Publié le 8 octobre 2025 à 11h37. Une étude autrichienne révèle que nous ingérons quotidiennement l’équivalent d’une carte de crédit en microplastiques, avec des conséquences insoupçonnées sur notre flore intestinale et potentiellement sur notre santé.
- Chaque année, un être humain absorbe entre 78 000 et 211 000 particules de microplastiques.
- Des chercheurs ont démontré en laboratoire que ces particules modifient la composition et le métabolisme de notre microbiome intestinal.
- Ces perturbations bactériennes présentent des similitudes avec celles observées chez des patients atteints de dépression ou de cancer colorectal.
Les microplastiques, ces particules de moins de cinq millimètres, sont omniprésents. On les retrouve au sommet de l’Everest comme dans les profondeurs de la fosse des Mariannes, et désormais, de manière préoccupante, à l’intérieur de notre organisme : dans le sang, le cœur et, comme le confirme cette nouvelle recherche, dans notre système digestif.
L’étude, menée par le Centre de recherche sur les biomarqueurs en médecine de Graz, en Autriche, a consisté à reproduire en laboratoire l’environnement intestinal humain. Les chercheurs ont cultivé des bactéries intestinales prélevées sur cinq volontaires sains, puis les ont exposées à cinq types courants de microplastiques : polystyrène, polypropylène, polyéthylène, poly(méthacrylate de méthyle) et polyéthylène téréphtalate. Les doses utilisées variaient des niveaux d’exposition quotidienne estimés à des concentrations plus élevées, afin d’observer les effets en fonction de la quantité de plastique.
Les résultats de cette investigation inédite sont à la fois fascinants et inquiétants. Si le nombre total de bactéries intestinales reste globalement stable, la nature même de l’écosystème intestinal est profondément modifiée. Les cultures exposées aux microplastiques ont toutes présenté une acidification marquée, signe d’un changement profond du métabolisme bactérien. De plus, la composition du microbiome se réorganise en fonction du type de plastique introduit : certaines familles bactériennes se développent, tandis que d’autres régressent. Les Lachnospiraceae, Oscillospiraceae, Enterobacteriaceae et Ruminococcaceae, qui jouent un rôle essentiel dans la digestion et le maintien de la santé intestinale, figurent parmi les plus affectées.
Cette reconfiguration bactérienne s’accompagne d’une modification des substances chimiques produites par ces micro-organismes. Les niveaux d’acide valérique, d’acide 5-aminopentanoïque, de lysine ou encore d’acide lactique varient en fonction du type de microplastique présent, créant un nouveau paysage métabolique intestinal. Ces changements sont particulièrement alarmants car ils rappellent les signatures microbiennes observées chez des patients atteints de pathologies graves, comme la dépression et le cancer colorectal.
« Les microplastiques pourraient créer des micro-environnements physiques ou chimiques favorables à certaines bactéries au détriment d’autres. Des biofilms peuvent se former à leur surface, offrant de nouvelles niches écologiques que certains microbes colonisent préférentiellement. Les substances chimiques contenues dans les plastiques pourraient également interférer directement avec les processus métaboliques bactériens, provoquant une réaction en chaîne qui déséquilibre l’ensemble du système. »
Christian Pacher-Deutsch, principal auteur de l’étude
Cette recherche constitue la première observation directe de l’interaction entre les microplastiques et le microbiome intestinal humain. Si les mécanismes précis restent à élucider, les implications sont claires : notre environnement saturé de plastique pourrait avoir des répercussions profondes et durables sur notre santé, par des voies que nous ne commençons qu’à entrevoir. La question n’est plus de savoir si les microplastiques nous affectent, mais dans quelle mesure et comment limiter notre exposition à ces envahisseurs microscopiques qui redessinent silencieusement la carte de notre écosystème intérieur.
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Crédits : Svetlozar Hristi/Istck
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