La science suisse jouit d’une solide confiance auprès de la population, malgré une prudence grandissante envers l’intelligence artificielle. Une étude récente révèle un large soutien à la recherche et une condamnation claire des attaques envers les scientifiques, tout en soulignant un désir d’autonomie numérique.
Selon le Baromètre scientifique 2025, réalisé par l’Université de Zurich, une majorité de Suisses estime que la recherche est essentielle et qu’elle doit être financée par l’État. Plus de 1 500 personnes ont participé à cette enquête triennale, qui examine l’attitude du public envers la science et ses sources d’information.
60 % des personnes interrogées déclarent avoir une confiance « importante » ou « très importante » dans la science, un chiffre qui reste élevé, bien que l’on observe une légère augmentation du scepticisme. « Nos résultats montrent que la société suisse de l’innovation et de la connaissance repose sur des bases solides : la majorité de la population suisse a une attitude clairement positive à l’égard de la recherche », explique Mike S. Schäfer, professeur à l’Institut des sciences de la communication et de la recherche sur les médias de l’Université de Zurich.
L’étude souligne également un rejet ferme des attaques personnelles contre les chercheurs. « Alors que les critiques factuelles de la science, de ses méthodes ou de ses bailleurs de fonds sont considérées comme légitimes, les insultes, les menaces ou la violence à l’encontre des scientifiques sont clairement rejetées – il s’agit d’un signal important pour le discours social », précise le professeur Schäfer.
Le Baromètre scientifique 2025 identifie quatre profils distincts au sein de la population suisse : les « scientifiques », très confiants dans la science ; les « personnes particulièrement intéressées », expertes en recherche mais conscientes de ses limites ; les « sympathisants passifs », qui s’intéressent à la science de loin (représentant 48 % de la population) ; et les « sceptiques » (environ 17 %).
En matière de sources d’information scientifique, la télévision reste prédominante, suivie par les journaux et les magazines. Les films et les séries gagnent en popularité, tandis que Wikipédia et les sites web gouvernementaux conservent leur importance. Chez les jeunes, les plateformes vidéo et les outils d’intelligence artificielle sont particulièrement prisés, dépassant la radio, les podcasts et la messagerie instantanée.
« Nous voyons ici les traces évidentes du changement médiatique », observe Julia Metag, professeure à l’Université de Münster. « Les chaînes traditionnelles restent pertinentes, mais les formats audiovisuels et les offres numériques – y compris les outils d’IA – influencent particulièrement les jeunes et influencent la manière dont ils entrent en contact avec la science. »
L’étude révèle également une utilisation croissante de l’intelligence artificielle, avec environ un quart des personnes interrogées l’utilisant fréquemment. Cependant, la prudence domine : près de la moitié des répondants ne considèrent pas l’IA comme une source d’information scientifique fiable. Par ailleurs, 71 % des Suisses se prononcent en faveur du développement de modèles d’IA suisses indépendants des États-Unis et de la Chine.
« Les gens veulent des infrastructures suisses d’IA tout en restant prudents à l’égard de l’IA en tant que ressource d’information », souligne Niels G. Mede, professeur assistant à l’Université de Wageningen. « Cette combinaison de confiance dans la force d’innovation suisse et d’un scepticisme sain à l’égard des outils d’IA actuels constitue un point de départ important pour une stratégie d’IA responsable dans la science et la société. »
Le Baromètre scientifique suisse est mené depuis 2016 et examine tous les trois ans l’attitude de la population envers la science et la recherche. L’enquête de 2025 a été menée du 13 juin au 10 juillet auprès de 1 548 personnes (990 Suisses alémaniques, 317 Suisses romands et 241 Suisses italophones).
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