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Genius-Act garde les pièces stables et le dollar comme cap du monde

by Amélie Bernard

Publié le 8 octobre 2025 à 21h14. L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, cherche à consolider l’hégémonie du dollar en régulant les stablecoins, ces monnaies numériques privées. La Suisse, quant à elle, doit définir sa propre stratégie face à cette nouvelle donne monétaire.

  • Donald Trump a promulgué le Genius Act, une loi visant à garantir que les stablecoins soient adossés à des actifs américains, renforçant ainsi la position du dollar.
  • La Banque d’Angleterre envisage d’imposer des plafonds de détention sur les stablecoins pour préserver la stabilité financière.
  • La Suisse étudie une nouvelle législation sur les stablecoins, cherchant à retrouver son attractivité après des exigences réglementaires jugées trop strictes.

L’histoire des stablecoins rappelle l’échec de Libra, le projet de monnaie numérique lancé par Facebook il y a quatre ans. Ce projet, qui visait à révolutionner les paiements en ligne, s’est heurté à l’opposition du gouvernement américain et de la Réserve fédérale. Libra aurait été un stablecoin, une cryptomonnaie dont la valeur est censée être stable grâce à un adossement à des actifs sûrs, comme des liquidités ou des obligations d’État.

Si l’administration Trump justifie cette approche par la nécessité de protéger le dollar, elle s’inscrit dans une volonté plus large de contrôler l’innovation financière. Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, a déclaré en mars : « Nous veillerons à ce que les États-Unis restent la monnaie de réserve dominante au monde, et nous utiliserons les pièces stables pour ce faire. » Le Genius Act, promulgué en juillet, exige que les stablecoins soient intégralement garantis par des dollars américains ou des obligations d’État américaines à court terme. De plus, la loi les redéfinit comme des solutions de paiement plutôt que des actifs numériques, transférant ainsi leur supervision de la Securities and Exchange Commission (SEC) au Bureau du contrôleur de la monnaie, considéré comme moins rigoureux.

Bien que les stablecoins représentent encore une part marginale du système financier mondial – la Réserve fédérale américaine estime leur valeur à 280 milliards de dollars – leur croissance rapide inquiète. Les prévisions estiment que ce montant pourrait être multiplié par huit dans les trois prochaines années et par quinze dans cinq ans. Les stablecoins sont particulièrement utilisés pour les transactions transfrontalières, offrant une alternative moins coûteuse et moins contrôlée aux systèmes bancaires traditionnels.

La Banque d’Angleterre, soucieuse de préserver la stabilité financière, envisage d’imposer des limites de détention pour les stablecoins : entre 10 000 et 20 000 livres sterling pour les particuliers et jusqu’à 10 millions de livres sterling pour les entreprises et les investisseurs institutionnels.

La Suisse, de son côté, travaille sur une nouvelle loi pour réglementer les stablecoins. Le Secrétariat d’État aux affaires financières internationales doit soumettre un projet de loi à consultation en octobre. L’objectif est de rendre la Suisse à nouveau attractive pour les émetteurs de stablecoins, après que l’Autorité fédérale des marchés financiers (Finma) a imposé des exigences strictes en matière de licence bancaire et de vérification de l’identité des acheteurs.

Cependant, la Suisse ne devrait pas adopter une approche aussi restrictive que les États-Unis. Le pays n’a pas la même ambition de faire du franc une monnaie mondiale et dispose déjà d’un système de paiement électronique efficace basé sur les codes QR, avec des acteurs comme Twint. Néanmoins, les banques suisses anticipent une concurrence accrue et développent une solution alternative, le Swiss Bank Deposit Token, sous l’égide de l’Association des banquiers suisses.

Ce jeton, basé sur la monnaie comptable des banques, permettrait des paiements en temps réel via une blockchain. Contrairement aux stablecoins, il ne s’agirait pas d’une simple copie numérique de la monnaie de banque centrale, mais d’une monnaie créée par le système bancaire en collaboration avec les emprunteurs, les épargnants et la banque centrale. Le Swiss Bank Deposit Token a récemment passé un premier test en laboratoire, mais sa commercialisation n’est pas prévue avant trois à cinq ans.

Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) étudie une « réponse stratégique » à la stratégie américaine. Elle devrait présenter l’état d’avancement de son projet d’euro numérique en octobre. Ce projet, accéléré par les récentes évolutions aux États-Unis, ne s’agit pas d’un stablecoin, mais d’une version numérique de la monnaie émise par la banque centrale. Cependant, un euro numérique pourrait également présenter des risques pour le système bancaire, notamment en incitant les épargnants à détenir leur argent directement auprès de la BCE, réduisant ainsi la capacité des banques à créer du crédit. Des limites de détention, de l’ordre de 3 000 à 5 000 euros, sont donc envisagées.

Les critiques estiment que l’euro numérique n’est pas une réponse adéquate à l’hégémonie du dollar dans le domaine des monnaies numériques, car il ne serait utilisable que dans la zone euro et ne serait pas compétitif par rapport aux stablecoins. La Suisse, pour l’instant, peut observer ces développements avec un certain recul, mais l’échec de Libra, en raison de l’opposition américaine, rappelle que le contexte géopolitique joue un rôle crucial dans l’évolution de la monnaie numérique.

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