Une nouvelle flambée des droits de douane américains sur les exportations canadiennes a plongé le dollar canadien dans une chute libre, atteignant un plus bas de dix semaines. Cette escalade des tensions commerciales, consécutive à l’échec des négociations entre Ottawa et Washington, inquiète les marchés et pourrait contraindre la Banque du Canada à agir.
Le dollar canadien s’échangeait à 1,3876 dollar canadien (1,02 USD) ce matin, après l’annonce par l’administration Trump d’un tarif de 35 % sur les produits exportés par le Canada. Les investisseurs ont rapidement intégré le risque accru pesant sur l’économie canadienne, accentuant la pression sur la devise.
Cette pénalité commerciale, qui intervient alors que le Mexique a obtenu un nouveau délai dans les négociations, met en évidence l’isolement croissant du Canada au sein du paysage commercial nord-américain. Cette asymétrie a créé une prime de risque spécifique autour du dollar canadien, particulièrement visible aux yeux des investisseurs institutionnels.
« Les marchés continuent de sous-estimer les risques à la baisse pour l’économie canadienne », a souligné Francesco Pesole, stratège en devises. La divergence marquée entre le Canada et le Mexique en matière d’exposition aux droits de douane représente un nouveau facteur de fragilité pour les perspectives économiques canadiennes.
La situation place la Banque du Canada dans une position délicate. Déjà confrontée à une croissance modérée et à un ralentissement économique, la banque centrale pourrait être contrainte d’abaisser ses taux d’intérêt plus tôt que prévu afin de soutenir l’économie face à un possible approfondissement du ralentissement.
Certains analystes prévoient même que la paire USD/CAD pourrait atteindre 1,40 à court terme si les données économiques continuent de se détériorer. Avec peu d’obstacles entre le niveau actuel et ce seuil psychologique, la tendance semble clairement favoriser une nouvelle faiblesse du dollar canadien.
Au-delà des droits de douane, des facteurs structurels sous-jacents aggravent la vulnérabilité de l’économie canadienne. Le Canada est fortement dépendant de la demande américaine, avec près de 75 % de ses exportations destinées aux États-Unis. S’y ajoutent les inquiétudes concernant l’endettement des ménages, un marché immobilier surévalué et une faible croissance de la productivité, autant d’éléments qui rendent l’économie canadienne peu préparée aux chocs externes.
La dépréciation du dollar canadien n’est donc que le symptôme visible d’un problème plus profond. L’affaiblissement des exportations, les baisses de taux potentielles et l’érosion de la confiance des investisseurs pourraient s’additionner pour créer une situation encore plus difficile. Dans un contexte de domination du dollar américain et d’incertitude géopolitique, l’avenir du dollar canadien s’annonce incertain. À moins qu’Ottawa ne parvienne à trouver une solution diplomatique ou que la Banque du Canada n’adapte rapidement sa politique monétaire, le seuil de 1,40 pourrait ne pas constituer un plafond, mais plutôt un point de passage.
À ne pas manquer
