Publié le 28 octobre 2025 22:18:00. Un projet de loi audacieux porté par le parti UDR propose de constituer une réserve nationale de 420 000 bitcoins, une initiative sans précédent qui relance le débat sur la souveraineté monétaire à l’ère du numérique.
- Une proposition de loi de l’UDR vise à créer une réserve nationale de 420 000 bitcoins en France.
- Ce projet prévoit un investissement quotidien de 15 millions d’euros sur une période de 7 à 8 ans, financé par l’épargne publique.
- L’initiative inclut également des mesures pour encourager l’utilisation des stablecoins euro et rejette les monnaies numériques de banque centrale (MNBC).
Dans une démarche visant à positionner la France comme un acteur majeur de la souveraineté monétaire numérique, le parti UDR, dirigé par Éric Ciotti, a déposé une proposition de loi visant à créer une réserve stratégique de 420 000 bitcoins, soit environ 2 % de l’offre totale de BTC en circulation. L’objectif affiché est de faire de la France un pôle institutionnel européen favorable au bitcoin, alors que l’intérêt des investisseurs institutionnels pour cette cryptomonnaie ne cesse de croître.
Pour mettre en œuvre ce projet ambitieux, l’UDR propose la création d’un établissement public administratif (EPA) chargé de piloter les opérations d’acquisition sur une période de sept à huit ans. Le texte législatif détaille les modalités opérationnelles de cette accumulation : un investissement quotidien de 15 millions d’euros exclusivement dédié à l’achat de bitcoins, un objectif annuel d’acquisition d’environ 55 000 BTC, un financement assuré par l’épargne publique sans recours à la dette, et un encadrement institutionnel par un organisme public indépendant garantissant la transparence des opérations.
Cette initiative s’inscrit dans une volonté de diversification des réserves nationales, traditionnellement concentrées sur des devises fiduciaires telles que l’euro ou le dollar. En intégrant le bitcoin dans sa stratégie de réserve, l’UDR défend une conception globale de la souveraineté, fondée sur des actifs non émis par les États et résistants aux pressions géopolitiques et monétaires.
Le projet ne se limite pas à l’achat de bitcoins sur les marchés. Il envisage également une stratégie d’accumulation organique par le biais du minage public de bitcoins, en exploitant les excédents de production d’énergie nucléaire et hydraulique disponibles sur le territoire français. L’ambition est de rendre cette opération économiquement viable, voire vertueuse, en mobilisant une énergie à faible empreinte carbone. De plus, le projet prévoit l’intégration des bitcoins saisis lors de procédures judiciaires dans la réserve nationale, une pratique déjà partiellement mise en œuvre dans certains pays, dont la France, notamment dans les affaires liées au dark web.
Au-delà du bitcoin, le texte législatif propose des mesures pour favoriser l’utilisation des stablecoins euro, notamment en accordant une franchise fiscale de 200 € sur les paiements et en autorisant le règlement de certains impôts en cryptomonnaies. Il rejette explicitement les monnaies numériques de banque centrale (MNBC), les qualifiant de « menace pour les libertés financières individuelles » et propose en contrepartie un allègement fiscal et réglementaire pour les émetteurs de stablecoins en Europe. Il envisage également la possibilité d’utiliser le bitcoin comme garantie dans des prêts bancaires spécifiques.
Cette orientation témoigne d’une tentative de repositionnement stratégique de la France dans le paysage monétaire numérique européen. En s’opposant frontalement aux MNBC, promues par la Banque centrale européenne (BCE), tout en défendant un modèle alternatif fondé sur des cryptomonnaies décentralisées, le texte reflète un clivage croissant entre les partisans d’un contrôle étatique renforcé et les défenseurs d’une souveraineté numérique décentralisée. Bien que les chances d’adoption à court terme soient limitées, l’UDR ne comptant que 16 députés sur 577, cette initiative pourrait ouvrir la voie à des débats parlementaires et contraindre les principaux partis politiques à se positionner sur cette question de plus en plus stratégique.