Home Affairesles députés rejettent le gel du barème de l’impôt sur le revenu ; l’examen du volet recettes se poursuit dans l’Hémicycle

les députés rejettent le gel du barème de l’impôt sur le revenu ; l’examen du volet recettes se poursuit dans l’Hémicycle

by Amélie Bernard

Publié le 25 octobre 2025 17h35. L’économiste Gabriel Zucman met en garde la gauche contre le risque de reproduire les erreurs du passé en matière de taxation des grandes fortunes, alors que les députés socialistes proposent une version allégée de son projet d’impôt minimum sur le patrimoine.

  • Gabriel Zucman critique les propositions socialistes d’exonérations pour les entreprises familiales et innovantes, les jugeant susceptibles de compromettre l’efficacité de la taxe.
  • Il rappelle l’échec de l’Impôt sur les Fortunes (ISF) en 1981, où des exonérations accordées sous la pression des milliardaires ont rendu l’impôt inefficace.
  • L’économiste souligne l’urgence de mobiliser les richesses privées face à un niveau d’endettement public record.

Intervenant sur France Inter ce samedi, Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, a exprimé ses réserves quant à la proposition de taxe sur les grandes fortunes portée par les députés socialistes. Cette initiative, surnommée « taxe Zucman light », prévoit un impôt minimum de 3 % sur les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros, contre 2 % à partir de 100 millions d’euros dans le projet initial de l’économiste. Elle prévoit également d’exclure les entreprises familiales et innovantes de ce dispositif.

Pour Gabriel Zucman, l’introduction d’exonérations est une erreur à ne pas reproduire.

« Je me réjouis que le principe de l’impôt plancher – l’idée que les grandes fortunes doivent payer un minimum incompressible chaque année – soit désormais acquis. Mais l’expérience historique et internationale montre que dès qu’on introduit des exonérations, on relance la machine à optimisation fiscale »

Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité

Il insiste sur la nécessité d’une assiette large et sans exceptions pour garantir l’efficacité de l’impôt.

L’économiste estime qu’un seuil de taxation à 100 millions d’euros implique une logique claire : au-delà de ce niveau de richesse, aucune exonération n’est justifiée.

« Commencer à taxer à partir de 100 millions d’euros, c’est affirmer qu’à ce niveau de richesse, nul n’a besoin d’exonérations ni de niches fiscales. C’est ainsi qu’on garantit à la fois l’efficacité, le rendement budgétaire et la justice. »

Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité

Gabriel Zucman tire les leçons de l’histoire, rappelant l’échec de l’ISF, ancêtre de l’impôt sur la fortune, mis en place en 1981. À l’époque, sous la pression des milliardaires, le gouvernement socialiste avait voté une exonération pour les biens professionnels, permettant aux plus riches d’échapper à l’impôt.

« À l’époque, sous la pression des milliardaires, le pouvoir socialiste avait voté une exonération pour les biens professionnels, c’est-à-dire les grosses détentions actionnariales. Résultat : les milliardaires ne payaient pas, et n’ont jamais payé l’ISF »

Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité

Il qualifie cet épisode d’« échec intellectuel et politique dramatique », soulignant qu’à la veille de la suppression de l’ISF en 2016, le taux effectif d’imposition des milliardaires français n’était que de 0,005 %.

L’économiste alerte également sur la situation préoccupante des finances publiques, avec une dette publique approchant les 120 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, voire la Révolution française. Il estime que la mobilisation des richesses privées, en particulier celles des ultrariches qui « échappent très largement à l’impôt », est indispensable pour sortir de l’impasse budgétaire.

« On ne sortira pas de l’impasse budgétaire sans demander aux plus grandes fortunes de contribuer au même titre que le reste de la population »

Gabriel Zucman, directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité

Il conclut que la justice fiscale est un élément essentiel d’un budget juste, stable et de nature à apaiser les tensions sociales.

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