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La Belgique est en train de devenir un narco-état. « Un sac de sport contenant des médicaments coûte 50 000 euros »

Publié le 3 novembre 2023. Un juge belge, sous protection policière, alerte sur la montée en puissance des réseaux mafieux et la dégradation de l’état de droit, comparant la situation à celle des narcostats d’Amérique latine. Des organisations…

La Belgique est en train de devenir un narco-état. « Un sac de sport contenant des médicaments coûte 50 000 euros »

Publié le 3 novembre 2023. Un juge belge, sous protection policière, alerte sur la montée en puissance des réseaux mafieux et la dégradation de l’état de droit, comparant la situation à celle des narcostats d’Amérique latine.

  • Des organisations criminelles opèrent en Belgique avec une impunité croissante, corrompant fonctionnaires et menaçant le système judiciaire.
  • Le trafic de drogue génère des milliards d’euros blanchis dans l’immobilier, faisant grimper les prix et rendant difficile l’action des enquêteurs.
  • Un juge anonyme révèle que des magistrats sont la cible de menaces et ont dû être placés sous protection, certains vivant cachés avec leurs familles.

La Belgique est confrontée à une crise sécuritaire sans précédent, marquée par l’infiltration croissante de la mafia dans les institutions et une violence grandissante. Un juge d’instruction anversois, dont l’identité est gardée secrète pour sa sécurité, a tiré la sonnette d’alarme dans une lettre révélée par la presse, dénonçant une situation qui s’apparente à celle des « narcostats » d’Amérique latine.

Selon le magistrat, l’État belge est en train de céder du terrain face à une économie illicite florissante, alimentée par le trafic de drogue et caractérisée par la corruption et la violence. Il souligne que des sommes colossales provenant des profits du trafic sont blanchies en Belgique, notamment par le biais d’investissements immobiliers, ce qui contribue à l’augmentation des prix et rend l’accès au logement plus difficile pour les citoyens.

La corruption, selon le juge, est désormais endémique, en particulier au port d’Anvers, plaque tournante du trafic de cocaïne en Europe. Il décrit un système où des employés sont soudoyés ou menacés pour faciliter le passage de la drogue.

« Passer un conteneur [de drogues] représente dix minutes de travail, mais peut rapporter 100 000 euros et un sac de sport contenant 50 000 euros. »

Juge anonyme

Cette corruption, ajoute-t-il, s’étend désormais aux services des douanes, à la police et à la justice.

La Belgique est devenue ces dernières années le principal point de transbordement de cocaïne en Europe. Parallèlement, elle est, avec les Pays-Bas, l’un des principaux centres de production de drogues de synthèse, selon le rapport annuel de l’Agence européenne des médicaments (EUDA). Cette criminalité liée à la drogue s’accompagne d’une augmentation de la violence. Le taux de meurtres en Belgique est actuellement le deuxième plus élevé de l’Union européenne. À Bruxelles, 57 affrontements impliquant des armes à feu ont été recensés jusqu’en août dernier, faisant des victimes parmi les trafiquants, mais aussi des passants innocents.

Le juge met en évidence la brutalité des organisations criminelles, qui recourent à la violence – meurtres, tortures, enlèvements, menaces – pour maintenir leur pouvoir et éliminer leurs rivaux. Il rappelle notamment le meurtre d’une fillette de 11 ans à Anvers il y a deux ans. Il souligne également la facilité avec laquelle les gangs peuvent se procurer des armes, y compris des bombes et des armes de guerre, via des applications comme Snapchat.

L’activité criminelle ne s’arrête pas aux murs des prisons. Les barons de la drogue condamnés continuent d’opérer depuis leur cellule, grâce à l’utilisation de téléphones portables.

« Les conséquences de l’utilisation du téléphone portable en prison sont apparemment largement sous-estimées. Presque tous les prisonniers semblent avoir accès à des téléphones portables, et nous trouvons des preuves de crimes nouveaux ou persistants sur presque tous les appareils confisqués et analysés. »

Juge anonyme

Les dossiers d’enquête sont même envoyés à Dubaï et en Turquie.

Le juge exprime sa crainte d’un effondrement de l’état de droit.

« Si le système judiciaire commence à échouer, ce sera une attaque dangereuse contre notre démocratie. »

Juge anonyme

Il déplore la difficulté croissante de trouver des juges disposés à enquêter sur des affaires de drogue, en raison des risques personnels encourus. Certains de ses collègues sont même prêts à commettre des erreurs de procédure pour éviter d’être tenus responsables de leurs décisions.

Pour remédier à cette situation, le juge appelle la Commission judiciaire belge à modifier la loi afin de permettre aux magistrats de mener des enquêtes et de travailler de manière anonyme. Il plaide également pour une meilleure protection des juges et de leurs familles, ainsi qu’une prise en charge des dommages en cas d’attaques. Il recommande enfin l’installation d’un système de blocage des signaux pour empêcher l’utilisation des téléphones portables dans les prisons. Le gouvernement belge envisage déjà de transférer des prisonniers au Kosovo en raison de la surpopulation carcérale.

Le juge conclut sur une note alarmante :

« Malgré tous les efforts de la police et de la justice, nous ne sommes plus en mesure de protéger nos concitoyens et nous-mêmes. »

Juge anonyme

Il appelle les parlementaires à faire de la lutte contre la mafia de la drogue une priorité structurelle, affirmant que l’état de droit est déjà en danger.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.