Home AffairesLe marché obligataire peut avoir du mal à évaluer les facteurs de risque contradictoires

Le marché obligataire peut avoir du mal à évaluer les facteurs de risque contradictoires

by Amélie Bernard

Le marché obligataire est à la croisée des chemins, tiraillé entre des craintes de ralentissement économique liées aux nouveaux droits de douane et l’inquiétude grandissante face à l’augmentation de la dette publique américaine. La semaine à venir devrait apporter des premiers éléments de réponse sur la direction que prendra le marché.

Les droits de douane annoncés par l’administration Trump pourraient, d’une part, freiner la croissance économique, incitant les investisseurs à se réfugier vers des actifs plus sûrs comme les obligations d’État, et potentiellement pousser la Réserve fédérale (Fed) à revoir sa politique monétaire à la baisse. Cependant, ils pourraient également alimenter l’inflation, contraignant la Fed à maintenir des taux d’intérêt élevés plus longtemps que prévu.

Parallèlement, l’adoption récente d’une loi de dépenses massives, estimée à plus de 4 000 milliards de dollars (environ 3 700 milliards d’euros) sur la prochaine décennie selon le modèle budgétaire de Penn Wharton, risque d’aggraver le déficit budgétaire fédéral. Le laboratoire du budget de Yale prévoit une augmentation d’environ 3 000 milliards de dollars (environ 2 800 milliards d’euros) du déficit sur les dix prochaines années. Un déficit plus important implique généralement une hausse des rendements des bons du Trésor, les investisseurs exigeant une prime de risque plus élevée.

Le déficit américain dépasse déjà 6 % du produit intérieur brut (PIB), soit 63 % de plus que la moyenne des 50 dernières années, ce qui souligne l’ampleur du problème. À ce stade, le marché semble adopter une attitude prudente. Les taux de référence ont clôturé en hausse la semaine dernière, atteignant 4,35 %, marquant leur première progression hebdomadaire depuis un mois. Le taux actuel à 10 ans reste toutefois dans une fourchette moyenne par rapport à son niveau de début d’année.

Les acteurs du marché obligataire restent divisés. Certains estiment que la Fed est toujours sur la voie d’une baisse des taux d’intérêt, peut-être dès le mois de septembre. Cependant, les chiffres de l’emploi de juin, meilleurs que prévu, ont semé le doute quant au calendrier de cette baisse. Les consommateurs américains, préoccupés par l’impact des droits de douane sur leurs finances personnelles, envisagent de réduire leurs dépenses cet été, selon un récent sondage Yahoo Finance / Marist. Environ 80 % des personnes interrogées ont exprimé un certain niveau d’inquiétude à ce sujet, ce qui pourrait entraîner un affaiblissement de la croissance économique et, par conséquent, rapprocher la date d’une éventuelle baisse des taux de la Fed.

L’entrée en vigueur de la loi de dépenses massives suscite également des interrogations quant à la manière dont le marché obligataire intégrera le risque budgétaire accru. Une mesure de ce risque est restée stable jusqu’à présent, mais il est possible qu’elle évolue à présent. La semaine sera également marquée par la date limite du mois de juillet pour les négociations commerciales. Les pays qui ne parviennent pas à un accord avec les États-Unis pourraient voir leurs droits de douane augmenter.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a toutefois nuancé cette perspective, expliquant que les lettres envoyées aux partenaires commerciaux pourraient simplement fixer une nouvelle échéance pour parvenir à un accord, plutôt que d’annoncer des droits de douane immédiats. « Le président Trump va envoyer des lettres à certains de nos partenaires commerciaux disant que “si vous ne déplacez pas les choses, alors le 1er août, vous reviendrez à votre tarif du 2 avril” », a-t-il déclaré.

Il est difficile de prédire comment le marché obligataire réagira à ces différents facteurs. Les analystes de Capital Spectator s’attendent à ce que le rendement à 10 ans évolue dans une fourchette étroite à court terme, les forces opposées s’annulant mutuellement. Ils se réservent toutefois le droit de réviser leur point de vue en fonction des développements futurs.

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