et bien structurées.
« Une audience bien organisée, avec des questions claires, peut empêcher les chasses aux sorcières ou les manœuvres politiques de camps rivaux. »
Ken Abante, co-porte-parole de la Coalition du Budget du Peuple
La députée Leila de Lima a également exprimé son mécontentement, affirmant que les Philippins souhaitent non seulement connaître l’identité des accusés, mais aussi comprendre le déroulement de l’enquête.
« Nous devons avoir honte devant le public. Des milliards de pesos ont été volés, allons-nous également leur refuser la pleine vérité dans cette enquête ? »
Leila de Lima, députée
Le sénateur Kiko Pangilinan a quant à lui mis en garde contre le risque de mécontentement populaire.
« Les membres de l’ICI pourraient se réveiller demain et trouver des gens rassemblés devant leurs maisons. »
Kiko Pangilinan, sénateur
Le 9 septembre, des membres du bloc minoritaire de la Chambre des représentants avaient déposé le projet de loi n° 4453, ou « Loi de 2025 sur la Commission indépendante contre la corruption dans les infrastructures ». L’article 7 de ce projet de loi stipule que toutes les audiences doivent être publiques et accessibles aux médias.
L’ICI a été créée par le décret n° 94 émis par le président Ferdinand Marcos Jr. En vertu de ce décret, la commission doit soumettre des rapports mensuels au bureau du président, par l’intermédiaire du secrétaire exécutif, et publier ses réalisations et autres rapports pertinents.
Depuis sa création le 11 septembre, l’ICI a maintenu un profil bas, ses procédures se déroulant à huis clos. L’accès des médias se limite aux communiqués de presse et les journalistes ne sont pas autorisés à interroger les membres de la commission. Le maire de Baguio City, Benjamin Magalong, qui a brièvement occupé le poste de conseiller spécial de la commission, était la figure la plus accessible, partageant parfois des informations avec les médias lors des inspections de projets.
Cependant, M. Magalong a démissionné de son poste quelques jours seulement après le début de ses fonctions, suite à des questions concernant des conflits d’intérêts et son double rôle au sein du gouvernement. Il a été remplacé par un autre ancien policier, Rodolfo Azurin Jr., ancien chef de la police nationale philippine.
L’ICI est présidée par l’ancien juge de la Cour suprême Andres Reyes Jr. Ses membres sont également l’ancien secrétaire du ministère des Travaux publics et des Routes (DPWH), Rogelio « Babes » Singson, et l’experte-comptable Rossana Fajardo.
Les enquêtes parlementaires sur le scandale de corruption au sein du DPWH avaient été diffusées en direct. Cependant, la commission des infrastructures de la Chambre des représentants a depuis suspendu son enquête afin de laisser toute la latitude à l’ICI pour mener une procédure complète et impartiale. Le Sénat a également lancé sa propre enquête.
Des questions sur l’intégrité planent sur les deux chambres du Congrès. Plusieurs députés sont liés à des entreprises de construction, tandis que certains sénateurs ont été accusés d’avoir perçu des pots-de-vin et d’avoir favorisé l’insertion de projets douteux dans le budget. – Rappler.com
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