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Pourquoi tant de millennials contractent le cancer

by Sophie Martin

Publié le 2025-11-01 22:30:00. Une augmentation inquiétante des cancers précoces, notamment chez les millennials, alerte les experts : les modes de vie modernes, bien plus que l’hérédité, seraient les principaux responsables de cette tendance alarmante.

  • Les millennials sont la première génération à présenter un risque accru de développer des tumeurs par rapport à leurs parents.
  • Entre 1990 et 2019, les cas de cancer diagnostiqués avant l’âge de 50 ans ont augmenté de 79 % dans le monde.
  • L’alimentation, la consommation d’alcool, le manque de sommeil et le stress sont pointés du doigt comme des facteurs clés.

On entend de plus en plus souvent des amis ou des proches recevoir un diagnostic de maladies autrefois associées à l’âge avancé : hypertension artérielle, diabète de type 2, et, plus terrifiant encore, cancer. Cette réalité, de plus en plus fréquente, suscite une vive inquiétude au sein de la communauté médicale.

Selon les données récentes, les millennials (personnes nées entre 1981 et 1995) sont la première génération à être confrontée à un risque plus élevé de développer des tumeurs que leurs aînés. Entre 1990 et 2019, le nombre de cas de cancer à apparition précoce (avant 50 ans) a bondi de 79 % à l’échelle mondiale, et la mortalité liée à ces cancers a augmenté de 28 %.

La réalité est que 80 % des cancers sont dits « sporadiques », c’est-à-dire qu’ils ne sont pas liés à des mutations génétiques héréditaires, mais plutôt à des facteurs environnementaux qui endommagent l’ADN au fil du temps. Ces facteurs incluent l’alimentation, la qualité de l’air, le niveau d’activité physique, le repos, le stress et l’exposition à des substances nocives.

« Ce qui pèse le plus, ce n’est pas la génétique dont nous héritons, mais le style de vie qui nous entoure chaque jour », explique Lydia Gil, professeure d’immunologie et de biologie du cancer à l’Université San Jore, dans un article publié sur The Conversation.

Nos modes de vie ont considérablement évolué par rapport à ceux de nos parents et grands-parents, et ces changements ont un impact direct sur notre santé.

L’impact de l’alimentation sur le corps

L’un des principaux facteurs contribuant à cette « nouvelle épidémie » est l’alimentation. L’obésité infantile a commencé à augmenter de manière significative dans les années 1980. En 2022, plus de 390 millions d’enfants et d’adolescents âgés de 5 à 19 ans étaient en surpoids, et 160 millions étaient obèses, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce problème va bien au-delà d’une simple question d’apparence physique : il est associé à une résistance à l’insuline, à une inflammation chronique de bas grade et à des modifications hormonales qui augmentent le risque de développer des cancers du côlon, du sein ou de l’endomètre.

Le plus préoccupant, selon Lydia Gil, est que les effets néfastes de l’obésité infantile ne disparaissent pas avec l’âge.

Une méta-analyse menée en 2019 sur plus de 4,7 millions de personnes a révélé que celles qui avaient un indice de masse corporelle (IMC) élevé pendant leur enfance présentaient, à l’âge adulte, un risque accru de 39 % de cancer colorectal chez les hommes et de 19 % chez les femmes, par rapport à celles qui avaient un IMC sain dans leur jeunesse.

Les changements alimentaires ont également modifié notre microbiote intestinal. Les régimes riches en aliments ultra-transformés réduisent la diversité bactérienne et favorisent la prolifération de souches produisant des métabolites pro-inflammatoires.

Cela contribue au développement de maladies gastro-intestinales telles que le syndrome de l’intestin irritable ou le SIBO, qui semblent presque endémiques chez les millennials. Il suffit de demander autour de soi à un groupe de trentenaires souffrant de problèmes digestifs pour constater que peu de mains restent baissées.

Les effets insidieux de l’alcool

L’alcool est un autre facteur de risque majeur, car de nombreuses rencontres entre millennials se déroulent autour d’une table garnie de nourriture et de boissons. Pendant des années, on a cru qu’un verre de vin « protégeait » la santé, mais des études récentes ont démontré qu’il n’existe aucun niveau de consommation d’alcool sans risque.

