Publié le 22 octobre 2025 09h30. Des chercheurs argentins ont identifié des biomarqueurs sanguins prometteurs pour détecter et suivre l’épilepsie, ouvrant la voie à un diagnostic plus rapide, moins invasif et potentiellement personnalisé.
- Une équipe de l’Institut Leloir-Conicet et de l’hôpital italien de Buenos Aires a analysé les échantillons de sang de 32 patients épileptiques avant et après des crises.
- L’étude a révélé des variations significatives dans les niveaux de certains métabolites – hippurate, pyroglutamate et isovalerate – corrélées aux crises.
- Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes de l’épilepsie et d’adapter les traitements de manière plus précise.
L’innovation en santé ne se limite pas à la découverte de nouveaux médicaments. Une part croissante de la recherche se concentre sur l’amélioration des méthodes de diagnostic, en les rendant plus accessibles, plus rapides et moins contraignantes pour les patients. C’est dans cette optique qu’une équipe de scientifiques argentins a réalisé une avancée significative dans le domaine de l’épilepsie.
Leur travail, publié dans la revue Scientific Reports, s’articule autour de la notion de biomarqueurs. Ces « signaux » émis par l’organisme en réponse à une condition particulière – qu’il s’agisse d’une maladie ou d’une simple réaction physiologique – permettent de suivre l’évolution d’un état de santé sans avoir recours à des procédures invasives. Contrairement à l’agent pathogène lui-même, le biomarqueur est un indicateur indirect, un témoin des changements en cours.
Identifier des biomarqueurs fiables et efficaces est un défi majeur pour la recherche médicale. Des progrès dans ce domaine permettent non seulement d’orienter plus précisément les traitements, en adaptant le type et la dose de médicament aux besoins spécifiques de chaque patient, mais aussi d’ouvrir la voie à de nouvelles thérapies.
C’est précisément ce potentiel qui se dessine avec l’épilepsie, selon l’équipe argentine. L’étude, menée pendant deux ans, a consisté à analyser les échantillons de sang de 32 patients hospitalisés à l’hôpital italien de Buenos Aires, prélevés avant et après des crises d’épilepsie. L’analyse a été réalisée grâce à une technologie de résonance magnétique nucléaire (RMN) de pointe.
Selon Martín Arán, biologiste et directeur du domaine de RMN à la Fondation Institut Leloir, le rôle du neurologue Juan Carlos Avalos a été crucial.
« Avalos a fait le plus d’efforts car cela impliquait de savoir à 3 heures du matin qu’un patient épileptique était arrivé au service, de devoir courir à l’hôpital et faire une prise de sang, de s’inquiéter de le laisser hospitalisé et surveillé toute la nuit, et d’analyser les changements dans le sang, avant et après et en fonction du médicament administré. »
Les chercheurs se sont concentrés sur l’étude des métabolites, ces petites molécules présentes dans le sang qui ne sont ni des protéines, ni des lipides, ni de l’ADN. Parmi les métabolites étudiés, certains, comme le glucose, le cholestérol ou la créatinine, sont familiers aux patients ayant subi des analyses de routine. D’autres, en revanche, ont surpris l’équipe : l’hippurate, le pyroglutamate et l’isovalerate.
Selon Juan Carlos Avalos, les résultats préliminaires sont encourageants, même s’il est nécessaire d’augmenter le nombre de cas étudiés pour valider les conclusions.
« Les statistiques ont montré des chiffres si forts qu’il est impossible de ne pas être excité. »
L’étude a pris racine lors d’une conversation entre Arán et Avalos. Ce dernier, travaillant sur l’unité de vidéo-électroencéphalogramme de l’hôpital italien, s’intéressait à la recherche de métabolites. Arán, quant à lui, disposait de la technologie RMN avancée nécessaire à l’analyse des échantillons sanguins. Au lieu d’utiliser un analyseur de fluides classique, ils ont exploité les capacités d’un résonateur magnétique nucléaire puissant, capable de détecter les signaux des métabolites au niveau atomique.
Arán souligne l’importance de cette technologie.
« La machine coûte plusieurs millions de dollars, mais plusieurs hôpitaux à travers le monde commencent déjà à ajouter cette technologie scientifique fondamentale à leur travail quotidien. C’est une méthode très non invasive, rapide et à long terme peu coûteuse qui nous permet de voir les changements chez le patient, y compris les épisodes d’épilepsie qu’il peut avoir la nuit sans s’en rendre compte. »
Cette première étude sur des humains est une étape importante pour l’équipe. Arán explique :
« Je suis directeur du domaine de résonance magnétique et nous collaborons avec de nombreux groupes de recherche. Ce sujet nous intéressait précisément parce que nous faisions des choses avec des bactéries, des levures, des cultures cellulaires et même la maladie d’Alzheimer, mais tout au plus avec des souris. C’était l’occasion de faire notre première étude avec des humains. C’était vraiment très motivant. »
Les chercheurs envisagent désormais d’étudier un panel de molécules inflammatoires, identifiant déjà des corrélations prometteuses. Ils notent également que certains patients épileptiques présentent des troubles métaboliques, notamment une résistance à l’insuline et un déficit en glucose, visibles grâce à l’analyse RMN. D’autres recherches sont nécessaires pour approfondir ces observations et comprendre pleinement les mécanismes en jeu.
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