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La reconstruction de la Juventus pourrait empirer avant de s’améliorer

by Camille Renault

Publié le 28 octobre 2025 à 19h31. La Juventus Turin a mis fin aux fonctions de son entraîneur, Igor Tudor, après une série de résultats décevants et une accumulation de problèmes structurels qui minent le club depuis plusieurs années.

  • Igor Tudor a été limogé suite à une défaite 1-0 contre la Lazio ce week-end.
  • Aucun remplaçant n’est désigné pour l’instant, Luciano Spalletti et Raffaele Palladino étant considérés comme des options.
  • La Juventus est confrontée à des difficultés profondes liées à des erreurs de gestion passées, affectant ses performances actuelles et futures.

La décision de se séparer d’Igor Tudor, prise lundi, illustre les difficultés persistantes de la Juventus. L’entraîneur croate paie le prix d’une situation complexe, héritée de choix stratégiques contestables et d’une gestion sportive déficiente. Il devient le sixième entraîneur permanent à prendre le poste en six ans, témoignant d’une instabilité chronique au sommet du club.

La Juventus est devenue une étude de cas sur ce qu’il ne faut pas faire en matière de gestion sportive. Les mauvaises décisions prises ces dernières années continuent de peser sur les performances de l’équipe et limitent la marge de manœuvre des nouveaux responsables. La prochaine nomination d’un entraîneur sera déterminante : soit le club entame un processus de redressement, soit il s’enfonce davantage dans une spirale négative.

Tudor n’a pas seulement été sanctionné pour ses propres erreurs, mais aussi pour celles de ses prédécesseurs, des dirigeants aux joueurs. L’ensemble du système est remis en question. L’arrivée de Tudor en mars dernier, en remplacement de Thiago Motta (un choix jugé par la suite inapproprié), n’avait pas permis d’inverser la tendance. L’objectif de se qualifier pour la Ligue des champions, à un point du top 4 au moment de sa prise de fonction, n’a été atteint que de justesse.

Entre-temps, le club devait préparer la saison 2025-2026, mais s’est retrouvé sans direction claire après le départ imminent de Cristiano Giuntoli, le directeur sportif, moins de deux ans après son arrivée. Son successeur, Damien Comolli, a pris ses fonctions le 1er juin et a initialement décidé de conserver Tudor pour une saison supplémentaire, faute de temps pour identifier un remplaçant à long terme avant la Coupe du Monde des Clubs.

Le recul est maintenant évident : maintenir Tudor était une erreur. Le club se retrouve à quelques jours d’une décision cruciale, avec un temps limité pour trouver un entraîneur capable de redresser la situation. L’équipe de recrutement, dirigée par Comolli, a été active pendant l’été, mais s’est heurtée à des contraintes financières importantes.

La Juventus a dépensé 137 millions d’euros (160 millions de dollars) lors du mercato estival, mais 105,8 millions d’euros (123 millions de dollars) ont été consacrés à la levée d’options d’achat pour des joueurs déjà présents sous forme de prêt : Chico Conceicao, Pierre Kalulu, Lloyd Kelly, Nico González (prêté immédiatement à l’Atlético Madrid) et Michele Di Gregorio. La marge de manœuvre était donc limitée, conséquence directe des erreurs du passé.

Quatre nouvelles recrues ont tout de même rejoint l’équipe, mais leur adéquation avec la philosophie de jeu de Tudor est remise en question. Les ailiers Eden Zhegrova et João Mario n’ont été titularisés qu’à deux reprises en championnat. Les deux autres arrivées, les attaquants Jonathan David (qui a signé un contrat lucratif le plaçant parmi les joueurs les mieux payés du club) et Loïs Openda, ont cumulé six titularisations et marqué un seul but. Tudor, fidèle à son système 3-4-2-1, ne semblait compter que sur un seul attaquant à la fois, limitant le temps de jeu de Dusan Vlahovic.

Ce système nécessite également trois défenseurs centraux, et l’effectif n’en compte que cinq, le minimum pour une équipe participant à la Ligue des champions. Les défenseurs centraux représentent moins de 12 % de la masse salariale, alors qu’ils sont trois fois plus nombreux sur le terrain que les attaquants. Une allocation des ressources critiquable.

Comolli pourrait arguer que le club a subi des pertes de plus d’un demi-milliard d’euros au cours des cinq dernières saisons et qu’il doit assumer les conséquences des décisions prises par ses prédécesseurs. Il aurait raison. La combinaison du COVID-19 et d’une gestion à court terme a conduit à des pratiques comptables douteuses et à des accords de prêt avec option d’achat qui limitent considérablement les possibilités du club.

Des joueurs comme Filip Kostic, Daniele Rugani et Arek Milik (qui n’a plus joué depuis juin 2024) sont toujours présents dans l’effectif, témoignant d’une gestion incohérente. (Arthur est également toujours un joueur de la Juventus, bien qu’il soit prêté ailleurs, rappelant les erreurs du passé.)

La Juventus a également laissé partir Matías Soulé, Dean Huijsen, Koni De Winter, Moïse Kean et Nicolo’ Fagioli pour un montant total inférieur à 85 millions d’euros, alors que leur valeur actuelle est estimée à plus du double. (Seul Kean a eu une chance de s’imposer dans l’équipe première.) Le club semble dépenser une fortune dans son équipe B – la Juve Next Gen, qui évolue en troisième division – non pas pour développer des joueurs, mais pour combler des trous comptables.

La Juventus dispose d’un noyau de jeunes talents prometteurs : Kenan Yildiz (20 ans), David (25 ans), Khéphren Thuram (24 ans), Conceicao (22 ans), Andrea Cambiaso (25 ans), Kalulu (25 ans) – et potentiellement Vlahovic si son contrat est renouvelé à un prix raisonnable. Mais il faudra du temps pour éliminer les toxines des erreurs passées. L’idée de considérer un entraîneur de 66 ans comme Spalletti serait donc inappropriée.

Il est temps d’accepter la situation, d’apprendre du passé et de construire un avenir meilleur.

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