Home DivertissementL’actrice générée par l’IA de Tilly Norwood force Hollywood à débattre de l’éthique et de l’avant-garde

L’actrice générée par l’IA de Tilly Norwood force Hollywood à débattre de l’éthique et de l’avant-garde

by Antoine Girard

Publié le 25 octobre 2025 14h00:00. L’émergence de Tilly Norwood, une actrice entièrement générée par intelligence artificielle, suscite une vive controverse à Hollywood, ravivant les craintes concernant l’avenir du travail des acteurs et soulevant des questions éthiques complexes.

  • Le syndicat des acteurs SAG-AFTRA s’oppose fermement à l’utilisation de “personnages synthétiques” en remplacement des interprètes humains.
  • La créatrice de Tilly Norwood défend son projet comme une forme d’art, comparant l’IA à un nouvel outil créatif.
  • Des experts mettent en garde contre le danger d’ignorer les avancées de l’IA, soulignant qu’une attitude “autruche” pourrait s’avérer préjudiciable à l’industrie.

La nouvelle de la création de Tilly Norwood, une jeune femme britannique hyperréaliste aux yeux changeants, a secoué les cercles hollywoodiens. Développée par Xicoia, la division IA de Particle6 Group, cette actrice virtuelle a pour l’instant participé à de courtes vidéos (moins de 30 secondes). Cependant, l’annonce de sa potentielle signature par une agence artistique, révélée lors du Festival du film de Zurich, a déclenché une vague d’indignation.

Le syndicat des acteurs SAG-AFTRA a réagi avec fermeté, affirmant que

« La créativité doit rester centrée sur l’humain »

SAG-AFTRA

et dénonçant la substitution d’acteurs par des interprètes synthétiques. Dans un communiqué adressé à l’agence EFE, le syndicat a dénoncé le fait que

« Tilly Norwood n’est pas une actrice, mais un personnage généré par un programme informatique, entraîné grâce au travail d’innombrables artistes professionnels, sans leur autorisation ni compensation. »

SAG-AFTRA

Le syndicat accuse cette nouvelle technologie d’utiliser des “représentations volées” pour priver les acteurs de leur gagne-pain et a averti les producteurs qu’ils doivent respecter les obligations contractuelles de “notification et négociation” avant d’utiliser ces “artistes synthétiques”.

L’actrice et auteure Mara Wilson, connue pour son rôle dans Matilda (1996), a également exprimé son désaccord. Elle estime que le personnage de Tilly Norwood est une compilation de traits empruntés à des centaines d’autres actrices, et qu’il serait plus judicieux d’embaucher une actrice réelle.

Éline Van der Velden, l’actrice et productrice à l’origine de Tilly Norwood, a défendu son projet sur Instagram, le qualifiant d’ “œuvre de création” qui ne saurait remplacer un être humain. Elle a comparé l’IA à un “nouveau pinceau”, similaire à l’animation.

Selon Todd Bryant, professeur au programme de médias intégrés et de design à l’École d’ingénierie de Tandon de l’Université de New York, le principal enjeu réside dans la question éthique, notamment concernant l’origine des données utilisées pour entraîner les IA. Il explique à EFE que si les acteurs acceptent de participer à ce processus, la situation se rapproche des techniques de “capture de mouvement”, où l’artiste sait qu’il sera représenté différemment.

Plusieurs entreprises proposent déjà de créer des doublures numériques pour les acteurs, un processus de numérisation qui prend environ trois heures. Cet avatar peut ensuite être utilisé pour diverses applications. L’expert souligne qu’ignorer ces outils de pointe serait une erreur, comparant cette attitude à celle de Kodak, qui a décliné après avoir ignoré la photographie numérique. Il suggère que l’IA pourrait “élargir le marché” de l’industrie du divertissement, en créant de nouveaux médias et formats, à l’instar de la réalité virtuelle (VR), qui n’a pas remplacé le cinéma mais a créé son propre espace.

Malgré les progrès technologiques, Bryant souligne que l’IA actuelle a des limites. Il doute que les personnages générés par IA puissent établir une véritable alchimie avec d’autres acteurs ou transmettre des émotions convaincantes, évoquant le phénomène de la “vallée dérangeante”, où les répliques anthropomorphes trop proches de la réalité humaine provoquent un sentiment de rejet.

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