Publié le 24 juin 2024. Une nouvelle technique prometteuse, l’histotripsie, utilise des ultrasons de haute fréquence pour détruire les tumeurs avec une précision inédite, offrant une alternative moins invasive à la chirurgie et à la radiothérapie.
Ce qui relevait il y a encore quelques années de la science-fiction pourrait bien révolutionner le traitement du cancer. L’histotripsie, une méthode innovante basée sur l’utilisation d’ultrasons focalisés, permet de détruire les tissus tumoraux sans incision chirurgicale, sans exposition aux radiations et sans production de chaleur.
L’histoire de cette découverte remonte au début des années 2000, à l’Université du Michigan. L’ingénieur Zhen Xu menait des recherches sur l’utilisation des ultrasons pour éliminer les tissus malades de manière non invasive. Ses premières tentatives se sont heurtées à un obstacle majeur : le bruit intense produit par l’appareil. Afin de pallier ce problème, Xu a augmenté la fréquence des impulsions ultrasonores. Le résultat fut surprenant : en l’espace d’une minute, un trou apparut dans le tissu cardiaque d’un animal de laboratoire.
Cette observation fortuite a conduit à la mise au point de l’histotripsie. La technique repose sur la création de minuscules bulles de gaz par des impulsions ultrasoniques extrêmement courtes. Ces “microbulles” se dilatent puis s’effondrent brutalement, générant une force mécanique capable de détruire les cellules tumorales. Les débris cellulaires sont ensuite éliminés par le système immunitaire.
La technologie a connu un développement rapide et a été approuvée pour la première fois aux États-Unis en 2023 pour le traitement des tumeurs du foie. Une étude a démontré une élimination complète du tissu tumoral dans 95 % des cas, permettant à la majorité des patients de rentrer chez eux le jour même de l’intervention.
En juin 2024, le National Health Service (NHS) britannique a franchi une nouvelle étape en devenant le premier pays européen à intégrer l’histotripsie dans un programme pilote. L’objectif est de proposer un traitement moins agressif aux patients pour lesquels une intervention chirurgicale classique présenterait des risques trop importants.
Le traitement se déroule à l’aide d’un bras robotique qui dirige les ondes sonores avec une précision millimétrique vers la zone affectée. La zone cible est extrêmement petite, de la taille de la pointe d’un feutre. Les cellules tumorales sont détruites en une fraction de seconde, tandis que les tissus sains environnants restent intacts. Les patients peuvent généralement rentrer chez eux quelques heures après la procédure, sans les effets secondaires associés à la radiothérapie conventionnelle, tels que les brûlures.
Bien que les résultats soient encourageants, la recherche en est encore à ses débuts. Des données à long terme sont nécessaires pour évaluer le risque de récidive des tumeurs après l’histotripsie. Il est également important de déterminer si la destruction des cellules tumorales pourrait entraîner la propagation de cellules cancéreuses dans l’organisme, bien que les études animales ne semblent pas confirmer cette hypothèse.
Tous les types de tumeurs ne sont pas adaptés à ce traitement. Les os et les organes remplis d’air, comme les poumons, peuvent bloquer les ondes sonores. Des recherches sont actuellement en cours pour évaluer l’efficacité de l’histotripsie dans le traitement du cancer du rein et du pancréas.
Parallèlement à l’histotripsie, les chercheurs explorent également les HIFU (High-Intensity Focused Ultrasound), une technique plus ancienne qui utilise la chaleur pour détruire les tumeurs. Ces deux méthodes sont considérées comme non invasives et relativement douces.
L’échographie pourrait également jouer un rôle clé dans l’amélioration d’autres traitements. Des études suggèrent qu’en combinaison avec de minuscules microbulles, elle pourrait permettre d’administrer des médicaments de manière plus ciblée au cerveau ou aux tissus tumoraux, augmentant ainsi l’efficacité de l’immunothérapie et de la radiothérapie.
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