La perspective de voir Stephen Miran rejoindre le conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine suscite des inquiétudes sur l’avenir de l’indépendance de la banque centrale et pourrait signaler un virage vers une politique monétaire plus interventionniste, voire une dévaluation du dollar.
Jeudi, l’indice du dollar (DXY) a reculé de 0,2 %, atteignant 98,196, après un plus bas en séance à 97,945. Cette baisse s’inscrit dans une tendance à la baisse amorcée après la publication de données sur l’emploi décevantes et les anticipations d’une nouvelle baisse des taux d’intérêt par la Fed en septembre.
Stephen Miran, actuel président du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche, est connu pour ses critiques virulentes de l’autonomie de la Fed. Il a publiquement plaidé pour un contrôle présidentiel accru sur les opérations de la banque centrale, remettant en question le principe même de son indépendance. Selon ses propres écrits, « les banques centrales ne devraient pas opérer dans le vide des dirigeants élus ». Cette position, alignée sur les préférences du président Trump pour des taux d’intérêt bas, inquiète les marchés financiers.
« Miran a exprimé un scepticisme quant à l’indépendance de la Fed et a plaidé pour un contrôle présidentiel plus fort sur le conseil d’administration », ont souligné les analystes de Danske Bank.
L’attention se porte également sur l’« Accord de Mar-a-Lago », un plan politique élaboré par Miran visant à affaiblir délibérément le dollar américain. L’objectif était de stimuler les exportations, de réduire les déficits commerciaux et d’accroître la compétitivité des États-Unis en favorisant une monnaie plus faible grâce à des actions coordonnées. Bien que non adopté officiellement, ce plan avait trouvé un écho auprès des conseillers économiques de Trump, qui y voyaient une réponse à la « manipulation des devises » pratiquée, selon eux, par des partenaires commerciaux comme la Chine et l’Union européenne.
La nomination de Miran ravive les craintes que l’administration américaine puisse tenter de mettre en œuvre des éléments de cette stratégie, d’autant plus que des personnalités proches de Trump pourraient remodeler la Fed. Cette perspective intervient alors que les marchés anticipent une baisse des taux d’intérêt, suite à un rapport décevant sur l’emploi en juillet et à des révisions à la baisse des données précédentes. Les déclarations récentes de responsables de la Fed, Neel Kashkari et Mary Daly, ont renforcé cette tendance.
Les investisseurs craignent qu’un assouplissement monétaire motivé par des considérations politiques, sous l’impulsion de Miran, ne sape la confiance à long terme dans la valeur du dollar et son statut de monnaie de réserve mondiale. À cela s’ajoutent les droits de douane réciproques imposés par Trump à des dizaines de pays, qui compliquent le contexte macroéconomique. Ces tarifs, généralement inflationnistes, pourraient normalement justifier une politique monétaire plus restrictive. Or, si Miran rejoint la Fed et soutient une baisse des taux malgré la hausse des prix à l’importation, cela constituerait un changement radical par rapport aux pratiques habituelles.
La Fed est déjà confrontée à un défi délicat : équilibrer le refroidissement de l’inflation avec le ralentissement de la croissance et l’affaiblissement du marché du travail. L’arrivée d’un gouverneur favorable à un contrôle accru et à un dollar plus faible pourrait accroître l’incertitude et la volatilité des marchés. Le risque est que cette nomination ne soit que le début d’un remaniement plus large de la Fed, aligné sur les objectifs politiques de l’exécutif, ce qui pourrait éroder la crédibilité de la banque centrale.
L’histoire montre que les marchés ont sanctionné de telles interférences. Dans les années 1970, les pressions politiques exercées sur la Fed ont contribué à une inflation galopante et à une profonde récession. Bien que la situation actuelle ne soit pas identique, les risques liés à des réponses politiques mal calibrées ne doivent pas être sous-estimés.
La confirmation de Stephen Miran pourrait donc marquer un tournant pour la Réserve fédérale, passant d’une indépendance fondée sur des données objectives à une politique monétaire influencée par des considérations politiques. Les marchés s’adaptent déjà : le dollar fléchit, les rendements obligataires chutent et les traders se positionnent en conséquence. La question demeure : la Fed pourra-t-elle préserver son indépendance à une époque où le contrôle politique des taux d’intérêt redevient un enjeu de campagne ?
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