Publié le 30 octobre 2025 17h00. Malgré des records historiques pour les principaux indices boursiers américains, une fracture inquiétante se creuse : la majorité des actions peinent à suivre la hausse, concentrant les gains entre les mains d’une poignée de géants technologiques.
- Le S&P 500 a atteint un nouveau sommet cette semaine, autour de 6 900 points, mais 80 % de ses composantes ont chuté mardi.
- Le poids des dix plus grandes entreprises représente désormais près de 40 % de la valeur totale de l’indice, exacerbant cette disparité.
- Les investisseurs vendant à découvert (les « shorts ») subissent des pertes considérables, confrontés à leur année la plus difficile depuis 2020.
Wall Street affiche une santé trompeuse. Si le S&P 500 continue de battre des records, une analyse plus approfondie révèle un marché de plus en plus polarisé, où la croissance est tirée par un nombre limité de valeurs, principalement dans le secteur technologique. Mardi dernier, cette tendance a atteint un point culminant : 80 % des actions composant l’indice ont enregistré des pertes, tandis que l’indice lui-même a clôturé en légère hausse. Seules 104 des 500 plus grandes entreprises américaines ont vu leur valeur augmenter, selon les données de Bespoke Investment. Un écart sans précédent depuis au moins 1990.
Cette concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques acteurs majeurs est particulièrement visible avec le poids croissant des dix plus grandes entreprises, surnommées les « Big Seven » (Nvidia, Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet, Meta et Tesla). Elles représentent désormais près de 40 % de la capitalisation totale de l’indice S&P 500. Leur performance, dopée par les investissements massifs dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les services cloud, masque les difficultés rencontrées par le reste du marché.
Les analystes parlent de « marché étroit » (narrow market), une situation où la croissance est concentrée sur un petit nombre de valeurs. Ce phénomène est considéré comme un signal d’alarme, car il rend le marché plus vulnérable aux chocs externes. Une déception concernant les résultats d’une de ces entreprises phares, un ralentissement économique ou une nouvelle négative pourrait rapidement faire s’effondrer l’ensemble de l’édifice.
Parallèlement à cette euphorie, les investisseurs pariant sur la baisse des actions, les « shorts », connaissent des difficultés majeures. La valeur d’un panier des 250 actions américaines les plus vendues à découvert a augmenté de 57 % depuis le début de l’année, selon S3 Partners, cité par le Financial Times. Cette situation rappelle l’engouement autour des « meme stocks » en 2020, lorsque des titres populaires sur les réseaux sociaux avaient connu une flambée spéculative.
« Les cycles sont devenus si longs et les corrections si courtes qu’il n’y a tout simplement plus de demande pour les ventes à découvert traditionnelles. De nos jours, chaque risque sur le marché est finalement considéré comme une opportunité d’acheter à la baisse. »
Carson Block, fondateur du fonds Muddy Waters
« Cette année, ce sont les actions les plus risquées et de moindre qualité qui s’en sortent le mieux. Quiconque se concentrait sur cette partie du marché n’avait aucune chance de réussir. »
Un investisseur baissier américain, cité par le Financial Times
Cette année, des entreprises qui, selon les critères traditionnels, auraient dû subir des difficultés, ont au contraire vu leur valeur augmenter. C’est le cas du mineur de bitcoins TeraWulf, dont les actions ont presque triplé, ou de la société de location de voitures Hertz, en hausse d’environ 45 %. Ces entreprises sont souvent ciblées par les investisseurs vendant à découvert, mais la dynamique actuelle du marché a retourné la situation à leur avantage.
L’engouement autour de l’intelligence artificielle, la perspective d’une baisse des taux d’intérêt et l’afflux de capitaux provenant des investisseurs particuliers, souvent guidés par le sentiment du marché plutôt que par une analyse fondamentale, contribuent à alimenter cette tendance. Les analystes mettent en garde contre un optimisme excessif, soulignant que la moindre déception pourrait rapidement faire s’évaporer l’euphorie actuelle.
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