Publié le 17 octobre 2025. La fraude en ligne dans la région du Mékong prend des proportions industrielles, avec une sophistication croissante des organisations criminelles et une augmentation de la violence, alerte un responsable de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
- La fraude en ligne dans la région du Mékong est devenue une industrie organisée, dépassant le simple cadre de délits individuels.
- Les organisations criminelles ciblent de plus en plus les pays à revenu élevé d’Asie, comme la Corée du Sud, le Japon et Singapour.
- L’efficacité des initiatives comme la création de « bureaux coréens » dans les pays concernés est remise en question sans un renforcement des capacités institutionnelles locales.
Benedict Hoffman, directeur adjoint de la Division Asie du Sud-Est et Pacifique de l’ONUDC, souligne l’évolution inquiétante de la criminalité en ligne dans la région du Mékong. Depuis septembre 2023, il supervise les opérations de l’ONUDC dans cette zone géographique, se concentrant sur l’analyse et la lutte contre le crime organisé et le trafic de drogue. Il occupait auparavant le poste de chef du bureau de l’ONUDC au Myanmar.
Selon M. Hoffman, le problème ne se limite plus à des actes isolés.
« Le problème de la fraude en ligne dans la région du Mékong n’est pas seulement un crime individuel, mais est déjà devenu une « industrie ». La plus grande préoccupation est que les organisations criminelles deviennent de plus en plus sophistiquées pour s’adapter à la zone locale et que le niveau de violence augmente. »
Benedict Hoffman, directeur adjoint de la Division Asie du Sud-Est et Pacifique de l’ONUDC
La multiplication des victimes cambodgiennes d’origine coréenne illustre ce changement de tendance. Les organisations criminelles orientent désormais leurs efforts vers des pays plus riches, ciblant notamment la Corée du Sud, le Japon et Singapour. Le nombre de citoyens sud-coréens détenus au Cambodge a explosé, passant de 17 en 2023 à 330 fin août 2025. M. Hoffman explique que les langues difficiles à maîtriser pour ces organisations, comme le coréen, nécessitent l’intervention d’intermédiaires, ce qui favorise l’implantation de groupes criminels dans le pays.
Concernant la proposition du gouvernement sud-coréen d’établir des « bureaux coréens » au sein des services de police locaux, M. Hoffman se montre prudent. Il reconnaît l’importance de la coopération policière internationale, mais insiste sur la nécessité de renforcer les capacités et les structures des autorités cambodgiennes. Il souligne également qu’une reconnaissance de la priorité de cette question par les autorités cambodgiennes est essentielle.
La fraude en ligne se développe particulièrement dans les zones frontalières, où le pouvoir public est faible. Les organisations criminelles profitent de ces « conditions de fonctionnement » favorables, notamment à la frontière avec le Myanmar et au Cambodge. Elles investissent massivement dans des infrastructures et adoptent rapidement les nouvelles technologies.
Les groupes criminels chinois, qui opéraient initialement dans le secteur des casinos en Asie du Sud-Est depuis les années 1990 et 2000, se sont tournés vers la fraude en ligne après la pandémie de COVID-19 et le renforcement de la répression en 2020. Cette transition a conduit à la création de centres de cybercriminalité à grande échelle, impliquant des organisations criminelles internationales, des blanchisseurs d’argent et des trafiquants d’êtres humains. Ces groupes innovent constamment, en utilisant l’intelligence artificielle (IA) et les cryptomonnaies stables pour leurs activités.
Le développement rapide de ces organisations criminelles est alimenté par un mélange d’investissements légaux et de fonds illicites. Le conglomérat cambodgien Prince Group, actif dans l’immobilier, la finance et les services aux consommateurs, a ainsi été accusé d’avoir blanchi des dizaines de milliards de wons (environ 30 millions d’euros) via le trafic d’êtres humains et la fraude aux investissements en ligne. L’entreprise a récemment été soumise à des sanctions financières par les États-Unis et le Royaume-Uni.
M. Hoffman insiste sur la nécessité de modifier les conditions structurelles qui permettent aux organisations criminelles de prospérer en Asie du Sud-Est. Il souligne qu’il ne suffit pas de renforcer l’application de la loi, mais qu’il faut repenser le modèle de développement économique de la région. Selon l’Institut américain pour la paix (USIP), les organisations criminelles basées au Laos, au Cambodge et au Myanmar volent environ 43,8 milliards de dollars (environ 40 000 millions d’euros) chaque année, soit environ 40 % du produit intérieur brut (PIB) officiel de ces trois pays. L’ONUDC estime que les bénéfices annuels de la cybercriminalité en Asie du Sud-Est se situent entre 27,4 et 36,5 milliards de dollars (environ 25 à 33 milliards d’euros) en juin 2025.

Journaliste Yoon Yeon-jeong [email protected]