Mis à jour le 12 octobre 2025 à 15h30. Une concentration inhabituelle de béryllium-10, un isotope rare, découvert dans des sédiments du Pacifique, relance le débat sur une possible supernova survenue il y a 10 millions d’années et ses potentielles conséquences sur la Terre.
- Des chercheurs ont détecté des niveaux anormalement élevés de béryllium-10 dans des sédiments marins datant d’il y a 10 millions d’années.
- Une étude publiée dans Astronomie et astrophysique suggère que cette anomalie pourrait être la trace d’une supernova ayant irradié la Terre à cette époque.
- La probabilité que cette supernova ait eu lieu à environ 362 années-lumière de notre système solaire est estimée à 68 %.
La découverte de fortes concentrations de béryllium-10 au fond de l’océan Pacifique intrigue la communauté scientifique. Cet isotope se forme lorsque des particules de haute énergie, notamment des rayons cosmiques, frappent l’atmosphère terrestre. Sa présence n’est pas en soi surprenante, mais l’accumulation observée il y a environ 10 millions d’années, au cours du Miocène supérieur, est particulièrement élevée et suggère un événement exceptionnel.
Les scientifiques se demandent si ce pic de béryllium-10 est d’origine terrestre ou cosmique. Une récente publication dans la revue Astronomie et astrophysique penche pour la seconde hypothèse : une supernova, l’explosion cataclysmique d’une étoile massive, pourrait être à l’origine de cette anomalie. Les rayons cosmiques émis par une telle explosion bombarderaient alors l’atmosphère terrestre, créant le béryllium-10.
Plusieurs études ont déjà mis en évidence le fait que la Terre a traversé, au cours de ses 4,6 milliards d’années d’existence, les vestiges d’étoiles mortes. Ces rencontres laissent des traces détectables à la surface de notre planète. On sait par exemple que l’explosion d’une étoile pourrait être liée à une augmentation soudaine de l’activité virale dans un lac africain il y a 2,5 millions d’années. Plus d’informations sur ce lien ici.
Reconstituer le parcours du système solaire autour de la Voie lactée et déterminer la trajectoire des particules émises par une éventuelle supernova représentent des défis considérables. Dans cette nouvelle étude, les astronomes ont analysé la localisation et la datation du pic de béryllium-10 dans le Pacifique pour identifier les étoiles massives qui se trouvaient à proximité de la Terre à cette époque.
L’étude conclut qu’il existe une probabilité de 68 % qu’au moins une supernova ait explosé à environ 362 années-lumière (soit environ 110 parsecs) il y a entre 11 et 10 millions d’années. Parmi les 2 700 amas d’étoiles cartographiés, au moins 19 présentent une probabilité supérieure à 1 % d’avoir produit une supernova proche du Soleil. Plus l’amas est proche, plus cette probabilité augmente.
Les chercheurs soulignent toutefois la nécessité de rester prudents. L’anomalie du béryllium-10 n’a été observée que dans un seul océan. Pour confirmer la théorie, il serait crucial de trouver des isotopes de même âge dans d’autres régions du globe. De plus, d’autres éléments typiques des explosions de supernovae, comme le Fer-60, sont absents de cette même période.
« En conclusion, nous constatons qu’une supernova proche reste une explication possible de l’anomalie du Béryllium-10, surtout compte tenu de la proximité du système solaire avec la région d’Orion au cours de cette période. La probabilité estimée de supernova est non nulle à 35 parsecs et augmente avec la distance, ASCC 20 et OCSN 61 émergeant comme les groupes candidats les plus prometteurs. »
Auteurs de l’étude, Astronomie et astrophysique
Il est important de rappeler que les supernovae peuvent être dangereuses pour la vie sur Terre si elles se produisent à proximité. Les calculs actuels estiment la distance de sécurité à au moins 50 années-lumière. Une explosion à moins de 10 années-lumière serait considérée comme très risquée et pourrait provoquer une extinction massive en raison du rayonnement gamma qu’elle libérerait.
En savoir plus sur les particules à haute énergie et leur impact sur la Terre.
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