Home AffairesDollar américain : les exportations de terres rares sont désormais le paratonnerre du commerce

Dollar américain : les exportations de terres rares sont désormais le paratonnerre du commerce

by Amélie Bernard

Les marchés financiers restent dans une attente prudente, focalisés sur les restrictions chinoises à l’exportation de terres rares et leur potentiel impact sur l’économie mondiale. Cette décision a suscité des réactions immédiates aux États-Unis et au sein des pays du G7, et les négociations pour lever ces contrôles s’annoncent comme un enjeu majeur pour les semaines à venir.

Le dollar américain a légèrement reculé, mais sa trajectoire à court terme demeure incertaine. Les taux d’intérêt américains à court terme ont atteint leur plus bas niveau de l’année, en partie grâce aux données publiées hier par la Réserve fédérale, qui suggèrent qu’elle disposera de suffisamment d’éléments pour prendre une décision d’ici la fin du mois, malgré l’arrêt temporaire de l’administration américaine.

La tension commerciale entre les États-Unis et la Chine domine le paysage financier, à l’approche de plusieurs échéances importantes. Une rencontre est prévue entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping en marge du sommet de l’APEC en Corée du Sud, du 29 au 31 octobre. Cette rencontre précédera la date limite du 10 novembre concernant la trêve de 90 jours sur les droits de douane, au-delà de laquelle les tarifs américains sur les produits chinois pourraient revenir à un niveau de 145 %.

Les marchés s’interrogent sur les motivations de la Chine : ces contrôles sur les terres rares sont-ils une simple manœuvre de négociation pour obtenir des concessions de la part des États-Unis, ou s’agit-il d’une menace réelle qui pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales ? Les terres rares sont en effet des composants essentiels dans des secteurs stratégiques tels que la fabrication de semi-conducteurs, les véhicules électriques, la défense et la production industrielle de pointe. La décision chinoise a provoqué une réaction concertée des pays du G7, qui ont publié une déclaration commune pour exprimer leur désaccord.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a tenté de minimiser l’impact de ces contrôles, les attribuant à un excès de zèle d’un département du Commerce chinois, tout en laissant entendre qu’une prolongation de la trêve douanière de 90 jours était envisageable. Cependant, un échec des négociations pourrait entraîner une période de volatilité sur les marchés financiers mondiaux.

Par ailleurs, des nouvelles encourageantes en provenance de France ont soutenu l’euro. Cependant, le yen japonais pourrait bénéficier d’un soutien supplémentaire si Sanae Takaichi, président du Parti libéral-démocrate (PLD), parvient à former une coalition minoritaire avec le parti Ishin. Cela augmenterait les chances de son approbation en tant que prochain Premier ministre du Japon le 21 octobre, une perspective considérée comme défavorable par les marchés.

La publication des données économiques américaines est retardée aujourd’hui, mais les discours de deux membres dovish de la Réserve fédérale, Christopher Waller et Stephen Miran, prévus à 15h00 CET, pourraient exercer une légère pression à la baisse sur le dollar. Le DXY (indice du dollar américain) devrait rester proche de 98,50 aujourd’hui.

L’euro bénéficie également du contexte politique français, où le Premier ministre Sébastien Lecornu semble en mesure de surmonter deux votes de censure au Parlement, notamment grâce à un report de la réforme des retraites. Bien que l’abandon de cette réforme complique la consolidation budgétaire à long terme, les investisseurs obligataires y voient une solution de court terme, ramenant les spreads OAT-Bund à moins de 80 points de base. Les traders de change devraient suivre cette tendance, et l’euro pourrait continuer à se renforcer. Il est peu probable que l’EUR/USD dépasse la zone de 1,1685/1730 à court terme, mais une consolidation dans cette zone pourrait préparer le terrain pour une période plus favorable en novembre et décembre, avec un objectif de 1,20 en fin d’année.

L’EUR/CHF se négocie actuellement en dessous de 0,93, un niveau rare. Malgré les nouvelles positives en provenance de France, la dynamique macroéconomique de la zone euro reste un facteur déterminant. Les données économiques de la zone euro ont été décevantes ces derniers mois, entraînant une réévaluation à la baisse des taux swaps à court terme en euros d’environ 10 points de base depuis fin septembre. La Banque nationale suisse (BNS) maintient une politique de taux d’intérêt proches de zéro et semble réticente à retomber dans des taux négatifs, ce qui limite sa marge de manœuvre et soutient l’EUR/CHF autour de 0,92/93, jusqu’à une amélioration des perspectives de croissance de la zone euro.

En Australie, le taux de chômage a augmenté en septembre, passant à 4,5 %, contre 4,3 % en août (chiffre révisé). Bien que cette hausse soit principalement due à une augmentation du taux d’activité et ne signale pas nécessairement une détérioration significative du marché du travail, elle penche légèrement en faveur d’une politique monétaire plus accommodante de la part de la Banque de réserve d’Australie (RBA). La question est de savoir si la RBA réduira ses taux lors de sa réunion du 4 novembre, en attendant les chiffres de l’inflation du troisième trimestre du 29 octobre. Compte tenu de l’inflation plus élevée que prévu ces derniers mois, il est probable que les chiffres trimestriels restent trop élevés pour que la RBA procède à une baisse de taux dès novembre, bien que la barre soit désormais plus basse. Une analyse de scénario basée sur l’évolution des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine suggère que la RBA pourrait abaisser ses taux en décembre, ce qui pourrait entraîner une légère baisse des taux AUD/USD. Les développements commerciaux resteront le principal moteur du taux de change, et une désescalade des tensions commerciales pourrait permettre à l’AUD d’atteindre un objectif de 0,68.

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