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Les « héros des opérations spéciales » : que sait-on ? -Nouvelles

by Clara Dubois

Publié le 2025-10-20 18:47:00. Des centaines de milliers de soldats russes ayant participé à l’« opération spéciale » en Ukraine sont en train de rentrer chez eux. Alors que le Kremlin reste discret sur l’ampleur du phénomène, des questions se posent quant à l’aide et à l’intégration de ces vétérans dans la société.

  • Le nombre de soldats russes revenus d’Ukraine pourrait dépasser les 140 000 évoqués en juin par le Kremlin.
  • De nouvelles aides financières et sociales ont été approuvées pour les anciens combattants, notamment en matière de logement et d’éducation pour leurs enfants.
  • Le soutien psychologique aux vétérans, bien que prévu, est largement sous-financé, et le système de santé russe est déjà sous tension.

La guerre en Ukraine, qualifiée par Moscou d’« opération spéciale », laisse derrière elle un nombre croissant de soldats démobilisés. Si le Kremlin communique peu sur les pertes et le nombre de combattants impliqués, les estimations indépendantes suggèrent que des centaines de milliers de militaires russes pourraient être concernés par un retour à la vie civile. Selon les estimations, pour chaque soldat tué au combat, il y a au moins trois blessés ou traumatisés. La BBC et le média russe indépendant Mediazona ont recensé plus de 135 000 soldats russes tués, ce qui laisse présager un nombre de rapatriés bien supérieur aux 140 000 évoqués en juin par les autorités.

Face à cette situation, le parlement russe, la Douma, a adopté la semaine dernière de nouvelles mesures d’aide aux anciens combattants. Ces mesures accordent notamment la priorité aux anciens combattants ayant des enfants handicapés pour l’attribution de logements, ainsi que des réductions sur les frais de scolarité pour leurs enfants. Des aides à l’achat de terrains, des allègements fiscaux et un accès prioritaire aux soins médicaux sont également prévus, en fonction des régions. Ces aides s’ajoutent aux primes et aux salaires élevés versés aux militaires ayant signé des contrats.

Cependant, le soutien psychologique aux vétérans reste un point faible. Des programmes existent, notamment via le fonds d’aide aux « Défenseurs de la Patrie », destiné à financer le soutien psychologique, la formation continue et l’aide à la recherche d’emploi. Mais ce fonds ne dispose que d’un budget équivalent à 20 millions de francs suisses, un montant insuffisant face à l’ampleur des besoins. Le système de santé russe, déjà fragilisé par le conflit – le Kremlin consacrant près de 40 % de son budget à la guerre et réduisant les dépenses sociales – manque de médecins et de personnel soignant, en partie à cause de la baisse des salaires dans le secteur.

soldat russe
Légende:

Une vidéo du 19 juillet 2025 distribuée par le ministère russe de la Défense prétend montrer un soldat russe pendant un entraînement au combat dans un lieu tenu secret en Ukraine.


Service de presse Keystone/ministère russe de la Défense via AP

Les anciens combattants commencent également à s’engager en politique. Environ 800 d’entre eux ont été élus à des postes régionaux lors des élections de septembre, se présentant sous les couleurs du parti Russie unie de Vladimir Poutine. D’autres 800 anciens combattants, issus d’autres partis, n’ont pas été élus. Presque tous ont mené leur campagne en tant que « héros de guerre », arborant le logo « participant à des opérations spéciales » sur leurs supports de communication. Certains ont suivi le programme de financement public « Time of Heroes », qui prépare les anciens soldats à une carrière politique.

Vladimir Poutine a à plusieurs reprises souligné la nécessité de renouveler l’appareil d’État et a suggéré que les anciens combattants pourraient constituer une « nouvelle élite ». Certains observateurs estiment qu’il souhaite s’entourer de personnes dont la loyauté est incontestable. Cependant, à ce jour, aucun vétéran n’occupe de poste important ou influent. L’hypothèse est que le discours sur une nouvelle élite vise davantage à apaiser les anciens combattants qu’à les intégrer réellement au pouvoir. La Russie connaît, depuis les guerres d’Afghanistan et de Tchétchénie, le problème des soldats qui retournent à la vie civile et se sentent abandonnés. Il reste à voir comment les anciens combattants se positionneront lors des prochaines élections à la Douma.

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