Home DivertissementDes humoristes (dont Sugar Sammy) payés le gros prix pour jouer à Riyad: pourquoi c’est un problème?

Des humoristes (dont Sugar Sammy) payés le gros prix pour jouer à Riyad: pourquoi c’est un problème?

by Antoine Girard

La participation de plusieurs humoristes de renom, dont le Québécois Sugar Sammy, au festival de la comédie de Riyad en Arabie saoudite suscite une vive controverse. Accusés d’hypocrisie, ces artistes sont critiqués pour avoir choisi de se produire dans un pays où la liberté d’expression est sévèrement limitée, en échange de sommes considérables.

Le festival de Riyad, présenté par ses organisateurs comme le plus grand événement humoristique au monde, se déroule du 26 septembre au 9 octobre. Sugar Sammy partagera l’affiche avec des figures américaines de la scène comique telles que Louis C.K., Dave Chappelle, Pete Davidson, Kevin Hart, Aziz Ansari et Hannibal Buress.

La polémique prend racine dans le contexte politique du festival, qui s’inscrit dans le cadre du plan « Vision 2030 » du gouvernement saoudien. Ce projet vise à diversifier l’économie du royaume au-delà du pétrole en misant sur le tourisme, le divertissement et la culture.

« Puisque la liberté d’expression est menacée en Amérique, j’imagine que je dois diversifier mon audience… Arabie saoudite et Dubaï, j’arrive ! », avait ironisé Sugar Sammy sur Instagram il y a quelques jours, illustrant une position qui a été largement critiquée.

Sophie Durocher, chroniqueuse au Journal de Montréal, a exprimé son indignation : « Sugar Sammy, qui passe son temps à nous faire la morale, se produira le 6 octobre à Riyad, en Arabie saoudite, un pays dont le dirigeant n’a aucune morale. »

L’organisation Human Rights Watch dénonce une tentative de diversion de l’attention face aux « violations systématiques des droits humains » commises par le gouvernement saoudien. Elle appelle les humoristes à profiter de cette plateforme pour exiger la libération des « dissidents, des journalistes et des défenseurs des droits humains détenus arbitrairement ».

Le festival se tient sept ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018, et quelques mois après l’exécution de Turki al-Jasser, un journaliste connu pour avoir dénoncé la corruption au sein de la famille royale saoudienne.

L’attrait financier semble avoir joué un rôle déterminant dans la décision de certains humoristes. L’humoriste américain Tim Dillon a révélé dans son podcast, le 30 août dernier, qu’il avait reçu une offre de près de 523 000 $ (dollars canadiens) pour son spectacle. Il a affirmé que d’autres artistes pourraient toucher jusqu’à 2,2 millions de dollars pour une seule représentation.

« Les Saoudiens ont acheté l’humour », a-t-il déclaré, ajoutant : « Est-ce que je suis d’accord avec la politique saoudienne concernant la liberté d’expression ? Bien sûr que non. Je pense à mon bien-être financier, avant tout ! »

Cependant, le spectacle de Tim Dillon a finalement été annulé par les organisateurs le 20 septembre, qui se sont déclarés « mécontents » de ses blagues sur la situation des droits de la personne en Arabie saoudite.

L’humoriste américaine Atsuko Okatsuka, qui a refusé l’offre saoudienne, a partagé sur Threads une capture d’écran des « règles de censure » imposées par le festival. Elle a ironisé sur le fait que de nombreux humoristes avaient accepté de s’y conformer, se retrouvant ainsi dans l’incapacité de s’exprimer librement.

Ces règles interdisent notamment de critiquer le Royaume d’Arabie saoudite, la famille royale saoudienne ou d’aborder tout sujet religieux.

You may also like

Leave a Comment