Publié le 25 octobre 2025 18:22:00. Le dernier film de Tom Tykwer, présenté à la Berlinale, déroute par son ambition démesurée et son absence de retenue, oscillant entre une satire sociale acerbe et une expérimentation formelle déconcertante.
- Le nouveau film de Tom Tykwer, Lumière, explore les dysfonctionnements d’une famille bourgeoise berlinoise confrontée à une crise existentielle.
- L’œuvre se distingue par ses séquences musicales inattendues et son approche singulière des thèmes du colonialisme et de l’immigration.
- Le réalisateur allemand, connu pour Lola rennt et Le Parfum, semble avoir joui d’une liberté totale, aboutissant à un film aussi fascinant que déroutant.
Lumière, présenté en ouverture du Festival du film de Berlin, divise déjà les critiques. Le film suit le quotidien d’une famille aisée de Berlin : Milena, la mère, constamment en quête de validation pour un projet de théâtre pour enfants au Kenya ; Tim, le père, intellectuel de gauche et directeur créatif d’une agence de publicité ; Jon, l’adolescent reclus dans son monde virtuel ; et Friede, la jeune fille consumée par la fête et la drogue. Leur vie est bouleversée par la mort inaperçue de leur gouvernante, suivie de l’arrivée de Farrah, une Syrienne qui tente de les aider à surmonter leur malaise grâce à la luminothérapie.
Le film s’inspire librement de Théorème (1968) de Pier Paolo Pasolini, mais en inversant la dynamique : au lieu d’un visiteur mystérieux qui précipite la famille dans le chaos, c’est une immigrée bien intentionnée qui tente de la ramener à la raison. Cependant, cette tentative se révèle complexe, car Farrah porte elle-même un lourd fardeau, révélé seulement à la fin du film, tel un retournement de situation artificiel.
Tykwer multiplie les audaces formelles, notamment à travers des séquences musicales surprenantes et des incursions dans l’animation. Ces moments, bien que parfois déconcertants, témoignent d’une ambition démesurée et d’un refus du bon goût. Le réalisateur semble vouloir provoquer, choquer, et interroger les conventions narratives. On assiste ainsi à des personnages qui se mettent à chanter des extraits de Bohemian Rhapsody entourés de danseurs, ou à des transformations visuelles abruptes qui plongent le spectateur dans un univers psychédélique.
Le personnage de Tim, interprété par Lars Eidinger, est particulièrement frappant. Il incarne à lui seul les contradictions du film : un intellectuel progressiste qui se déshabille à chaque retour à la maison, un homme en perpétuel mouvement qui semble incapable de trouver sa place. Eidinger, l’un des meilleurs acteurs allemands de sa génération, se livre avec une aisance ludique, comme s’il s’était préparé à ce rôle pendant des mois.
Lumière est un film qui ne laisse pas indifférent. Il dérange, il agace, il fascine. Il est difficile de dire si Tykwer cherche réellement à dénoncer les travers de la société allemande contemporaine, ou s’il se contente de les parodier. Quoi qu’il en soit, il a réussi à créer une œuvre singulière, qui témoigne de sa liberté de ton et de son refus des compromis. Le film est à l’affiche dans les cinémas hongrois à partir du 23 octobre.
Vous aimez le cinéma ? Vous souhaitez être informé des sorties et des événements à ne pas manquer ? Abonnez-vous à la newsletter cinéma de Telex ici.
Sur le même sujet
