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L’évasion des prisons du Guatemala et les risques sécuritaires en Amérique centrale

by Clara Dubois

Publié le 26 octobre 2025 à 20h07. L’évasion spectaculaire de vingt chefs du gang Barrio 18 d’une prison guatémaltèque a déclenché une crise sécuritaire et une purge au sein des forces de l’ordre, tandis que les pays voisins, dont le Costa Rica, s’inquiètent d’une possible extension de l’influence criminelle.

  • Vingt chefs du gang Barrio 18 se sont évadés de la prison Fraijanes II, près de la capitale guatémaltèque.
  • Vingt-trois gardiens de prison ont été arrêtés, soupçonnés d’avoir facilité l’évasion.
  • Le Guatemala a sollicité l’aide du FBI et envisage la construction d’une nouvelle prison à sécurité maximale.

Le Guatemala est confronté à une crise sécuritaire majeure suite à l’évasion de vingt membres influents du gang Barrio 18, survenue le 12 octobre. L’opération, qui s’est déroulée sur plusieurs jours, a vu les détenus s’échapper progressivement, souvent lors des visites familiales, sans que le personnel pénitentiaire ne s’en aperçoive immédiatement. Un décompte complet des prisonniers a finalement révélé l’ampleur de la fuite.

La réaction du gouvernement a été rapide et énergique. Le président Bernardo Arévalo a limogé les hauts responsables de la sécurité, dont le ministre de l’Intérieur et le directeur de la prison. Marco Antonio Villeda, le nouveau ministre de l’Intérieur, a pris ses fonctions le 24 octobre et a immédiatement demandé le soutien du FBI pour retrouver les fugitifs. À ce jour, quatre des vingt évadés ont été capturés, mais seize restent en fuite. Des patrouilles renforcées ont été déployées aux frontières avec le Honduras et le Mexique pour empêcher toute tentative de passage.

L’enquête a rapidement mis en lumière des complicités au sein du système pénitentiaire. Vingt-trois gardiens de l’escouade « A », responsables de la surveillance de 256 détenus du Barrio 18, ont été arrêtés et accusés d’avoir aidé à l’évasion et de négligence dans l’exercice de leurs fonctions. L’ancien sous-directeur Víctor Arnoldo Alveño Barco, appartenant au groupe « B », a également été arrêté. Un mandat d’arrêt a été émis contre Claudia del Rosario Palencia Morales, l’ancienne vice-ministre, pour des accusations similaires. Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une vaste enquête sur la corruption au sein du système pénitentiaire, baptisée « Corrupción en el Sistema Penitenciario » par les enquêteurs.

Le gang Barrio 18, connu pour ses activités d’extorsion et sa violence, exerce une influence prépondérante au Guatemala, au Salvador et au Honduras. Les États-Unis et le Guatemala le considèrent désormais comme un groupe terroriste, une désignation officialisée le mois dernier dans le but de freiner ses opérations. Les autorités guatémaltèques estiment que le gang est responsable de près de la moitié des actes de violence dans le pays, ciblant notamment les commerçants et les opérateurs de bus pour leur extorquer de l’argent. Récemment, huit corps ont été découverts enveloppés dans des sacs sous un pont près de la capitale, bien qu’aucun lien direct avec les gangs n’ait encore été établi.

La situation au Guatemala suscite des inquiétudes dans les pays voisins, notamment au Costa Rica. L’Amérique centrale partage des frontières et des problèmes similaires liés au crime organisé, qui peuvent avoir des répercussions sur les itinéraires de voyage et la vie quotidienne. Le Costa Rica, bien que maintenant des contrôles plus stricts, se concentre sur la prévention, notamment par le biais de programmes communautaires visant à réduire le recrutement de jeunes dans des groupes criminels.

Le Guatemala compte actuellement environ 3 000 membres de gangs incarcérés, sur un total estimé à 12 000 membres actifs et collaborateurs. Le taux d’homicides au Guatemala s’élève à 16,1 pour 100 000 habitants en 2024, un chiffre plus du double de la moyenne mondiale, et est passé à 17,65 cette année. En comparaison, le Salvador affiche un taux de 2,4 après une répression sévère, tandis que le Honduras enregistre 35,1 et le Nicaragua 7,2 (légère hausse). Le Costa Rica se situe à 11,5.

Le gouvernement guatémaltèque envisage désormais de suivre l’exemple du Salvador, en construisant une nouvelle prison à sécurité maximale dotée de mesures de contrôle strictes, telles que des visites limitées, des enregistrements vocaux et des cellules d’isolement. Le Congrès a adopté une loi qualifiant les gangs de terroristes, permettant ainsi aux tribunaux de les sanctionner plus sévèrement, en gelant leurs avoirs et en bloquant leurs activités.

Selon le président Arévalo, cette évasion est le résultat d’un complot orchestré par des initiés du Barrio 18. Des incidents similaires se sont déjà produits par le passé, notamment en 2018, où 14 membres de gangs se sont enfuis avec l’aide d’un gardien corrompu. Plus tôt cette année, des émeutes dans les prisons guatémaltèques ont conduit à la prise d’otages de gardiens, qui exigeaient le transfert de leurs dirigeants.

À mesure que les recherches se poursuivent, d’autres arrestations sont à prévoir. L’analyse des dossiers des 23 gardiens permettra de déterminer l’étendue de la corruption au sein du système pénitentiaire. Les procureurs espèrent rassembler des preuves solides à partir des perquisitions, notamment des téléphones et des documents saisis, afin de lancer des réformes plus larges, telles que l’amélioration des salaires et de la formation du personnel pénitentiaire pour résister à l’influence des gangs.

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