Publié le 1er novembre 2025 à 14h41. Des images satellite alarmantes et des témoignages accablants font état de massacres continus à El Fasher, au Darfour, après la prise de contrôle de la ville par les Forces d’appui rapide (FAR), exacerbant les craintes d’une catastrophe humanitaire majeure au Soudan.
- Les images satellite récentes suggèrent que la majorité de la population d’El Fasher pourrait avoir été tuée, enlevée ou forcée de se cacher.
- Des survivants ont rapporté des exécutions sommaires, des violences sexuelles et des pillages généralisés.
- La situation humanitaire à El Fasher est désespérée, avec des cadavres dans les rues et des milliers de personnes toujours bloquées dans la ville.
La prise d’El Fasher par les Forces d’appui rapide (FAR) le dimanche dernier, après 18 mois de siège, marque un tournant dans le conflit qui déchire le Soudan depuis avril 2023. Cette offensive a permis aux paramilitaires d’expulser l’armée régulière de son dernier bastion dans le Darfour, une région déjà marquée par un génocide il y a vingt ans.
Depuis la chute de la ville, les témoignages de survivants arrivant à Tawila, à 70 kilomètres à l’ouest, sont glaçants. Ils décrivent des scènes de violence extrême, notamment des exécutions d’enfants devant leurs parents et des civils agressés et dépouillés de leurs biens alors qu’ils tentaient de fuir. Hayat, une mère de cinq enfants, a raconté à l’AFP :
« Samedi [25 octobre] à 6 heures du matin, les bombardements ont été très intenses (…) Au bout d’une heure, sept combattants des FAR sont entrés dans notre maison. Ils ont pris mon téléphone, fouillé même mes sous-vêtements et tué mon fils de 16 ans. »
Hayat, mère de cinq enfants
Hussein, un survivant blessé, témoigne également de l’horreur :
« La situation à El Fasher est terrible : il y a des cadavres dans les rues et personne pour les enterrer. »
Hussein, survivant blessé
Un rapport récent du laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale, publié vendredi, confirme ces craintes. L’analyse d’images satellite révèle l’absence de mouvements importants de civils fuyant la ville, ce qui suggère que la majorité de la population pourrait être décédée, enlevée ou cachée. Les chercheurs ont identifié au moins 31 points – dans des quartiers résidentiels, sur un campus universitaire et dans des installations militaires – présentant des éléments pouvant être des corps humains. Ils affirment que « les signes de la poursuite des massacres sont clairement visibles ».
Médecins sans frontières (MSF) s’est également alarmé de la situation, craignant qu’« un grand nombre de personnes » restent en danger de mort à El Fasher. Michel Olivier Lacharité, responsable des opérations d’urgence à MSF, souligne l’énigme de la faible affluence de personnes à Tawila :
« Le nombre de personnes arrivées à Tawila est très faible (…) Où sont ces personnes portées disparues, qui ont survécu à des mois de faim et de violence à El Fasher ? D’après ce que nous disent les patients, la réponse la plus probable et la plus terrifiante est que ces personnes sont mortes ou ont été arrêtées et poursuivies alors qu’elles tentaient de fuir. »
Michel Olivier Lacharité, responsable des opérations d’urgence à MSF
Selon les Nations Unies, environ 65 000 personnes ont fui El Fasher, mais des dizaines de milliers restent piégées dans la ville, qui comptait environ 260 000 habitants avant l’assaut final des FAR.
La crise soudanaise a été qualifiée de « situation absolument apocalyptique » et de « plus grande crise humanitaire au monde » par le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, lors d’une conférence à Bahreïn samedi. Sa homologue britannique, Yvette Cooper, a dénoncé des « atrocités, des exécutions massives, la famine et le recours dévastateur au viol comme arme de guerre », ciblant en particulier les femmes et les enfants.
Les FAR ont affirmé jeudi avoir arrêté plusieurs combattants accusés d’atrocités et se sont engagés à traduire en justice « toute personne ayant commis une erreur ». Cependant, Tom Fletcher, le directeur des opérations humanitaires de l’ONU, s’interroge sur la sincérité de cette promesse d’enquête.
Les FAR, issues des milices arabes « Janjawid » accusées de génocide au Darfour il y a vingt ans, ainsi que l’armée régulière, ont été accusées de crimes de guerre depuis le début du conflit, il y a plus de deux ans et demi. Les États-Unis ont déjà qualifié les actions des FAR de génocide contre certains groupes ethniques. Des rapports de l’ONU suggèrent que les paramilitaires ont reçu des armes et des drones des Émirats arabes unis, ce que Abou Dhabi nie. L’armée régulière, quant à elle, a bénéficié du soutien de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et de la Turquie.
La prise d’El Fasher donne aux FAR le contrôle total des cinq principales villes du Darfour et divise le Soudan le long d’un axe est-ouest, l’armée régulière contrôlant le nord, l’est et le centre du pays. Les Nations Unies mettent en garde contre une extension de la violence à la région voisine du Kordofan, où des « atrocités à grande échelle » sont signalées.