Une évaluation des risques du Centre international de recherche sur le cancer a classé l’alcool comme cancérogène de groupe 1, au même niveau que le tabac. En effet, l’organisme transforme l’éthanol en acétaldéhyde, un composé qui endommage l’ADN.

De plus, les habitudes de consommation diffèrent entre les générations. Les baby-boomers (nés entre 1946 et 1964) ont tendance à boire plus régulièrement, tandis que les millennials ont plutôt tendance à boire moins souvent, mais en plus grandes quantités lors d’occasions spéciales (ce qu’on appelle la « consommation excessive d’alcool »), ce qui comporte des risques importants.

Une enquête menée en 2024 par le ministère espagnol de la Santé confirme ces différences et les niveaux de risque associés à chaque comportement.

Par ailleurs, une étude récente publiée dans Environmental Science & Technology a détecté la présence de substances perfluoroalkylées (PFAS), surnommées « produits chimiques éternels », dans de nombreuses bières. Ces composés sont associés à un risque accru de cancer des testicules et du rein.

Nous dormons moins – et moins bien

Les millennials dorment de moins en moins bien que les générations précédentes. Des études récentes montrent que les millennials et la génération Z dorment en moyenne 30 à 45 minutes de moins par nuit que les baby-boomers, en grande partie à cause de leur exposition aux écrans et aux réseaux sociaux le soir. La lumière artificielle inhibe la libération de mélatonine, une hormone antioxydante qui régule le cycle cellulaire.

Un manque chronique de sommeil altère non seulement la réparation de l’ADN, mais réduit également les effets protecteurs de la mélatonine contre le cancer. De faibles niveaux de cette hormone sont associés à une capacité moindre à contrer les dommages oxydatifs de l’ADN et à une augmentation de la prolifération cellulaire.

De plus, la perturbation des rythmes circadiens interfère avec l’expression de gènes essentiels à la réparation de l’ADN, ce qui entraîne une accumulation de mutations et, à long terme, un risque accru de formation de tumeurs.

Le poids du stress

Les millennials sont probablement la génération qui présente les niveaux de cortisol les plus élevés. Lorsque cette « hormone du stress » reste élevée pendant de longues périodes, elle favorise non seulement la résistance à l’insuline et l’hypertension artérielle, mais elle affaiblit également le système immunitaire.

La recherche montre que le stress chronique augmente l’inflammation, rendant difficile l’élimination des cellules anormales et pouvant même « réveiller » les cellules tumorales dormantes.

Une étude publiée en 2019 dans Psychoneuroendocrinologie a révélé que les personnes ayant des niveaux de stress élevés ont même deux fois plus de risques de mourir d’un cancer par rapport à celles qui gèrent mieux leur stress.

Les risques de l’automédication

Enfin, les jeunes générations ont tendance à recourir plus fréquemment à l’automédication que les générations précédentes, un comportement qui comporte des risques à court et à long terme. L’utilisation fréquente de paracétamol est associée à un risque accru de lésions hépatiques et pourrait être liée à une augmentation du cancer du foie.

Les contraceptifs oraux, utilisés pendant des périodes prolongées en raison du report de la maternité, augmentent légèrement le risque de cancer du sein et du col de l’utérus, bien qu’ils offrent une certaine protection contre le cancer des ovaires et de l’endomètre.

De plus, l’utilisation continue d’antiacides et d’antibiotiques a été associée à un risque plus élevé de cancer digestif, par le biais de mécanismes indirects, tels que la formation de composés cancérigènes ou la dysbiose intestinale (déséquilibre du microbiote).

Qu’attendre pour les millennials ?

Les prévisions sont inquiétantes. On estime que le nombre de cas de cancer passera d’environ 20 millions en 2022 à près de 35 millions en 2050, soit une augmentation mondiale de près de 77 %. Cette tendance est particulièrement marquée dans les tumeurs digestives et gynécologiques, qui sont de plus en plus fréquentes chez les jeunes adultes.

Nous sommes la génération de la précipitation, de l’anxiété et des pilules miracles. Mais tout n’est pas perdu : nous pouvons encore agir sur de nombreux facteurs qui nous rendent malades, dès aujourd’hui.

Adopter des habitudes plus saines peut réduire les risques et améliorer la qualité de vie – dans un avenir qui, après tout, n’est pas aussi lointain qu’on ne le pense, conclut Lydia Gil.

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