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EKD : La protection contre la violence peut justifier le recours à l’armée

by Nicolas Lefèvre

L’Église protestante allemande (EKD) ajuste son positionnement sur les questions de guerre et de paix, reconnaissant la nécessité de la défense militaire face aux menaces actuelles. Cette évolution, officialisée par un nouveau mémorandum présenté à Dresde, suscite des débats internes et marque une rupture avec les positions pacifistes traditionnelles.

Le document, dévoilé lundi dans la Frauenkirche de Dresde – un lieu symbolique détruit pendant les bombardements de 1945 et reconstruit après la réunification – aborde le dilemme central auquel l’EKD est confrontée. Kirsten Fehrs, présidente du conseil de l’EKD, a souligné que ce lieu incarne à la fois la dévastation de la guerre et la possibilité de la reconstruction, rappelant que les bombardements de Dresde, bien que faisant partie de la libération de l’Allemagne du nazisme, ont laissé des cicatrices profondes.

Au cœur de ce nouveau positionnement se trouve la priorité accordée à la protection des populations. Le mémorandum stipule que le recours à la force militaire peut être justifié en dernier recours pour assurer cette protection. « L’État peut et doit disposer des instruments nécessaires pour protéger sa population et maintenir l’État de droit », a résumé Fehrs. Cependant, il insiste également sur l’importance de privilégier les solutions civiles pour la résolution des conflits et la consolidation de la paix.

Cette évolution s’explique par un contexte géopolitique changeant, notamment la guerre en Ukraine. Il y a trois ans, Friedrich Kramer, responsable du Service pour la paix de l’EKD, s’était fermement opposé à la livraison d’armes à l’Ukraine, une position qui représentait une minorité au sein de l’Église. De nombreux évêques avaient déjà exprimé leur compréhension du soutien militaire apporté au pays envahi par la Russie.

Le nouveau mémorandum, fruit de consultations avec des théologiens, des scientifiques et des militants pour la paix, pourrait également avoir des implications sur d’autres questions, comme le service militaire – que l’EKD n’exclut plus totalement – ou la dissuasion nucléaire, dont l’approche pourrait être assouplie en raison des risques politiques qu’elle représente.

Cette orientation a suscité des réactions contrastées au sein de l’EKD. Friederike Krippner, directrice de l’académie et chef de l’équipe éditoriale, a reconnu que le document avait été élaboré « dans un monde différent » et que tous les membres de l’Église ne partageaient pas cette nouvelle approche éthique.

Le Service pour la paix a critiqué le mémorandum, estimant qu’il tendait à « réhabiliter l’action militaire en termes d’éthique de la paix ». Friedrich Kramer, bien qu’ayant salué le processus de discussion, a exprimé des réserves, notamment concernant sa position sur les armes nucléaires. « Je suis d’avis que nous devons nous en tenir à un non clair sans aucun oui », a-t-il déclaré.

L’évêque régional de l’Église régionale d’Allemagne centrale, Friederike Spengler, a quant à elle exprimé son malaise face à la place limitée accordée au pacifisme dans les Écritures. Elle a été contredite par Linda Teuteberg, une politicienne du FDP, qui a souligné l’importance pour l’Église et le mouvement pacifiste de reconnaître leurs erreurs et d’admettre que ceux qui mettaient en garde contre la menace russe étaient autrefois qualifiés de « bellicistes ». Pour elle, ce mémorandum témoigne d’une « maturité » de l’Église en matière de sécurité et de politique étrangère.

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