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Maladies de la peau pendant la grossesse: thérapies actuelles

by Sophie Martin

Publié le 30 septembre 2025 21:02:00. Les affections cutanées liées à la grossesse, allant de démangeaisons bénignes à des maladies potentiellement mortelles, nécessitent un diagnostic précis et une prise en charge adaptée, comme l’ont souligné les experts lors du congrès de l’EADV à Paris.

  • L’éruption polymorphe de la grossesse (EPP), bien que bénigne, peut altérer significativement la qualité de vie des futures mères.
  • Le psoriasis pustuleux gestationnel (PPG) est une affection rare mais grave, associée à des complications systémiques et des risques pour le fœtus.
  • L’utilisation de médicaments biologiques pendant la grossesse nécessite une évaluation minutieuse des risques et des bénéfices, en tenant compte du moment de l’administration.

Les dermatoses spécifiques à la grossesse représentent un défi diagnostique et thérapeutique, nécessitant une approche multidisciplinaire impliquant dermatologues, obstétriciens, rhumatologues et néonatologues. C’est ce qui ressort des présentations données lors du congrès de l’European Academy of Dermatology and Venereology (EADV) qui s’est tenu à Paris, et en ligne, le 17 septembre 2025.

Le professeur Robert Muellegger (Wiener Neustadt, Autriche) a ouvert la session en abordant l’éruption polymorphe de la grossesse (EPP), l’une des quatre affections cutanées spécifiques à la grossesse. Bien que généralement bénigne et auto-limitée, l’EPP peut provoquer des démangeaisons intenses, impactant fortement le quotidien des femmes enceintes. Elle survient le plus souvent au troisième trimestre ou peu après l’accouchement, et est plus fréquente chez les femmes enceintes de jumeaux ou de triplés, celles qui prennent beaucoup de poids, celles ayant eu recours à une fécondation in vitro (FIV) ou celles qui attendent un garçon.

Sur le plan clinique, l’EPP se manifeste par des papules et des plaques urticariennes qui débutent dans les zones de distension cutanée, épargnant généralement la région autour du nombril – un élément distinctif par rapport au pemphigoïde gestationnel. L’EPP ne présente aucun risque pour le fœtus, mais les symptômes peuvent être très pénibles pour la mère.

Les mécanismes à l’origine de l’EPP restent mal compris. Les changements hormonaux et l’étirement mécanique de la peau semblent jouer un rôle, tout comme les modifications du système immunitaire typiques de la fin de la grossesse.

Le traitement vise à soulager les symptômes : corticostéroïdes topiques à faible puissance, antihistaminiques de deuxième génération tels que la loratadine ou la cétirizine, et utilisation généreuse d’émollients. Les corticostéroïdes systémiques sont réservés aux cas les plus sévères. Le professeur Muellegger a insisté sur l’importance d’un conseil adéquat aux patientes, car l’EPP peut persister après l’accouchement.

Psoriasis pustuleux gestationnel : une urgence médicale

Le Dr Med. Brigitte Stephan (Hambourg, Allemagne) s’est concentrée sur le psoriasis pustuleux gestationnel (PPG), une maladie rare mais potentiellement mortelle. Le PPG est associé à une inflammation systémique, à des troubles métaboliques et à des complications pour la mère, notamment la septicémie, l’insuffisance cardiaque et le syndrome de détresse respiratoire aiguë. Les risques pour l’enfant comprennent un retard de croissance intra-utérin, une naissance prématurée et la mortinaissance.

Le diagnostic du PPG nécessite une distinction minutieuse avec d’autres affections pustuleuses infectieuses ou médicamenteuses. Le PPG présente des similitudes avec le psoriasis pustuleux généralisé (PPG), mais tend à s’améliorer après l’accouchement, ce qui suggère un déclencheur spécifique à la grossesse, potentiellement lié à une dérégulation de la voie de signalisation IL-36.

Le traitement doit être rapide et multidisciplinaire. Les corticostéroïdes systémiques (prednisolone) restent le traitement de première intention. La cyclosporine constitue une alternative valable, avec un profil de sécurité bien établi pendant la grossesse. De nouvelles molécules, comme l’antagoniste des récepteurs de l’IL-36 Spesolimab, approuvé pour le PPG non gestationnel, pourraient s’avérer prometteuses, mais leur utilisation pendant la grossesse est encore à l’étude.

Le Dr Stephan a souligné que l’évolution pour le nouveau-né peut être imprévisible et qu’un suivi par des néonatologues est crucial en cas d’exposition intra-utérine à une inflammation sévère ou à une thérapie systémique.

