Publié le 8 novembre 2025 à 13h05. Un nouvel ouvrage collectif explore les multiples influences extérieures qui ont façonné l’histoire du Pérou, révélant une dimension souvent négligée de son identité nationale et de son destin.
- L’histoire du Pérou est inextricablement liée à des forces mondiales, de la révolte de Tupac Amaru à l’obtention du droit de vote des femmes.
- Le livre « Pérou global » analyse l’impact de l’immigration chinoise, du féminisme américain et d’autres phénomènes internationaux sur le pays.
- L’ouvrage souligne la nécessité de dépasser une vision nationaliste de l’histoire péruvienne pour mieux comprendre son évolution.
De la révolte de Tupac Amaru à l’indépendance du Pérou, en passant par la conquête du vote féminin et l’expansion de l’État péruvien en Amazonie, des forces mondiales ont joué un rôle déterminant dans l’histoire du pays. C’est ce que révèle l’ouvrage collectif « Pérou global », publié aux éditions Planeta et coordonné par le politologue Alberto Vergara (Lima, 1974). Ce travail, fruit de la collaboration entre chercheurs péruviens et étrangers, vise à mettre en lumière une dimension souvent occultée : l’influence des dynamiques globales sur le Pérou.
L’ouvrage explore ainsi l’impact de l’immigration chinoise au XIXe siècle, qui visait à pallier la pénurie de main-d’œuvre consécutive à l’abolition de l’esclavage, le rôle des féministes américaines dans l’obtention du droit de vote pour les femmes péruviennes, ou encore le parcours de Tupac Amaru, figure de rebelle andin devenue un symbole revendiqué par les rappeurs afro-américains. Tout, dans « Pérou global », relie le Pérou au monde.
Dans un entretien accordé à BBC Mundo à l’occasion de sa participation au Hay Festival d’Arequipa, Alberto Vergara explique que le projet visait à écrire une histoire du Pérou qui dépasse la traditionnelle dichotomie entre histoire universelle et histoire nationale.
« Nous parcourons les salles de classe des écoles et des universités en observant ces deux mondes comme s’il s’agissait de compartiments étanches qui ne se touchent jamais. Ces dernières années, on a assisté à un essor de ce qu’on appelle l’histoire globale, qui est l’effort visant à diluer d’une manière ou d’une autre cette différence et à savoir que les histoires nationales peuvent être racontées à partir d’autres points de référence spatiaux. »
Alberto Vergara, politologue et analyste
L’ouvrage propose ainsi une narration qui ne soit pas limitée par les frontières de l’État national, mais qui explore les échanges et les négociations entre le national et le mondial. Il souligne que, dès l’origine du Pérou en tant que nation, des événements tels que l’invasion de l’Espagne par les troupes françaises de Napoléon et le rôle de figures comme Simón Bolívar et José de San Martín ont été cruciaux.
Vergara estime que ces influences extérieures sont souvent prises en compte, mais pas suffisamment mises en évidence. Il rappelle que la conquête espagnole elle-même fut une rencontre entre deux empires, et que dès 1528, deux esclaves africains descendaient des navires de Pizarro lors de son arrivée au Pérou. Il souligne également que les cultures précolombiennes ont été affectées par des changements climatiques et des courants océaniques, des facteurs externes à l’histoire nationale.
Le livre aborde également les révoltes en faveur de l’indépendance entre 1812 et 1815, qui, bien que réprimées, témoignent d’une dynamique locale alignée sur les mouvements continentaux. Vergara plaide pour une reconnaissance plus importante de ces tentatives d’émancipation nationale, même si elles ont échoué sur le plan militaire.
Le cas de Tupac Amaru illustre parfaitement cette dimension globale. Bien qu’ayant échoué dans sa rébellion contre la domination espagnole en 1780, il est devenu un symbole international, revendiqué par des personnalités aussi diverses que le rappeur américain Tupac Shakur. Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque vendredi une sélection de nos meilleurs contenus.
L’ouvrage met également en lumière les glorifications non critiques de l’histoire officielle péruvienne, comme l’idéalisation de l’abolition de l’esclavage, qui fut en réalité un processus tardif et entravé par la résistance de l’oligarchie créole. Il souligne la nécessité de reconnaître le rôle des communautés afro-péruviennes, dont l’histoire est souvent négligée.
« Malheureusement, la ségrégation et une série de préjugés contre la population afro-péruvienne, qui a apporté une contribution fondamentale au pays, perdurent. Il n’y a pas de réhabilitation historique de ces communautés. »
Alberto Vergara, politologue et analyste
Enfin, « Pérou global » aborde les défis actuels auxquels le Pérou est confronté, notamment le changement climatique. Vergara souligne que, bien que la population soit consciente de la gravité de la situation, elle manque souvent d’informations précises sur les causes et les conséquences de ce phénomène. Il relève également que le Pérou, en raison de ses crises politiques récurrentes, semble parfois peu attentif aux enjeux internationaux.
Le livre conclut en soulignant la nécessité de construire une identité péruvienne moderne et inclusive, capable de reconnaître la diversité de ses composantes et de s’inscrire dans un contexte mondialisé. Il met en garde contre les dangers d’une vision nationaliste excessive, qui peut être à la fois libératrice et oppressive.
Source des images, Bill Wassman / Getty