Home MondeComment les déclarations de Gustavo Petro sur l’accord Israël-Hamas relancent le débat sur la politique étrangère colombienne : analysent les experts

Comment les déclarations de Gustavo Petro sur l’accord Israël-Hamas relancent le débat sur la politique étrangère colombienne : analysent les experts

by Clara Dubois

Publié le 13 octobre 2025 à 23h36. Alors que l’accord de libération d’otages entre Israël et le Hamas suscite un espoir fragile au Moyen-Orient, le président colombien Gustavo Petro a provoqué une vive controverse en critiquant ouvertement les acteurs de cet accord et en établissant des parallèles avec le processus de paix colombien.

  • Gustavo Petro a critiqué le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien président américain Donald Trump.
  • Il a comparé l’accord de cessez-le-feu au Moyen-Orient aux négociations avec l’Armée de libération nationale (ELN) en Colombie, appelant à une reprise du dialogue.
  • Ses déclarations ont suscité des réactions négatives en Colombie et ont remis en question ses priorités en matière de politique étrangère.

Les récentes déclarations du président Petro ont ravivé le débat sur les limites de la politique étrangère colombienne et la pertinence de son implication dans des conflits internationaux. Alors que la communauté internationale salue la libération d’otages et de prisonniers, le chef de l’État colombien a choisi de mettre en avant ses propres préoccupations et de critiquer les principaux artisans de cet accord.

Le président n’a pas hésité à comparer le cessez-le-feu au Moyen-Orient aux processus de paix menés en Colombie, exhortant même le commandement de l’ELN à relancer le dialogue dans le pays. Il a déclaré :

« Il est temps de reprendre les contacts avec l’ELN. Je réponds à M. Pablo Beltrán. Goûtez à la paix de la Colombie. Il n’est pas nécessaire de détruire une ville entière et de tuer 70 000 personnes pour procéder à un échange humanitaire. »

Gustavo Petro, président de la République

Ces propos, jugés déplacés par de nombreux observateurs, interviennent alors que les efforts de paix en Colombie peinent à décoller. M. Petro a également exprimé son indignation face à un éventuel veto de Donald Trump à la signature de l’accord à Gaza et a annoncé son intention de remettre la Croix de Boyacá, la plus haute distinction colombienne, à Husam Abu-Safia, l’un des prisonniers palestiniens libérés dans l’échange humanitaire.

Parallèlement, la situation intérieure colombienne, marquée par des troubles à l’ordre public, n’a pas suscité de réaction publique de la part du président, qui a concentré ses communications sur le conflit israélo-palestinien. Cette attitude a été critiquée par certains, qui estiment que M. Petro accorde une priorité excessive aux enjeux internationaux au détriment des problèmes nationaux.

David Varela, docteur en affaires internationales de l’Université Johns Hopkins et professeur à la Pontificia Universidad Javeriana, a souligné que la libération des otages et la cessation des hostilités constituaient un « consensus universel ». Il a ajouté que, tandis que le président se concentrait sur ses propres querelles, la communauté internationale assistait à la consolidation d’une première phase de proposition de paix.

Selon M. Varela :

« De grands progrès ont été réalisés avec la proposition de paix du président Trump. »

David Varela, docteur en affaires internationales

Même ses détracteurs les plus virulents reconnaissent, selon lui, ce qu’ils appellent en anglais un breakthrough (une percée). « Une voie a été ouverte là où elle n’existait pas auparavant », a-t-il précisé.

Le spécialiste a également estimé que « le monde entier fait la fête et ce n’est peut-être pas le moment de critiquer les acteurs clés qui ont obtenu la libération des otages ainsi que de milliers de Palestiniens détenus, d’otages israéliens et de prisonniers palestiniens, certains condamnés à perpétuité ». Il a toutefois souligné que cela n’implique pas que leurs actions ne doivent pas être examinées à l’avenir.

Manuel Camilo González, master en sciences politiques de l’Université de Salamanque et professeur de relations internationales à l’Université Javeriana, a quant à lui estimé que le président colombien percevait l’accord comme « une certaine capitulation de la cause de l’État palestinien après la ‘phase humanitaire’ de l’accord ». Il a ajouté :

« La préoccupation concerne la structure de gouvernance de la bande de Gaza. »

Manuel Camilo González, professeur de relations internationales

Il a souligné l’importance de ne pas négliger la possibilité d’un État palestinien malgré l’accord actuel. M. González a également mis en avant le rôle crucial de la pression exercée par divers gouvernements, notamment les États-Unis, le Qatar et la Turquie, pour parvenir à cet accord.

Selon lui, le plus grand défi réside dans la phase à venir :

« La phase la plus difficile sera la suivante, car le Hamas a des objections à l’égard du gouvernement international et être exclu de la politique palestinienne. Cela sera une preuve tangible de ce que nous voyons aujourd’hui. »

Manuel Camilo González, professeur de relations internationales

En conclusion, les récentes déclarations du président Petro ont placé la Colombie au centre d’un débat sur les limites de la politique étrangère et la nécessité d’une approche prudente et respectueuse du droit international. La stabilité de la région dépendra de la capacité des parties à maintenir le dialogue et de la réponse à un éventuel contrôle juridique international.

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