Médicaments biologiques et grossesse : peser les risques et les bénéfices

Le Dr Jenny Murase (San Francisco, États-Unis) a examiné les données disponibles concernant l’utilisation de médicaments biologiques, des modulateurs immunitaires systémiques, pendant la grossesse. Elle a souligné que le transfert placentaire des biologiques augmente après le deuxième trimestre, atteignant un pic au troisième trimestre, ce qui influe sur l’exposition du nouveau-né.

Voici un aperçu des principaux médicaments biologiques :

  • Inhibiteurs du TNF : profil de sécurité globalement favorable. Le certolizumab, dépourvu de fragment Fc, ne traverse pas le placenta et est privilégié lorsque l’utilisation de biologiques est indispensable.
  • Inhibiteurs de l’IL-12/23 et de l’IL-17 : données de sécurité en augmentation, bien que l’expérience reste limitée.
  • Dupilumab : les données des registres (> 50 grossesses) sont encourageantes, sans signal de problèmes de sécurité à ce jour.
  • Inhibiteurs de JAK et Apéremilast : associés dans les études précliniques à une tératogénicité ou à des fausses couches, ils sont contre-indiqués.
  • Cyclosporine : des décennies d’expérience ne montrent pas d’augmentation des malformations ; un faible poids à la naissance peut être observé.
  • Thérapie du pemphigus : les anticorps maternels peuvent affecter le nouveau-né ; les immunoglobulines intraveineuses (IVIG) constituent une option sûre.

Le Dr Murase a insisté sur l’importance du timing : l’arrêt des biologiques avant le troisième trimestre peut réduire l’exposition du nouveau-né, mais chez les femmes atteintes d’une maladie grave mettant en danger leur santé, la poursuite du traitement peut être justifiée.

Elle a également souligné l’importance de la planification vaccinale : les nourrissons exposés à des biologiques in utero ne doivent pas recevoir de vaccins vivants (par exemple, BCG) au cours des six premiers mois de vie.

Prurit pendant la grossesse : une prise en charge globale

Le Dr Sara Pruneddu (Londres, Grande-Bretagne) a conclu la session en abordant le prurit (démangeaisons) pendant la grossesse, un symptôme fréquent aux causes multiples. Une évaluation structurée est essentielle, en tenant compte du moment d’apparition et de la répartition des démangeaisons. Les examens complémentaires et les tests de laboratoire aident à établir un diagnostic différentiel.

Les points importants à considérer incluent la distinction entre l’EPP et le pemphigoïde gestationnel, la recherche de cholestase gravidique et l’identification d’une aggravation de dermatoses préexistantes, telles que l’eczéma. Des études de cas ont illustré la prise en charge réussie d’un eczéma sévère avec la cyclosporine et l’importance de différencier les éruptions prurigineuses des infections, comme la varicelle.

Le Dr Pruneddu a également souligné le rôle souvent sous-estimé de la carence en fer dans le prurit, qui peut s’améliorer significativement après une supplémentation.

Enfin, elle a insisté sur le fait que la prise en charge du prurit nécessite souvent une collaboration étroite entre dermatologues, obstétriciens et hépatologues afin de garantir la sécurité de la mère et de l’enfant.

En conclusion, cette session a mis en évidence la diversité des affections cutanées liées à la grossesse, allant de maladies bénignes mais gênantes (EPP) à des maladies potentiellement mortelles (PPG). Les options thérapeutiques s’élargissent, mais les données de sécurité restent limitées. Les médecins doivent trouver un équilibre entre une prise en charge efficace de la mère et la sécurité du fœtus, adapter le traitement à chaque patiente et conseiller les patientes de manière réaliste.

La coopération multidisciplinaire (dermatologie, obstétrique, rhumatologie et néonatologie) est essentielle. Comme l’ont souligné les intervenants, la grossesse n’est pas une contre-indication à un traitement efficace, mais nécessite une approche basée sur des preuves scientifiques.

Sources
  1. Muellegger R. Éruption polymorphe de la grossesse. Session «Grossesse et maladie cutanée» (Session ID D1T05.2A), EADV Congress 2025, Paris / Virtual, 17 septembre 2025, 16:00–16:20 CEST.
  2. Stephan B. Éruptions pustuleuses pendant la grossesse. Session «Grossesse et maladie cutanée» (Session ID D1T05.2b), EADV Congress 2025, Paris / Virtual, 17 septembre 2025, 16:20-16:40 CEST.
  3. Murase J. Biologics pendant la grossesse. Session «Grossesse et maladie cutanée» (Session ID D1T05.2C), EADV Congress 2025, Paris / Virtual, 17 septembre 2025, 16:40-17:00 CEST.
  4. Pruneddu S. Gestion du prurit pendant la grossesse. Session «Grossesse et maladie cutanée» (Session ID D1T05.2d), EADV Congress 2025, Paris / Virtual, 17 septembre 2025, 17:00-17:20 CEST.

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