Publié le 6 octobre 2025 13:01:00. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin, envisage une révolution de l’infrastructure numérique : des centres de données orbitaux massifs, alimentés par l’énergie solaire, pourraient voir le jour d’ici deux décennies, face à la demande croissante de l’intelligence artificielle.
- L’idée de Bezos est de créer des “clusters géants” de centres de données dans l’espace, plus efficaces et potentiellement moins coûteux que les installations terrestres.
- La demande exponentielle en puissance de calcul pour l’IA met une pression considérable sur les réseaux électriques et les ressources en eau, poussant les entreprises à explorer des solutions alternatives.
- La construction d’un tel centre de données spatial représente un défi technologique et logistique majeur, avec des coûts de lancement potentiellement très élevés.
Lors de son intervention à l’Italian Tech Week à Turin, où il a échangé avec John Elkann, président de Ferrari et Stellantis, Jeff Bezos a esquissé une vision audacieuse de l’avenir de l’informatique. Il prédit que dans les 10 à 20 prochaines années, des centres de données à l’échelle du gigawatt pourraient être déployés en orbite terrestre.
Selon Bezos, ces installations spatiales bénéficieraient d’un accès constant à l’énergie solaire, sans les interruptions liées aux nuages, à la pluie ou au cycle jour/nuit. Il estime que cette configuration permettrait de surpasser les coûts des centres de données terrestres à terme.
« Nous serons en mesure de dépasser le coût des centres de données terrestres dans l’espace dans les décennies à venir »
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin
Cette proposition intervient alors que la demande en infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle explose, exerçant une pression sans précédent sur les ressources énergétiques et hydriques. Les centres de données actuels consomment d’énormes quantités d’électricité et nécessitent des systèmes de refroidissement gourmands en eau, un problème qui s’aggrave avec le développement de modèles d’IA toujours plus complexes.
Face à cette situation, les géants de la technologie explorent diverses alternatives. On voit ainsi émerger des projets de centres de données flottants, installés sur des bateaux, ou encore des initiatives visant à immerger les serveurs dans l’océan. L’idée de délocaliser ces infrastructures dans l’espace s’inscrit dans cette même logique de recherche de solutions innovantes.
Les avantages techniques d’un centre de données spatial sont considérables. L’environnement spatial offre des températures extrêmes, oscillant entre -120°C au soleil et -270°C à l’ombre, ce qui simplifierait considérablement le refroidissement des équipements. De plus, l’énergie solaire est disponible en permanence, éliminant la dépendance aux réseaux électriques terrestres. Bezos considère cette évolution comme une suite logique du développement des satellites météorologiques et de communication.
« La prochaine étape concernera les centres de données, puis d’autres types de fabrication »
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin
Cependant, la réalisation d’un tel projet n’est pas sans défis. Selon Tom’s Hardware, un centre de données spatial d’un gigawatt nécessiterait des panneaux solaires couvrant entre 2,4 et 3,3 millions de mètres carrés, représentant un poids de 9 000 à 11 250 tonnes métriques de matériau photovoltaïque seul. Le transport de cet équipement dans l’espace pourrait coûter entre 13,7 et 25 milliards de dollars avec les technologies actuelles, nécessitant plus de 150 lancements.
La maintenance, les mises à niveau et les risques inhérents aux lancements spatiaux constituent également des obstacles importants. Bezos a d’ailleurs comparé le moment actuel de l’IA à la bulle Internet, appelant à la prudence.
« Nous devrions être extrêmement optimistes quant aux conséquences sociales et bénéfiques de l’IA »
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin
Il met en garde contre les bulles spéculatives, soulignant qu’il ne faut pas confondre les excès du marché avec les progrès technologiques réels, dont il prédit des bénéfices largement diffusés.
Bezos estime que cette vision se concrétisera “dans plus de 10 ans, mais pas plus de 20”. Pour l’instant, le projet n’est pas économiquement viable, mais il repose sur la conviction que les coûts de lancement continueront de diminuer et que la technologie continuera de progresser. L’avenir nous dira si, dans deux décennies, une partie de notre infrastructure numérique se trouvera en orbite, au-delà des satellites existants.
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