Home SantéUn nouveau rapport du CBO confirme l’explosion des coûts de 340B. Le Congrès doit agir.

Un nouveau rapport du CBO confirme l’explosion des coûts de 340B. Le Congrès doit agir.

by Sophie Martin

Un programme fédéral initialement conçu pour aider les hôpitaux les plus démunis est devenu une source de dépenses croissantes et de profits inattendus, sans pour autant améliorer l’accès aux soins pour les patients qui en ont le plus besoin. Une analyse récente du Congressional Budget Office (CBO) révèle des dérives importantes dans le programme 340B, qui permet aux hôpitaux d’acquérir des médicaments à prix réduit.

Créé en 1992, le programme 340B visait à permettre aux hôpitaux et cliniques desservant des populations à faible revenu et non assurées d’offrir des soins plus abordables. L’idée était simple : les économies réalisées sur l’achat de médicaments seraient réinvesties dans l’amélioration de l’accès aux soins. Cependant, selon le CBO, la réalité est bien différente.

L’analyse du CBO met en évidence une explosion des dépenses liées au programme. Elles sont passées de 6,6 milliards de dollars en 2010 à près de 70 milliards de dollars en 2023. Sur la même période, les dépenses en médicaments de marque sur le reste du marché n’ont augmenté que de 4 % par an. Cette croissance fulgurante est due, en partie, à la consolidation des hôpitaux et à la prolifération de cliniques externes, qui ont vu leur nombre passer d’environ 6 100 en 2013 à près de 28 000 en 2021.

Le CBO pointe également du doigt le rôle des pharmacies sous contrat, qui distribuent les médicaments acquis grâce au programme 340B. Les achats effectués par ces pharmacies ont augmenté en moyenne de 34 % par an entre 2010 et 2021, représentant désormais près de 20 % de la croissance totale des dépenses du programme. Le problème, souligne le CBO, est que les économies réalisées ne se traduisent pas toujours par des prix plus bas pour les patients, qui continuent de payer leur quote-part intégrale. Les hôpitaux, quant à eux, peuvent empocher la différence entre le prix réduit et le remboursement de l’assurance.

« Les incitations du programme sont sens dessus dessous », explique le CBO. Les hôpitaux sont financièrement encouragés à prescrire des médicaments plus chers, ce qui conduit à une augmentation des dépenses globales de santé, notamment pour Medicare, Medicaid et les régimes d’assurance privés. De plus, le programme manque cruellement de transparence : il n’y a aucune obligation pour les hôpitaux de répercuter leurs économies sur les patients, de réinvestir les bénéfices dans les soins caritatifs, ou de définir clairement qui est réellement considéré comme un patient 340B.

Plusieurs législateurs travaillent déjà sur des solutions pour réformer le programme. Des propositions de loi sont en cours d’examen qui visent à définir plus précisément le statut de patient, à garantir que les personnes à faible revenu bénéficient des réductions de prix, à limiter les abus liés aux pharmacies sous contrat et à exiger des hôpitaux qu’ils rendent compte de l’utilisation des fonds 340B. Selon les estimations, ces mesures pourraient permettre au gouvernement fédéral de réaliser des économies substantielles.

Dan Crippen, ancien directeur du CBO, souligne l’importance d’une intervention rapide : « En tant qu’ancien directeur du CBO, j’ai pu constater à quel point les programmes fédéraux peuvent exploser lorsque des politiques bien intentionnées ne sont pas contrôlées. » Le rapport du CBO fournit désormais aux législateurs les informations nécessaires pour agir et remettre le programme 340B sur les rails.

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