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«La microfinance est une dette privée directement liée à l’économie réelle» | Investissements | Actuel

Publié le 2024-11-12 15:22:00. La microfinance, longtemps perçue comme un outil d'aide au développement, s'affirme aujourd'hui comme une classe d'actifs à part entière pour les investisseurs institutionnels. Johannes Feist, PDG de Mikro Kapital Management SA, explique comment son…

«La microfinance est une dette privée directement liée à l’économie réelle» | Investissements | Actuel

Publié le 2024-11-12 15:22:00. La microfinance, longtemps perçue comme un outil d’aide au développement, s’affirme aujourd’hui comme une classe d’actifs à part entière pour les investisseurs institutionnels. Johannes Feist, PDG de Mikro Kapital Management SA, explique comment son fonds ALTERNATIVE permet d’accéder à ce marché en pleine croissance.

  • Le volume mondial de la microfinance s’élève à environ 209 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 310 milliards de dollars en 2025.
  • Le fonds ALTERNATIVE, émis au Luxembourg, propose des obligations à taux fixe avec des rendements annuels variant de 7,5 à 12 % selon la devise.
  • L’approche de Mikro Kapital Management SA se distingue par un investissement direct dans des sociétés de portefeuille, permettant un contrôle accru et une diversification ciblée.

La microfinance évolue. Elle ne se limite plus à l’assistance aux pays en développement, mais constitue désormais une opportunité d’investissement pour les acteurs institutionnels. Johannes Feist, à la tête de Mikro Kapital Management SA, souligne que cette forme de financement concerne principalement les micro-entreprises, les petites et moyennes entreprises (PME) des pays émergents et en transition. « Aujourd’hui, la microfinance concerne principalement le financement des entreprises dans un segment plus petit », explique-t-il. « Il s’agit des micro-entreprises, des petites et moyennes entreprises des pays émergents et en transition. »

Mikro Kapital Management SA travaille avec des entreprises locales qui accordent des prêts et des crédits-bail à ces entreprises. Pour les investisseurs, il s’agit d’une forme de dette privée, directement liée à l’économie réelle, et non d’un don. Ce marché, en pleine expansion, compte actuellement 146 millions de microcrédits actifs dans le monde, dont 57 % sont accordés à des femmes. Cette caractéristique offre aux investisseurs une exposition diversifiée à de nombreux crédits de petite taille, répartis dans différents pays et secteurs.

Le fonds ALTERNATIVE, lancé au Luxembourg, permet aux investisseurs institutionnels d’accéder à cette classe d’actifs. Il fonctionne par le biais d’émissions obligataires, dans le cadre d’un programme pouvant atteindre 2 milliards d’euros. Ces obligations, cotées à la Bourse de Luxembourg, sont émises en différentes devises et avec des échéances variables. Les fonds collectés sont ensuite acheminés vers un réseau de sociétés de portefeuille, contrôlées à plus de 50 %, qui accordent des microcrédits et des crédits-bail au niveau local. Le fonds gère actuellement 487 millions d’euros répartis dans dix pays. Depuis son lancement, aucune défaillance n’a été enregistrée sur les obligations émises.

Contrairement à de nombreux fonds de microfinance qui se contentent d’accorder des prêts à des institutions externes, Mikro Kapital Management SA adopte une approche plus directe. « De nombreux fonds de microfinance accordent principalement des prêts à des institutions de microfinance externes. Les investisseurs participent alors principalement aux marges d’intérêt sur ces prêts », précise Johannes Feist. « Nous adoptons une approche différente en investissant dans des sociétés en portefeuille dans lesquelles nous détenons une participation majoritaire et en les refinançant en même temps. » Cette stratégie permet de capter à la fois les revenus des capitaux propres et les marges nettes d’intérêts des sociétés opérationnelles, ce qui se traduit par des coupons obligataires attractifs.

En termes de risque et de rendement, les obligations émises par ALTERNATIVE offrent des taux d’intérêt fixes, variant selon la devise et la durée : entre 7,5 et 11,5 % par an en euros, entre 8,5 et 12 % par an en dollars américains et entre 4 et 8 % par an en francs suisses. Le fonds ne recourt pas à l’effet de levier et dispose d’un coussin de fonds propres d’environ 15,7 % du total des actifs. Les prêts accordés sont entièrement garantis, et une gestion active des risques de change est mise en place. Le taux de prêts en souffrance de plus de 30 jours se situe légèrement en dessous de la moyenne mondiale du secteur, qui est d’environ 4,5 %.

Pour les investisseurs suisses, les tranches en francs suisses peuvent constituer un moyen intéressant d’intégrer une exposition à la microfinance dans un portefeuille libellé dans cette devise. Des obligations en francs suisses, avec des durées allant de 11 à 48 mois, sont régulièrement émises dans le cadre du fonds. Ces tranches sont généralement traitées de la même manière que les autres obligations ALTERNATIVE, permettant une diversification du portefeuille.

La gestion du risque de crédit au sein des sociétés de portefeuille repose sur une approche prudente. Les prêts sont accordés à des entreprises pour financer des investissements productifs, et non pour la consommation. Les prêts sont garantis à hauteur d’environ 130 % de leur valeur, avec une marge de sécurité de 20 % sur la valeur marchande des garanties. Les équipes locales connaissent parfaitement la situation économique des entreprises et peuvent intervenir rapidement en cas de difficultés, en privilégiant la restructuration ou les reports de paiement avant de recourir à la saisie des garanties.

Mikro Kapital Management SA accorde également une importance particulière à l’impact social de ses investissements. En 2024, les entreprises financées par le fonds ont touché environ 175 000 micro et petits entrepreneurs, dont une part importante de femmes et de personnes vivant dans des zones rurales. Le volume des prêts est principalement concentré dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, des transports, de la construction, des services, de la santé et de l’éducation. L’entreprise publie un rapport d’impact annuel, présentant des données clés sur les segments de clientèle, les régions et les évolutions qualitatives. Elle est également membre du Réseau Européen de Microfinance et a signé les principes opérationnels pour la gestion de l’impact.

Enfin, Johannes Feist estime que la microfinance a un rôle important à jouer dans l’allocation stratégique d’actifs dans les années à venir. « Il existe encore un déficit de financement pour les petites entreprises à travers le monde, notamment dans les pays émergents et en transition », souligne-t-il. « Dans le même temps, les chiffres clés du secteur montrent que les rendements globaux des portefeuilles et les taux de défaut sont restés stables ces dernières années. » Pour les investisseurs professionnels disposant d’un horizon d’investissement à long terme, la microfinance peut constituer une alternative intéressante aux obligations d’État et d’entreprises classiques.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.