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La CPI rejette la demande de libération provisoire de Duterte

by Nicolas Lefèvre

Mis à jour le 26 septembre 2024. La Cour pénale internationale (CPI) a confirmé la détention de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, estimant que sa libération provisoire présenterait un risque de fuite, d’entrave à la justice et de reprise des crimes dont il est accusé dans le cadre de la sanglante « guerre contre la drogue » menée aux Philippines.

  • La CPI rejette la demande de libération temporaire de Rodrigo Duterte, invoquant un risque de fuite et d’obstruction à la justice.
  • Les arguments de la défense, basés sur la détérioration de l’état de santé de Duterte, n’ont pas été jugés suffisants par la Cour.
  • L’accusation met en avant les déclarations publiques de Duterte, notamment sa promesse de « doubler les meurtres » s’il revenait au pouvoir, comme preuve d’un risque persistant.

La Chambre préliminaire I de la CPI, composée des juges Iulia Antonnella Motoc, Reine Adélaïde Sophie Alapini-Gansou et María del Socorro Flores Liera, a rendu sa décision publique ce vendredi. Elle a estimé que les conditions justifiant la détention de Duterte, en vertu de l’article 58 du Statut de Rome, demeuraient pleinement valables. Duterte, remis à la CPI le 12 mars suite à l’émission d’un mandat d’arrêt le 7 mars, est accusé de crimes contre l’humanité et de meurtre en lien avec les milliers de décès survenus pendant sa campagne antidrogue.

Son avocat, Nicholas Kaufman, avait sollicité sa libération provisoire en juin et à nouveau en août, arguant que la santé fragile et le déclin cognitif de son client le rendaient incapable de représenter une menace pour la procédure judiciaire. Il avait également souligné que la mobilité réduite de Duterte et ses déficiences cognitives l’empêcheraient de s’enfuir ou d’influencer les témoins. Kaufman avait proposé que Duterte réside dans un État coopérant avec le tribunal, ce qui garantirait sa disponibilité tout en le soustrayant aux enquêtes menées aux Philippines.

L’accusation a fermement contesté ces arguments, soulignant le rejet constant de Duterte de la compétence de la CPI, qualifiant son arrestation d’« enlèvement » et les menaces proférées par sa famille. Les procureurs ont notamment mis en avant les déclarations publiques de Duterte en 2024, dans lesquelles il s’était engagé à « doubler les meurtres » s’il retrouvait des fonctions publiques, interprétées comme une preuve de la persistance d’une menace. Sa récente réélection comme maire de Davao, prévue en mai 2025, a également été citée comme un facteur de risque, lui permettant potentiellement de rétablir le même contrôle et la même autorité qu’auparavant.

Le Bureau du conseil public pour les victimes (OPCV) a soutenu la position de l’accusation, mettant en garde contre les dangers d’une libération provisoire pour les témoins et les victimes. L’OPCV a estimé que Duterte pourrait continuer à exercer une influence considérable, même depuis l’étranger, par l’intermédiaire de ses alliés et de sa famille. Il a également exprimé des doutes quant à la crédibilité des dossiers médicaux présentés par la défense, affirmant qu’ils ne démontraient pas une déficience cognitive suffisamment grave pour justifier une libération.

Dans sa décision, la Chambre préliminaire a conclu que le déni constant de Duterte de l’autorité de la CPI, combiné à la résistance de sa famille et de ses partisans lors de son arrestation, établissaient un risque de fuite. Elle a également rappelé le passé de Duterte en matière d’obstruction à la justice, notamment son implication présumée dans des menaces contre des témoins lors d’enquêtes nationales antérieures sur les activités de l’escouade de la mort de Davao. La Chambre a estimé que la libération de Duterte présenterait un risque tangible d’interférence avec les preuves et les témoins, même indirectement.

La CPI a également rejeté plusieurs requêtes procédurales déposées par la défense, considérant qu’elles étaient soit prématurées, soit sans rapport avec la question principale. Cette décision constitue un nouveau revers pour l’équipe juridique de Duterte alors que la Cour se prépare à entamer l’audience de confirmation des charges, une étape cruciale qui déterminera si l’ancien président sera renvoyé devant un procès complet pour les crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés.

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