Home NouvellesLe colonel de l’armée déballe – « Ils ont vraiment fait ça » – Reisner choqué

Le colonel de l’armée déballe – « Ils ont vraiment fait ça » – Reisner choqué

by Nicolas Lefèvre

Publié le 6 novembre 2025 à 19h36. Le colonel Markus Reisner, expert reconnu de la guerre en Ukraine, révèle être la cible d’une campagne de désinformation orchestrée, notamment par des “armées de trolls”, tout en défendant la pertinence de son analyse au regard de la neutralité autrichienne.

Le colonel Markus Reisner, dont les analyses pointues sur le conflit ukrainien ont acquis une notoriété grandissante dans le monde germanophone, est désormais confronté à une réalité préoccupante : il est activement visé par des tentatives de décrédibilisation. L’officier autrichien partage ses réflexions sur cette situation dans le podcast “HEER entend” de l’armée fédérale.

« Je reçois des milliers de réponses et je me perds dans les e-mails. Malheureusement, je ne peux pas répondre à toutes », a-t-il confié, soulignant l’ampleur du flux de messages qu’il reçoit. Mais au-delà des réactions positives et des critiques constructives, il constate une montée en puissance d’attaques plus virulentes et ciblées.

Cible dans la guerre de l’information

Selon les services de renseignement, ces attaques s’inscrivent dans une stratégie délibérée de guerre de l’information. « Nos services de renseignement peuvent déterminer que, dans le cadre de la guerre de l’information, il existe une tentative délibérée de discréditer les experts ou de semer l’incertitude. Mot clé : les armées de trolls, qui sont spécifiquement déployées ici », explique le colonel Reisner.

Accusations de fausses nouvelles, attaques personnelles – il a même été qualifié de « troll de l’OTAN » – ne sont plus à son habitude. Il est également régulièrement interpellé sur la compatibilité de ses prises de position tranchées sur l’agression russe en Ukraine avec la neutralité de l’Autriche. On lui demande souvent de se tenir à l’écart de ce conflit.

Depuis le 1er mars 2024, le colonel Markus Reisner dirige l’Institut de formation des officiers de l’Académie militaire thérésienne de Wiener Neustadt.

Armée fédérale/Kristian Bissuti

Le colonel Reisner se réfère à la Stratégie de sécurité autrichienne pour justifier ses prises de position. « L’incertitude est souvent grande et beaucoup de gens ne veulent pas nous entendre commenter », explique-t-il. Il cite alors un passage clé du document : Stratégie de sécurité autrichienne.

« Être militairement neutre ne signifie pas être indifférent lorsque le droit international est violé et que la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance d’un État est attaquée. »

Stratégie de sécurité autrichienne

« C’est mon point d’ancrage », affirme-t-il, soulignant qu’il est également tenu de dénoncer clairement « que la Russie a envahi l’Ukraine en violation du droit international ».

“C’est la meilleure arme”

Le colonel Reisner privilégie une approche factuelle et argumentée pour contrer les critiques, en s’appuyant sur des sources vérifiables. « À un moment donné, mon interlocuteur ne dit plus rien, submergé par les preuves », illustre-t-il, espérant ainsi favoriser une prise de conscience.

Il insiste néanmoins sur un point essentiel : « La chose la plus importante à l’heure de la guerre de l’information, à l’époque de la guerre hybride, c’est le citoyen bien informé. C’est la meilleure arme contre une telle situation. » Il appelle chacun à la responsabilité individuelle.

« Bien sûr, il faut prendre le temps de se renseigner et ne pas se contenter de la première information venue, de la première vidéo sur YouTube, en pensant que l’on détient la vérité. Malheureusement, ce n’est pas le cas », prévient-il. Seule une recherche approfondie et un esprit critique permettent de discerner le vrai du faux.

“Personne socialement déconnectée”

Malgré ses fréquentes apparitions médiatiques, le colonel Reisner reste absent des réseaux sociaux. Facebook ? Instagram ? Il ne les utilise pas. « Du point de vue des jeunes d’aujourd’hui, on pourrait probablement me décrire comme une personne socialement déconnectée parce que je suis peu actif sur les réseaux sociaux », reconnaît-il avec un sourire. Il estime que son temps est trop précieux pour s’y consacrer : « Je préfère l’utiliser pour l’analyse. »

Il se tient constamment informé de l’évolution de la situation en Ukraine et s’immerge pleinement dans le sujet, comme le veut le jargon militaire.

Dans le podcast, il évoque également le moment le plus choquant de sa carrière de communicateur. Ayant suivi de près l’Ukraine et la Russie avant l’invasion à grande échelle de Vladimir Poutine, il pressentait déjà un événement majeur. « Mais lorsque l’invasion a réellement eu lieu, et je n’oublierai jamais cela, cela a été un choc : ils ont réellement fait cela. Cela signifiait que nous allions assister à une longue et très sanglante guerre. »

Ses premières interventions médiatiques furent alors empreintes d’une certaine solennité. Une pensée l’a particulièrement marqué : « Aujourd’hui, le monde est témoin d’un changement dont la plupart des gens ne sont même pas conscients, et que les historiens – dont je fais partie – ne pourront classer qu’avec le recul. » Il se souvient que cette prise de conscience était « très impressionnante », surtout en tant qu’officier conscient des réalités de la guerre.

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