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La diplomatie de défense indo-pacifique de l’Inde monte en flèche avec des accords massifs avec les États-Unis, l’Australie et l’ASEAN

Publié le 29 août 2024 à 14h30. Les récentes réunions de défense de l'ASEAN à Kuala Lumpur ont confirmé le rôle central de l'Asie du Sud-Est dans la sécurité indo-pacifique, tout en révélant un renforcement significatif des liens…

La diplomatie de défense indo-pacifique de l’Inde monte en flèche avec des accords massifs avec les États-Unis, l’Australie et l’ASEAN

Publié le 29 août 2024 à 14h30. Les récentes réunions de défense de l’ASEAN à Kuala Lumpur ont confirmé le rôle central de l’Asie du Sud-Est dans la sécurité indo-pacifique, tout en révélant un renforcement significatif des liens de coopération de l’Inde avec plusieurs partenaires clés de la région, notamment les États-Unis.

  • L’Inde et les États-Unis ont lancé un partenariat de défense à long terme, officialisant une décennie de collaboration militaire accrue.
  • L’Inde coprésidera un groupe de travail de l’ADMM-Plus sur la lutte contre le terrorisme, renforçant son engagement dans la coopération régionale.
  • Les discussions ont mis en évidence l’importance d’une approche inclusive et fondée sur des règles pour maintenir la stabilité maritime et prévenir les erreurs de calcul.

La 12e réunion des ministres de la Défense de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), connue sous le nom d’ADMM, et les réunions connexes ADMM-Plus, qui se sont tenues à Kuala Lumpur, ont souligné la centralité continue de l’Asie du Sud-Est dans l’architecture de sécurité de la région indo-pacifique. Ces rencontres ont été l’occasion de réaffirmer les principes de sécurité régionale, de lancer de nouvelles initiatives de coopération et de conclure de nombreux accords bilatéraux.

Au niveau multilatéral, les discussions se sont concentrées sur des défis communs tels que la stabilité maritime, l’aide humanitaire et les secours en cas de catastrophe (HADR), et la lutte contre le terrorisme. Les participants ont également examiné des mécanismes pour éviter les incidents en mer, en privilégiant une approche inclusive et basée sur le droit international afin de préserver le rôle central de l’ASEAN.

Les réunions ont servi de plateforme d’échange pour les ministres de la Défense et les hauts responsables de l’ASEAN et des pays partenaires – Inde, États-Unis, Chine, Japon, Australie, Russie, Corée du Sud et Nouvelle-Zélande. Ils ont évalué les tensions régionales croissantes et exploré des moyens pratiques de communication en cas de crise, d’exercices conjoints et de renforcement des capacités.

L’Inde a profité de ces rencontres pour souligner deux thèmes interconnectés : d’une part, que sa coopération en matière de défense avec l’ASEAN et ses partenaires de dialogue s’inscrit dans le cadre de sa politique « Act-East » (agir vers l’Est) ; et d’autre part, que sa vision de l’Indo-Pacifique repose sur l’ouverture, le respect du droit international et la souveraineté des États.

Le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, a déclaré aux participants que l’ADMM-Plus s’intégrait pleinement dans la politique « Act-East » de l’Inde. Il a plaidé pour une collaboration renforcée en matière de renforcement des capacités, de sécurité maritime et d’HADR, tout en soulignant que la position de son pays ne vise aucun État en particulier, mais plutôt un ordre régional fondé sur des règles.

« L’Inde est prête à continuer de contribuer de manière constructive par le dialogue, le partenariat et la coopération pratique dans l’esprit de MAHASAGAR. »

Rajnath Singh, ministre indien de la Défense

Dans ce contexte, l’Inde coprésidera le groupe de travail d’experts (GTE) de l’ADMM-Plus sur la lutte contre le terrorisme, aux côtés de la Malaisie, pour la période 2024-2027. La première réunion indienne s’est tenue à New Delhi en mars 2025, où les délégués ont discuté de l’élaboration d’une stratégie globale de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.

Un « exercice de table » sera organisé en Malaisie en 2026, suivi d’un « exercice de terrain » en Inde en 2027. L’Inde a déjà coprésidé trois groupes de travail d’experts : sur le déminage humanitaire avec le Vietnam (2014-2017), sur la médecine militaire avec le Myanmar (2017-2020) et sur l’assistance humanitaire et les secours en cas de catastrophe avec l’Indonésie (2020-2024).

L’ASEAN et l’Inde organiseront également un exercice maritime en 2026, dans le cadre de l' »Année de la coopération maritime ASEAN-Inde ». Les marines des pays de l’ASEAN sont invitées à participer aux exercices International Fleet Review et MILAN en février 2026.

