Les récentes hausses de droits de douane imposées par les États-Unis sur les exportations indiennes, atteignant jusqu’à 50 %, mettent en lumière la pertinence de l’initiative « Aatmanirbhar Bharat » (Inde autonome) lancée par le Premier ministre Narendra Modi en 2020. Initialement perçue comme une réponse à la pandémie de COVID-19, cette politique apparaît désormais comme une stratégie proactive pour renforcer la résilience économique de l’Inde face aux tensions géopolitiques.
En août 2025, l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a considérablement augmenté les tarifs douaniers sur les produits indiens, ciblant notamment les textiles, les pierres précieuses et bijoux, le cuir, les produits de la mer et les produits chimiques. Ces secteurs représentent plus de 55 % des 87 milliards de dollars d’exportations indiennes vers les États-Unis. Si les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs, l’énergie et les minéraux critiques ont été épargnés afin de préserver la stabilité des chaînes d’approvisionnement, l’impact sur le commerce indien est significatif.
L’initiative Aatmanirbhar Bharat, articulée autour de cinq piliers – économie, infrastructure, système (technologie et gouvernance), démographie et demande – visait à réduire la dépendance aux importations, à stimuler la production nationale et à créer des secteurs exportateurs moins vulnérables aux aléas géopolitiques. Elle s’est traduite par une diversification de la demande intérieure, le développement de plateformes logistiques locales et la promotion des petites et moyennes entreprises (PME) et des startups.
À ce stade, un accord commercial majeur entre les États-Unis et l’Inde est en cours de finalisation. Il pourrait réduire les droits de douane américains sur les exportations indiennes, les ramenant d’un niveau actuel de 50 % à environ 15 ou 16 %. Cet accord est en partie rendu possible par les progrès réalisés par l’Inde dans des domaines stratégiques clés.
Les exportations de matériel de défense indien, notamment les systèmes de missiles BrahMos et Akash, gagnent en popularité sur le marché mondial, réduisant ainsi la dépendance de l’Inde vis-à-vis des importations américaines. Par ailleurs, l’Inde s’éloigne progressivement du pétrole russe, en investissant massivement dans les énergies renouvelables, un facteur qui facilite les négociations commerciales avec les États-Unis. Enfin, l’écosystème indien des startups, soutenu par Aatmanirbhar Bharat, est devenu un moteur d’exportation dans les secteurs du logiciel en tant que service (SaaS) et de la fintech.
Lors du prochain sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), l’Inde et les États-Unis devraient officialiser cet accord. La contrepartie indienne ? Son réalignement énergétique et son autonomie stratégique, deux objectifs initiés par Aatmanirbhar Bharat. L’initiative de 2020 ne se limite donc pas à une réaction à la crise sanitaire, mais constitue une véritable stratégie de protection contre les chocs géopolitiques futurs. Aatmanirbhar Bharat se justifie ainsi non pas comme un repli sur soi, mais comme une quête d’autonomie stratégique.