Publié le 27 octobre 2025 21:25:00. Des poissons-perroquets, habituellement cantonnés aux eaux tropicales, ont été observés en nombre croissant le long des côtes méditerranéennes françaises, une présence qui pourrait être liée au réchauffement climatique et aux vagues de chaleur marines.
- Des plongeurs ont signalé des observations répétées de poissons-perroquets au large de Monaco et dans le Var.
- L’eau de la Méditerranée atteint des températures record, favorisant l’arrivée d’espèces habituellement absentes de nos côtes.
- Si cette présence n’est pas alarmante pour l’écosystème marin, elle témoigne des changements profonds que subit la mer Méditerranée.
La découverte de poissons-perroquets dans les eaux méditerranéennes françaises ne manque pas de surprendre les plongeurs. Cyril Billot, passionné par les fonds marins et plongeur depuis 2009, a partagé son expérience avec Yvan Giacoletto, un plongeur expérimenté ayant passé trente ans aux côtés du commandant Cousteau dans l’équipe de la Calypso. Au début du mois de septembre, les deux hommes ont repéré un premier spécimen sur leur site de plongée habituel, le Cap Estel. « C’est fabuleux ! On a vu un poisson-perroquet, à chaque fois sur le même spot : Cap Estel. La semaine d’après, on ne l’a pas retrouvé. Puis, trois semaines plus tard, le 23 septembre, on en a vu cinq et depuis, plus rien ! », raconte Cyril Billot.
Ces observations ne sont pas isolées. Le club de plongée d’Agay a également fait état de la présence de ces poissons colorés parmi les murènes et les girelles, dans une eau à 21 degrés Celsius. De même, au large de la presqu’île de Giens, Willy Pëpites, du club Ulysse Plongée à Escampo Bario, a partagé son étonnement :
« Nous avons eu la surprise d’une rencontre insolite : des poissons-perroquets de Méditerranée. Ce représentant rare de la famille des Scaridés est encore peu fréquent sur nos côtes, surtout dans cette zone tempérée. »
Willy Pëpites, club Ulysse Plongée
Le Centre d’exploration sous-marine de Monaco a également été alerté. Pierre Gilles, chef de projet du musée Océanographique, a identifié les spécimens observés comme étant cinq femelles, reconnaissables à leurs couleurs vives, bien que moins éclatantes que celles de leurs congénères tropicaux. Cyril Billot explique que ces poissons-perroquets, habitués aux eaux chaudes, semblent s’adapter à la région entre Eze et Monaco. Lors de leurs plongées, « l’eau devait être à 24 degrés Celsius à 30 mètres du large, à 3 mètres de profondeur ».
Cette prolifération d’espèces tropicales est-elle un signe du réchauffement de la Méditerranée ? L’été 2025 a été marqué par des canicules marines, avec une eau dépassant les 25 degrés Celsius, attirant de nouvelles espèces. Les poissons tropicaux empruntent désormais des chemins de migration connus, remontant du canal de Suez ou du détroit de Gibraltar. Cyril Billot s’inquiète également de l’arrivée d’autres espèces, comme les poissons-lions, déjà présents en Grèce et en Italie, et qui représentent une menace plus importante en raison de leur régime carnivore.
Parallèlement à l’arrivée des poissons-perroquets, des plongeurs et des plaisanciers ont également observé des poissons-lapins, une espèce invasive venue de la mer Rouge, considérée comme un fléau pour les herbiers et les algues méditerranéennes. Benoît Dérijard, du laboratoire Ecoseas, expliquait à nos confrères d’Ici Azur : « Le poisson-lion est un très gros carnivore qui se nourrit des larves des autres poissons et a tendance à prendre la place des espèces. Et les poissons lapins sont des espèces herbivores qui arrivent en masse et qui peuvent entièrement détruire des prairies de plantes marines ou d’algues ».
Les poissons-perroquets, en revanche, ne présentent pas de danger immédiat pour l’écosystème. Ils passent la majeure partie de leur temps à brouter les récifs et les algues, comme le montre cette vidéo de National Geographic tournée aux Maldives. Leurs excréments de poussière de corail produisent même 1 à 3 tonnes de sable par an. Si ces poissons s’installent durablement et en nombre sur nos côtes méditerranéennes, ils pourraient même transformer nos plages.