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S&P met en garde contre le pari croissant des assureurs américains sur le crédit privé

Publié le 13 octobre 2024 08h30. L'agence de notation S&P alerte sur les risques croissants liés à l'investissement des compagnies d'assurance américaines dans le crédit privé, un marché opaque et complexe en pleine expansion. Cette tendance, amorcée après…

S&P met en garde contre le pari croissant des assureurs américains sur le crédit privé

Publié le 13 octobre 2024 08h30. L’agence de notation S&P alerte sur les risques croissants liés à l’investissement des compagnies d’assurance américaines dans le crédit privé, un marché opaque et complexe en pleine expansion. Cette tendance, amorcée après la crise financière de 2008, pourrait nécessiter une surveillance accrue des bilans des assureurs.

  • S&P estime que 23 % (530 milliards de dollars) des obligations d’entreprises détenues par les assureurs-vie américains sont désormais issues de placements privés.
  • Près de 218 milliards de dollars de ces obligations sont assorties de notations confidentielles, accessibles uniquement à l’émetteur et à certains investisseurs.
  • Le marché du crédit privé, bien que potentiellement plus rémunérateur, présente un manque de transparence qui inquiète les experts.

Les assureurs américains se tournent de plus en plus vers le crédit privé, un marché qui fournit des milliards de dollars de prêts aux entreprises. Ce mouvement s’est accéléré après la crise financière de 2008, lorsque les réglementations plus strictes ont contraint les banques à adopter des critères de prêt plus rigoureux. Le secteur de l’assurance-vie aux États-Unis, qui gère plus de 8 000 milliards de dollars d’actifs et l’épargne-retraite de millions d’Américains, est devenu un acteur majeur de ce marché.

Selon S&P, les avoirs en crédit privé du secteur incluent également 71 milliards de dollars d’obligations financières structurées avec des notations privées. Les assureurs-vie, grâce à la nature à long terme de leurs engagements, sont mieux placés que d’autres institutions financières pour détenir des actifs illiquides.

Cependant, cette diversification vers le crédit privé complexifie les bilans des assureurs, avec l’ajout d’actifs tels que des obligations de prêts garantis et des prêts à des conditions sur mesure. S&P souligne la nécessité d’une surveillance étroite de ces investissements.

« Pour comprendre ce qui se passe dans un CLO du marché intermédiaire, il faut décortiquer les prêts qui composent la garantie sous-jacente, évaluer les risques de crédit potentiels, analyser le secteur et la répartition géographique, et enfin, comprendre la structure du CLO lui-même et comment les difficultés des actifs sous-jacents se traduisent dans la tranche spécifique que vous détenez. Et c’est un exemple relativement simple. »

Carmi Margalit, responsable de l’assurance-vie nord-américaine de S&P

Les titres structurés permettent aux assureurs de réduire le capital réglementaire qu’ils devraient détenir s’ils investissaient directement dans des prêts aux entreprises de taille intermédiaire et autres produits similaires. S&P a constaté que le crédit privé a généré jusqu’à 2 points de pourcentage de rendement supplémentaire pour les assureurs par rapport aux obligations publiques de notation comparable, en raison notamment de son illiquidité et de sa complexité.

L’essor du crédit privé a été encouragé par les sociétés de capital-investissement, avec des groupes tels qu’Apollo Global Management et Blackstone rachetant ou concluant des accords avec des assureurs-vie au cours de la dernière décennie. Un gestionnaire d’actifs d’assurance s’attend à ce que cette tendance ralentisse avec la remontée des taux d’intérêt, qui rend les obligations d’entreprises cotées plus attractives.

Néanmoins, il se montre pessimiste quant à un retour en arrière complet :

« Une compagnie d’assurance m’a littéralement dit : ‘Si nous pouvons obtenir 10 points de base supplémentaires de prime d’illiquidité ou de complexité par rapport au marché public, nous le voulons’. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que cette tendance ne s’inverserait pas. »

Gestionnaire d’actifs d’assurance (nom non divulgué)

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.