Publié le 8 octobre 2025 17h36. Le gouvernement britannique s’apprête à augmenter significativement le budget alloué aux médicaments, une décision influencée par les pressions exercées par l’administration américaine de Donald Trump et les inquiétudes des géants pharmaceutiques quant à l’attractivité du Royaume-Uni pour les investissements.
- Le gouvernement pourrait augmenter jusqu’à 25 % le montant versé aux entreprises pharmaceutiques pour les médicaments.
- Cette mesure vise à débloquer des investissements suspendus par des entreprises comme MSD et AstraZeneca, qui privilégient désormais les États-Unis.
- La décision suscite des critiques, notamment de la part des Libéraux-Démocrates, qui s’inquiètent de son coût et de son impact sur le financement global du NHS.
Londres se prépare à une révision majeure de sa politique de prix des médicaments, sous la pression conjuguée de Washington et des laboratoires pharmaceutiques. Après des semaines de négociations intenses, le gouvernement envisage d’augmenter de 25 % le seuil de rentabilité utilisé par le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) – l’organisme britannique chargé d’évaluer l’intérêt médical et économique des nouveaux traitements – pour déterminer si un médicament doit être remboursé par le Service national de santé (NHS). Ce seuil, inchangé depuis 1999, se situe actuellement entre 20 000 et 30 000 £ (environ 23 500 à 35 200 €) par année de vie gagnée en bonne qualité pour un patient.
Cette volte-face intervient après que plusieurs grandes entreprises pharmaceutiques ont annoncé la suspension ou l’annulation d’investissements au Royaume-Uni, invoquant un climat économique défavorable. MSD (connue sous le nom de Merck aux États-Unis), AstraZeneca et Eli Lilly ont ainsi mis en pause des projets totalisant près de 2 milliards de livres sterling (environ 2,35 milliards d’euros) depuis le début de l’année. Ces entreprises ont choisi de concentrer leurs investissements aux États-Unis, où les prix des médicaments sont plus élevés.
L’administration Trump a exercé une pression directe sur les laboratoires pharmaceutiques, exigeant une baisse des prix aux États-Unis et une augmentation ailleurs, accusant d’autres pays de profiter du système américain. Donald Trump a même menacé d’imposer des droits de douane de 100 % sur les importations pharmaceutiques à partir du 1er octobre, une menace qui, bien que non concrétisée, a contribué à l’escalade des tensions. Menaces de droits de douane de Trump.
En réponse, des entreprises comme Pfizer ont conclu des accords avec l’administration américaine, obtenant un sursis sur les tarifs en échange d’une réduction de leurs prix allant jusqu’à 85 %. D’autres laboratoires ont commencé à vendre directement aux patients pour contourner les intermédiaires coûteux.
Le gouvernement britannique se retrouve désormais dans une situation délicate, tiraillé entre la nécessité de maintenir l’attractivité du Royaume-Uni pour les investissements pharmaceutiques et les contraintes budgétaires du NHS. Des sources gouvernementales indiquent que les ministres sont prêts à augmenter les dépenses en médicaments, notamment en raison de l’arrivée de traitements innovants et préventifs, comme les injections pour la perte de poids, qui pourraient permettre de réaliser des économies à long terme dans le traitement de l’obésité et des maladies associées. Dépenses du NHS en médicaments en 2023-2024.
Le NHS a dépensé 20,6 milliards de livres sterling (environ 24 milliards d’euros) en médicaments et dispositifs médicaux en 2023-2024, contre 19,2 milliards de livres sterling (environ 22,5 milliards d’euros) l’année précédente. Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement, a reconnu publiquement que les dépenses du Royaume-Uni en nouveaux médicaments doivent augmenter, se situant actuellement à 9 % du budget global du NHS, un pourcentage inférieur à celui de nombreux autres pays européens et des États-Unis. Déclarations de Patrick Vallance.
L’Association britannique de l’industrie pharmaceutique (ABPI) a salué cette évolution, appelant à une action urgente sur les prix des médicaments et proposant d’augmenter le seuil de rentabilité de NICE jusqu’à 40 000 ou 50 000 £ (environ 47 000 à 58 700 €), en l’indexant ensuite sur l’inflation. Appel de l’ABPI à une augmentation du seuil de NICE.
Les négociations entre le gouvernement et l’industrie pharmaceutique se poursuivent. Wes Streeting, le secrétaire d’État à la Santé, avait initialement proposé un accord permettant à l’industrie de réaliser des économies de 1 milliard de livres sterling (environ 1,17 milliard d’euros) sur trois ans, avec des milliards supplémentaires promis au cours de la décennie à venir. Cependant, l’industrie réclamait environ 2,5 milliards de livres sterling (environ 2,94 milliards d’euros) supplémentaires par an, estimant qu’elle avait déjà prévu des remboursements totalisant 13,5 milliards de livres sterling (environ 15,8 milliards d’euros) sur la même période.
Helen Morgan, porte-parole des Libéraux-Démocrates pour la Santé et le Bien-être social, a critiqué cette décision, estimant qu’elle constituait une soumission aux exigences d’un président américain « tyrannique ».
« Il est incompréhensible que le gouvernement se plie aux caprices d’un président américain tyrannique qui affirme depuis des années que les nouveaux médicaments vitaux sont inabordables pour ses patients. »
Helen Morgan, porte-parole des Libéraux-Démocrates pour la Santé et le Bien-être social
Varun Chandra, principal conseiller commercial de Keir Starmer, s’est rendu récemment à Washington DC pour tenter de trouver un compromis sur les prix et les tarifs douaniers. Le gouvernement britannique affirme qu’il est en « discussions avancées » avec l’administration américaine pour obtenir le meilleur résultat possible pour le Royaume-Uni.