L’accord bilatéral le plus significatif conclu lors de l’ADMM-Plus a été le lancement d’un partenariat de défense à long terme entre l’Inde et les États-Unis. Rajnath Singh et le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, ont signé un cadre de défense sur dix ans, destiné à orienter la coopération militaire entre les deux pays.

Selon les sources officielles indiennes et le ministère de la Défense, cet accord marque le début d’une « nouvelle décennie de partenariat », couvrant l’interopérabilité, la formation, la logistique, la recherche, la collaboration technologique et potentiellement facilitant l’acquisition de plateformes de défense. Plus d’informations sur le site du Département de la Défense américain.

Pour Washington comme pour New Delhi, cet accord représente une étape concrète vers un approfondissement de la convergence stratégique, alors que les deux pays gèrent d’autres questions bilatérales. Il confirme que la coopération en matière de défense peut servir de pilier de stabilité dans leur relation globale.

Les discussions entre Rajnath Singh et Pete Hegseth ont également porté sur la coopération pratique, notamment les ventes potentielles et la collaboration sur les plateformes de surveillance maritime, ainsi que sur la volonté d’intensifier la formation conjointe et les exercices navals dans l’Indo-Pacifique.

La couverture médiatique américaine du sommet a souligné les contacts de Pete Hegseth avec la Chine et l’Inde concernant les lignes de communication en cas de crise et la sécurité maritime, dans le cadre d’une initiative plus large visant à maintenir le dialogue militaire malgré les tensions géopolitiques dans la région.

L’accent mis par les deux dirigeants sur le partenariat, l’interopérabilité et un « Indo-Pacifique libre et ouvert » suggère que ce nouveau cadre sera rapidement mis à l’épreuve par le biais de groupes de travail et de mécanismes de suivi.

Au-delà de l’accord indo-américain, Rajnath Singh a eu une série de réunions bilatérales avec les ministres de la Défense de la Nouvelle-Zélande (Judith Collins), de la Corée du Sud (Ahn Gyu-back), du Vietnam (général Phan Van Giang) et de Singapour (Chan Chun Sing), entre autres. Ces rencontres ont été marquées par un esprit pragmatique, avec des invitations à des visites ministérielles, des propositions d’élargissement des échanges de formation et des discussions sur la coopération en matière de sécurité maritime et de renforcement des capacités.

Avec le Vietnam, qui partage les préoccupations de l’Inde concernant la liberté de navigation et approfondit ses liens de défense avec New Delhi, les discussions ont porté sur la coopération industrielle de défense et l’interaction entre les marines. Avec la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande, l’accent a été mis sur l’expansion de la formation conjointe, des liens logistiques et des engagements de coopération qui peuvent être mis en œuvre rapidement grâce à des exercices et des échanges.

Avant sa visite à Kuala Lumpur, Rajnath Singh était en Australie pour commémorer le cinquième anniversaire du partenariat stratégique global (CSP) indo-australien. Trois accords clés ont été signés pour renforcer la coopération dans les domaines du partage d’informations, de la recherche et du sauvetage sous-marins et de l’établissement de pourparlers interarmées. Il a également coprésidé la première table ronde des entreprises de l’industrie de la défense entre l’Inde et l’Australie à Sydney, afin d’explorer la collaboration dans les domaines de la technologie, de la fabrication et de l’innovation de la défense.

En conclusion, l’ADMM-Plus a permis de renforcer la coopération institutionnalisée en matière de défense, non pas par un traité unique, mais par un réseau de cadres bilatéraux, de groupes de travail et d’engagements en matière de HADR, de sensibilisation au domaine maritime et d’échanges interpersonnels. L’Inde a souligné l’importance d’un ordre fondé sur des règles et s’est engagée à approfondir ses liens de défense avec ses partenaires de l’ASEAN.

Cette stratégie, caractérisée par des partenariats complémentaires et une coopération fonctionnelle, contribue à la stabilité régionale et permet à l’Inde de préserver son autonomie stratégique face aux incertitudes de la concurrence des grandes puissances.

Les réunions de Kuala Lumpur ont confirmé que la diplomatie de défense – stable, multiforme et institutionnellement ancrée – restera un instrument central de la politique « Act-East » et indo-pacifique de l’Inde dans un environnement de sécurité de plus en plus complexe.

  • Gurjit Singh est un ancien ambassadeur en Allemagne, en Indonésie, en Éthiopie et dans l’ASEAN, et président de l’Union africaine du groupe de travail de la CII sur la coopération trilatérale en Afrique, professeur à l’IIT Indore.
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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.