Publié le 10 novembre 2025 à 00h15. L’engouement actuel pour l’intelligence artificielle (IA) rappelle étrangement la bulle internet des années 1990, suscitant des interrogations sur la pérennité de cette nouvelle vague d’investissements et l’identification des futurs leaders du secteur.
- Trente ans après l’éclatement de la bulle internet, des parallèles frappants émergent avec l’enthousiasme actuel pour l’IA.
- Les valorisations actuelles, bien qu’élevées, restent inférieures à celles atteintes par les géants d’internet à leur apogée, mais un krach pourrait survenir de manière inattendue.
- Des entreprises comme Anthropic, avec son modèle Claude, pourraient émerger comme des concurrents sérieux à OpenAI, tout comme Google a fini par dominer l’ère internet post-bulle.
L’histoire semble parfois se répéter. En 1998, l’économiste Paul Krugman affirmait que l’impact d’internet sur l’économie ne serait pas plus important que celui du télécopieur. Une prédiction qui, à l’époque, suscitait de vives réactions, bien avant l’avènement des réseaux sociaux. Il fallut attendre deux ans pour que la bourse s’effondre, mais aujourd’hui, comparer internet au fax paraît au mieux amusant, au pire absurde.
Trente ans après le début de la bulle internet, les similitudes avec l’engouement actuel pour l’IA sont troublantes. Les investisseurs et les analystes se demandent à quel stade de ce cycle nous nous trouvons. Sommes-nous en 1996, l’année où Netscape et Yahoo ont fait leurs débuts en bourse, une époque que les jeunes lecteurs doivent aujourd’hui rechercher sur Wikipédia ?
À la fin de 1996, Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale américaine, avait mis en garde contre une « exubérance irrationnelle ». En 1998, Amazon, alors une simple librairie en ligne, voyait ses actions passer de 18 à 250 dollars en un peu plus d’un an. Henry Blodget, un analyste internet influent de l’époque, prévoyait même que le titre atteindrait les 400 dollars dans l’année. Cette prédiction s’est avérée exacte, alimentant une frénésie boursière qui a culminé en 1999. Ou peut-être sommes-nous déjà en 2000, l’année où le Nasdaq a atteint un sommet de 5 048 points avant de s’effondrer à 1 114 en octobre 2002.
La bonne nouvelle est que nous sommes probablement encore loin du « moment 2000 ». La révolution de l’IA, et les hausses boursières qu’elle engendre, en sont vraisemblablement à leurs débuts, entre 1996 et 1998. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de turbulences. Les développements technologiques et les multiples de bénéfices suggèrent que, même si les valorisations semblent élevées, elles restent inférieures à celles des géants d’internet à leur apogée. Le multiple du S&P 500 est historiquement élevé, mais la plupart des entreprises ont publié de solides résultats financiers et leur rentabilité est en hausse.
La mauvaise nouvelle, cependant, est qu’un krach surviendra inévitablement, et comme lors des précédentes bulles, au moment où personne ne s’y attendra, lorsque le dernier sceptique aura fini par investir. La semaine dernière, les investisseurs ont été surpris d’apprendre que le milliardaire Michael Burry avait pris des positions courtes d’un milliard de dollars contre Nvidia et Palantir. Burry avait parié contre le marché immobilier avant la crise des subprimes de 2008, avec un succès retentissant. Il est cependant facile d’oublier qu’il avait ouvert sa principale position courte en 2005 et qu’il a subi des pertes pendant trois ans avant l’effondrement du marché.
La question la plus pressante n’est pas de savoir quand un krach pourrait se produire, car les corrections boursières sont inévitables. Le Nasdaq a mis 15 ans à retrouver son sommet de 2000, même si d’autres indices se sont redressés plus rapidement. La question cruciale est de savoir quelles entreprises domineront la révolution de l’IA. Tout comme nous avons du mal aujourd’hui à nous souvenir d’entreprises comme AOL ou Nortel, l’histoire pourrait rapidement reléguer les leaders actuels de l’IA au second plan.
Les investisseurs qui envisagent d’investir dans Nvidia ou dans l’introduction en bourse très attendue d’OpenAI, valorisée à environ 1 000 milliards de dollars selon des rapports récents, devraient tirer les leçons de la bulle internet. Cisco était la « Nvidia » de son époque, fournissant l’infrastructure nécessaire au boom d’internet, tandis que Yahoo était « l’OpenAI ». Google, fondé en 1998 et introduit en bourse en 2004, n’est devenu un géant de la technologie qu’après la crise du Nasdaq. Cisco existe toujours, mais a perdu de son lustre, tandis que Yahoo, AOL et Nortel ont largement disparu. Parallèlement, Claude d’Anthropic gagne du terrain sur OpenAI, qui attire l’attention et les investissements.
Selon une récente prévision d’Anthropic, l’entreprise devrait être rentable d’ici trois ans, avec des bénéfices projetés à 17 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 70 milliards de dollars en 2028. Les données du mois dernier suggèrent que Claude est en tête de ChatGPT en matière d’utilisation en entreprise, tandis que ChatGPT reste plus populaire auprès des particuliers. Microsoft, Amazon et Apple se sont réinventés, tout comme les modèles économiques qui ont permis à internet de transformer le monde des affaires. Si internet s’était limité à un simple outil de communication ou à l’achat de nourriture pour animaux, la prophétie de Krugman aurait pu se réaliser.
