Mis à jour le 20 octobre 2025 à 08:13. L’implantation d’un hypermarché culturel à Perpignan suscite une vive polémique. Plusieurs commerçants du centre-ville dénoncent une procédure irrégulière, pointant l’absence de dossier déposé auprès des autorités compétentes pour l’ouverture de l’enseigne Cultura.
- Des commerçants perpignanais accusent Cultura d’avoir contourné les règles d’urbanisme commercial.
- L’enseigne est accusée de ne pas avoir soumis son projet à l’avis de la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC).
- La stratégie de « fractionnement du projet » avec Intersport est remise en question, soulevant des inquiétudes quant à la concurrence déloyale et à la congestion routière.
Après plusieurs tentatives infructueuses, l’enseigne Cultura a finalement ouvert ses portes le 17 septembre 2025 dans les locaux laissés vacants par Decathlon. Cependant, cette implantation est loin de faire l’unanimité. Des libraires, disquaires et commerçants indépendants du centre-ville craignent une nouvelle concurrence déloyale et une fuite des activités commerciales vers la périphérie.
Selon Maître Pons-Serradeil, avocat spécialisé en droit de l’urbanisme, Cultura aurait dû obtenir l’avis de la CDAC avant d’ouvrir. Or, aucune demande n’a été déposée, contrairement à Intersport, dont le dossier a été jugé incomplet et a reçu un avis défavorable. L’avocat explique que le bâtiment étant divisé en deux cellules commerciales contiguës, un dossier unique aurait dû être soumis, ce qui aurait permis d’évaluer l’impact global du projet.
« Le fait de dissocier les projets a permis à Cultura d’éviter de passer devant la commission, alors que l’enseigne occupe à elle seule près de 1 820 m² », souligne Maître Pons-Serradeil. Il a demandé à la mairie de Perpignan de dresser un procès-verbal d’infraction et a engagé une action en justice pour « concurrence déloyale ».
Un rapport d’instruction de la CDAC, daté du 4 septembre 2025, confirme cette stratégie de « fractionnement du projet ». Les porteurs du projet ont présenté les dossiers de Cultura et d’Intersport séparément pour éviter de dépasser les seuils réglementaires imposant une autorisation commerciale conjointe. Or, la réglementation exige un examen unique pour les surfaces de vente de plus de 1 000 m² situées dans un même bâtiment et occupant des cellules contiguës. Un membre de la CDAC a dénoncé un « passage en force ».
Le rapport met également en évidence un risque de saturation routière. L’installation d’Action en 2024 avait été refusée en raison d’un trafic estimé à 675 véhicules par jour. Dans le cas de Cultura et d’Intersport, la CDAC estime que ce chiffre pourrait être multiplié par quatre, sans qu’aucune analyse précise de l’impact n’ait été fournie. À titre de comparaison, un projet de drive Carrefour avait été rejeté en 2022 par la Commission nationale d’aménagement commercial (CNAC) en raison de la congestion routière prévue (160 véhicules/jour).
« La fréquentation générée par le projet d’installation des deux enseignes n’est pas évaluée alors que les difficultés de congestion routière sont réelles. »
CDAC des Pyrénées-Orientales
Les porteurs du projet justifient cette stratégie en affirmant que le bâtiment conserve la même surface de vente qu’avant Decathlon, et qu’il n’était donc pas nécessaire de déposer un dossier pour l’ensemble. Pour certains membres de la CDAC, il s’agit d’un simple « subterfuge ».
« le bâtiment a conservé actifs les m2 de SV (surface de vente) de l’ex-Decathlon, il n’y avait donc pas lieu de déposer pour l’ensemble. Cultura bénéficie de l’antériorité et l’installation d’Intersport fait l’objet du présent examen pour répondre à la demande des services de l’État. Il a ainsi été décidé de scinder le projet en 2 phases. »
Porteurs du projet
Maître Pons-Serradeil estime que si Cultura avait déposé un dossier complet, il aurait été rejeté par la CDAC. Il considère que cette affaire est emblématique d’une volonté de contourner les règles d’urbanisme. « Je crois que maintenant que le Président Macron a déclaré vouloir en finir avec la « France moche », celle des périphéries, plus rien ne sort », a-t-il déclaré.
Contacté, le service presse de Cultura n’a pas répondu aux sollicitations.
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