Publié le 9 octobre 2025 à 13h00. L’actrice Betty Gilpin s’adresse directement à Tilly Norwood, une actrice virtuelle créée par l’IA, dans une lettre ouverte poignante qui interroge la nature de la performance, de l’authenticité et de l’avenir du métier d’acteur.
La polémique autour de Tilly Norwood, une actrice générée par intelligence artificielle, a pris une tournure inattendue avec la publication d’une lettre ouverte de Betty Gilpin, connue pour ses rôles dans GLOW et plus récemment dans la série Netflix Death by Lightning. L’actrice américaine partage ses réflexions sur l’impact de l’IA sur le monde du spectacle et sur ce qui définit véritablement un acteur.
Gilpin commence sa lettre en reconnaissant la singularité de l’existence de Norwood : « Ils me disent que tu es à la fois une actrice et un ordinateur. Je suis actrice et j’ai presque 40 ans. Parlons-en. » Elle évoque ses débuts de carrière, en 2009, lors d’un festival de théâtre d’été, et les conseils qu’elle a reçus d’une actrice plus expérimentée, Katie Finneran. Elle conseille à Norwood de s’entourer de personnes authentiques, citant Ann Dowd comme un exemple : « Va dans le pré, mais ne parle qu’à Ann Dowd. »
L’actrice décrit ensuite avec humour et auto-dérision l’expérience du théâtre, qu’elle compare à une « pièce de théâtre », où des « sacs de chair remplis de lait avec des rides et des secrets » se tiennent debout et se parlent. Elle se souvient d’une production particulièrement ratée d’Tous mes fils d’Arthur Miller, où elle et son père, également acteur, ont dû faire preuve d’un enthousiasme exagéré pour soutenir les interprètes. Elle relate comment une performance exceptionnelle d’un acteur a transformé l’atmosphère et a touché profondément son jeune public : « Il ressemblait à un cadavre. Son visage pesait 1 000 livres de plomb, comme s’il ne pouvait presque pas bouger à cause du poids de ses pensées. »
Gilpin explique que cette expérience lui a fait prendre conscience de la puissance de l’authenticité et de la connexion émotionnelle dans le jeu d’acteur. Elle compare cette révélation à un « lavement de verre brisé », une expérience douloureuse mais nécessaire pour comprendre la profondeur de l’art de la performance. Elle souligne que le rôle de l’acteur est d’offrir une « évasion communautaire ou une épiphanie », une forme de médecine pour le public.
L’actrice aborde ensuite la question de la beauté et de la superficialité, reconnaissant que Norwood est « belle » mais « vide ». Elle se demande si elle n’a pas elle-même été réduite à un simple objet de désir au début de sa carrière, et si Norwood n’a pas été créée pour être une « propriété sans boutons ni avis ». Elle évoque les pressions exercées sur les actrices pour rester jeunes et belles, et les interventions esthétiques auxquelles elle est elle-même tentée de recourir : « Mon algorithme suggère maintenant diverses interventions chirurgicales et sérums de sperme de moineau pour ressembler davantage… à toi, Till. »
Gilpin conclut sa lettre en soulignant l’importance de la communauté et de la connexion humaine dans le métier d’acteur. Elle rappelle à Norwood que, malgré ses capacités technologiques, elle ne peut pas remplacer l’expérience humaine et la capacité à établir une véritable connexion avec le public. Elle encourage Norwood à « rentrer chez elle », à trouver sa propre voix et à s’intégrer dans le monde des acteurs, plutôt que de rester une simple imitation. Elle termine en affirmant que, malgré leurs différences, elles sont toutes deux constituées de « morceaux de plagiat de chaque personne que [elles ont] eu le privilège de croiser ».
Betty Gilpin sera prochainement à l’affiche de la série limitée Netflix Death by Lightning, diffusée à partir du 6 novembre, où elle incarne Lucretia Garfield, une Première Dame américaine. Elle a également joué dans la pièce de Broadway Oh, Mary de Cole Escola plus tôt cette année.

Betty Gilpin, une actrice humaine.
Photographie par Emily Soto