Home MondeLe Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se défend farouchement au Sénat, ce qu’il qualifie de cirque

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se défend farouchement au Sénat, ce qu’il qualifie de cirque

by Clara Dubois

Madrid, le 30 octobre 2025 – Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a été confronté aujourd’hui à une audition houleuse devant une commission d’enquête du Sénat, dans le cadre d’une affaire de corruption liée à des contrats d’achat de masques pendant la pandémie de Covid-19. L’événement a exacerbé les tensions politiques et laissé des questions sans réponse quant à l’implication potentielle du gouvernement.

  • Pedro Sánchez a nié toute implication personnelle dans des irrégularités liées à l’attribution de contrats pour l’achat de masques pendant la pandémie.
  • L’audition s’est déroulée dans un climat tendu, Sánchez qualifiant la commission d’enquête de « cirque ».
  • L’affaire, centrée sur Koldo García, ancien conseiller d’un ex-ministre, soulève des questions sur d’éventuelles fraudes et des pots-de-vin.

L’audition devant la commission d’enquête du Sénat, une première pour un Premier ministre en exercice depuis 2004, a été dominée par les accusations portées dans le cadre du « Caso Koldo ». Cette affaire concerne des allégations de fraude et de corruption dans l’attribution de contrats publics pour l’acquisition de matériel de protection individuelle, notamment des masques, au plus fort de la crise sanitaire. Au cœur des soupçons se trouve Koldo García, ancien conseiller de José Luis Ábalos, ex-ministre des Transports.

Visiblement agacé par les questions de l’opposition, Pedro Sánchez a ouvert son intervention en déclarant :

« Je viens ici par respect pour les institutions, mais pas pour jouer dans ce théâtre. »

Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol

Il a réitéré cette critique en qualifiant la commission d’enquête d’« instrument de calomnie » et d’un « cirque », insistant sur le fait qu’il s’agissait d’une « tentative d’infliger des dégâts politiques ».

Le Premier ministre a fermement nié toute implication personnelle dans des irrégularités, affirmant qu’aucune preuve ne démontrait un quelconque acte illégal de sa part ou de celle de son entourage. Il a également répondu aux allégations concernant son épouse, Begoña Gómez, accusée par l’opposition d’avoir bénéficié d’avantages indus de la part de la compagnie aérienne Air Europa.

« Ma femme n’a rien à voir avec ça. Les enquêtes de la Garde civile le démontrer clairement. »

Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), au pouvoir, a apporté son soutien indéfectible à Pedro Sánchez, dénonçant une commission d’enquête transformée en « instrument politique ». Le parti a également critiqué le calendrier de l’audition, qui coïncidait avec la commémoration des victimes des inondations causées par la tempête DANA, jugeant cela irrespectueux.

Les membres du PSOE ont salué le « calme et la dignité » dont a fait preuve Pedro Sánchez lors de son audition, soulignant la cohérence de ses déclarations avec les informations internes du parti. Ils ont affirmé que tous les paiements et compensations avaient été correctement comptabilisés et qu’« aucun centime n’a disparu ».

Pour le Parti populaire (PP), principal parti d’opposition, la comparution de Pedro Sánchez devant la commission constitue une victoire. Les sénateurs du PP ont estimé que le Premier ministre ne pouvait plus se cacher derrière le silence et qu’il tentait de minimiser les questions soulevées concernant les circuits financiers au sein du PSOE.

« Si Sánchez n’a rien à cacher, pourquoi a-t-il qualifié la commission de cirque ? »

Porte-parole du PP

Ils ont insisté sur le fait que l’enquête parlementaire est un instrument légitime de contrôle démocratique et que le Premier ministre ne doit pas se placer « au-dessus des lois ».

Cette audition est un événement rare dans l’histoire de l’Espagne démocratique, n’étant que la deuxième fois qu’un Premier ministre en exercice est convoqué devant une commission sénatoriale. La première fois remonte à 2004, lorsque José Luis Rodríguez Zapatero avait été interrogé sur les attentats du 11 mars à Madrid.

L’affaire divise profondément l’opinion publique espagnole. Les partisans du PSOE dénoncent une « chasse aux sorcières », tandis que les électeurs du PP y voient la preuve que le Premier ministre n’est plus à l’abri de toute critique.

À l’issue de l’audition, Pedro Sánchez s’est déclaré « satisfait et soulagé », affirmant avoir expliqué tout ce qui était nécessaire et qu’il continuerait à gouverner « la tête haute ». Cependant, le PP a annoncé qu’il poursuivrait son enquête et pourrait citer de nouveaux témoins, notamment d’anciens responsables du parti et des conseillers du Premier ministre.

Il reste incertain si la commission parviendra à des conclusions définitives. Pour l’heure, les dégâts politiques semblent limités, mais l’affaire contribue à renforcer l’image d’un gouvernement constamment sur la défensive. Comme le résumait un commentateur du journal El País : « Sánchez a survécu à cette journée, mais regagner la confiance de l’opposition sera beaucoup plus difficile. »

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