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Les évêques catholiques élisent un leader conservateur

Publié le 16 novembre 2023. L'archevêque d'Oklahoma City, Paul Coakley, figure emblématique du conservatisme catholique, a été élu à la tête de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, un choix qui reflète les orientations actuelles de l'épiscopat…

Les évêques catholiques élisent un leader conservateur

Publié le 16 novembre 2023. L’archevêque d’Oklahoma City, Paul Coakley, figure emblématique du conservatisme catholique, a été élu à la tête de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, un choix qui reflète les orientations actuelles de l’épiscopat américain et pourrait accentuer les tensions avec le Vatican.

  • Paul Coakley a été élu président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, devançant un candidat plus centriste.
  • Son élection souligne la prédominance des tendances conservatrices au sein de l’épiscopat américain.
  • Ce choix pourrait entraîner des frictions avec le pape Léon XIV, successeur de François, qui maintient une approche pastorale similaire envers les populations marginalisées.

L’élection de Paul Coakley, archevêque d’Oklahoma City, marque un tournant pour la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB). Il a remporté le scrutin face à l’évêque Daniel Flores de Brownsville, au Texas, qui a ensuite été nommé vice-président. Ce résultat, intervenu après trois tours de vote, témoigne d’une volonté affirmée de l’épiscopat américain de réaffirmer ses positions conservatrices, même en plaidant pour des politiques d’immigration plus humaines auprès de l’administration en place.

Coakley, qui était déjà secrétaire de la conférence, est considéré comme un fervent défenseur des valeurs traditionnelles de l’Église catholique. Il est notamment conseiller du Napa Institute, une organisation influente regroupant des conservateurs catholiques de premier plan. En 2018, il avait publiquement apporté son soutien à l’archevêque italien Carlo Maria Viganò, figure controversée qui avait critiqué ouvertement le pape François et qui a par la suite été excommunié.

L’USCCB a souvent affiché des divergences avec le Vatican, notamment concernant l’approche inclusive et modernisatrice du défunt pape François. Son successeur, le pape Léon XIV, d’origine américaine, semble toutefois poursuivre une ligne pastorale similaire, axée sur les personnes vulnérables, la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. L’élection de Coakley pourrait donc accentuer les tensions entre l’épiscopat américain et le Saint-Siège, selon Steven Millies, professeur de théologie publique à l’Union théologique catholique de Chicago.

« Dans le long conflit entre de nombreux évêques des États-Unis et le François dont hérite Léon, ce n’est pas une étape vers une désescalade. »

Steven Millies, professeur de théologie publique à l’Union théologique catholique de Chicago

Bien que la majorité des évêques américains soient globalement conservateurs sur les questions sociales, certains, comme Coakley, mettent davantage l’accent sur l’opposition à l’avortement et aux droits des personnes LGBTQ+. La moitié des dix candidats initialement en lice pour la présidence appartenaient à cette aile conservatrice. L’archevêque Coakley succède à l’archevêque Timothy Broglio, chef sortant, pour un mandat de trois ans. L’archevêque de Baltimore, William Lori, était quant à lui trop proche de l’âge de la retraite (75 ans) pour briguer le poste.

Coakley a devancé un autre conservateur de renom, l’évêque Robert Barron du diocèse de Winona-Rochester, dans le Minnesota, dont le ministère populaire « Word on Fire » lui a valu une certaine notoriété dans les médias catholiques. Il a également battu l’évêque Flores, qui était perçu par certains comme un potentiel unificateur capable de faciliter le dialogue avec le Vatican. Flores, d’origine latino-américaine et responsable d’un diocèse situé à la frontière américano-mexicaine, défend la doctrine catholique traditionnelle sur l’avortement et les questions LGBTQ+, tout en étant un fervent défenseur des migrants.

L’élection de Flores comme vice-président est toutefois perçue comme un signe d’ouverture potentielle, même prudente, de la conférence américaine, selon David Gibson, directeur du Centre pour la religion et la culture à l’Université Fordham.

« La conférence américaine « peut éventuellement, prudemment, ouvrir de nouveaux horizons pour l’Église ».

David Gibson, directeur du Centre pour la religion et la culture à l’Université Fordham

Les évêques américains s’apprêtent à rédiger une déclaration sur l’immigration lors de leur prochaine réunion d’automne. Sur ce sujet, comme sur de nombreuses autres questions, ils semblent aussi divisés et polarisés que le reste de la société américaine. Cependant, même les dirigeants catholiques les plus conservateurs se montrent favorables à une politique d’accueil des migrants.

La question cruciale reste de savoir dans quelle mesure l’épiscopat américain sera prêt à dénoncer les mesures restrictives de l’administration en matière d’immigration. La crainte des mesures d’immigration a d’ailleurs déjà dissuadé de nombreux fidèles de participer aux offices religieux dans certaines paroisses. Le clergé local rencontre des difficultés à administrer les sacrements aux migrants détenus. L’USCCB avait d’ailleurs mis fin à son programme de réinstallation de réfugiés après l’annulation du financement fédéral par l’administration précédente.

« Sur le plan politique, vous savez que depuis des décennies, les évêques des États-Unis plaident en faveur d’une réforme globale de l’immigration. »

Mgr Kevin Rhoades, diocèse de Fort Wayne-South Bend, Indiana

Mgr Rhoades, membre de la Commission sur la liberté religieuse et responsable du comité des évêques sur la liberté religieuse, a souligné l’importance de garantir aux migrants détenus l’accès aux soins pastoraux et aux sacrements. Il a insisté sur le fait que le droit au culte ne peut être remis en question, même pour les personnes en situation irrégulière.

Les évêques ont adressé une lettre au pape Léon à l’issue de leur réunion, réaffirmant leur engagement à soutenir les migrants et à défendre leur droit à pratiquer leur religion librement. Ils ont également souligné leur soutien à des frontières sûres et ordonnées, tout en dénonçant les atteintes au droit au culte et au droit à une procédure régulière.

Récemment, le pape Léon a appelé à une « réflexion approfondie » aux États-Unis sur le traitement des migrants détenus, soulignant que « de nombreuses personnes qui ont vécu des années et des années sans causer de problèmes ont été profondément affectées par ce qui se passe actuellement ».

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.