Publié le 13 novembre 2025 à 17h05. L’intelligence artificielle s’immisce désormais dans 95 % des services de communication, transformant en profondeur les métiers et les attentes des dirigeants, selon une nouvelle étude menée par Ragan Communications et HarrisX.
- L’IA est déjà utilisée pour plus de la moitié du travail de communication dans 30 % des entreprises.
- 83 % des PDG accordent une grande importance à la fonction communication, notamment pour la communication interne, la communication de crise et le bien-être des employés.
- Les compétences humaines – stratégie, créativité et gestion du stress – restent paradoxalement plus valorisées par les dirigeants que la maîtrise technique de l’IA.
L’adoption de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la communication n’est plus une simple expérimentation, mais une réalité tangible pour la quasi-totalité des entreprises. Une enquête récente, réalisée par Ragan Communications et HarrisX auprès de 400 professionnels de la communication et de dirigeants, révèle que l’IA est désormais intégrée aux processus de travail dans 95 % des services de communication. Les résultats complets ont été présentés lors de la conférence Future of Communications de Ragan.
L’étude met en évidence une utilisation croissante de l’IA : 30 % des répondants indiquent que plus de la moitié de leurs activités de communication sont désormais automatisées ou assistées par l’IA. Et les perspectives d’avenir sont encore plus marquées, avec 55 % des communicateurs et des PDG s’attendant à ce que l’IA prenne en charge la majorité du travail de communication d’ici 2030.
Malgré cette automatisation grandissante, la fonction communication conserve une valeur stratégique aux yeux des dirigeants. 83 % des PDG interrogés ont affirmé accorder une « grande importance » à cette fonction, soulignant son rôle crucial dans la communication avec les employés, la gestion de la réputation de l’entreprise et le soutien au bien-être des collaborateurs.
Les tâches traditionnelles de communication, telles que la gestion des réseaux sociaux (18 %), la gestion de la réputation (17 %) et la gestion de crise, restent importantes pour les hauts dirigeants. Cependant, l’étude révèle que les PDG accordent une importance particulière à l’expertise des communicateurs dans les domaines où ils interagissent directement, comme la communication interne et la gestion des enjeux RH.
Un paradoxe émerge toutefois des résultats de l’enquête : si près de la moitié des PDG (49 %) estiment que les compétences traditionnelles en communication seront bientôt supplantées par une maîtrise rapide de l’ingénierie et de l’analyse de données – une conséquence logique de l’automatisation croissante – l’IA ne figure qu’en bas de la liste des compétences les plus importantes pour les communicateurs. La réflexion stratégique, la résolution créative de problèmes et la capacité à garder son sang-froid sous pression sont en réalité considérées comme plus essentielles.
Ce décalage est d’autant plus frappant que 57 % des PDG affirment préférer qu’un discours important soit rédigé par une IA personnalisée, entraînée sur l’ensemble de leurs précédentes interventions et écrits, plutôt que par un « communicateur de premier plan » ne recourant pas à l’IA.
En somme, les PDG semblent à la fois valoriser le travail des communicateurs et privilégier les compétences les plus humaines – stratégie, créativité et résilience – tout en manifestant une préférence pour l’utilisation de l’IA pour la rédaction de discours et en anticipant un besoin croissant de compétences techniques.
Que faut-il en conclure ?
Il est important de relativiser ces chiffres. L’étude révèle que 42 % des PDG pensent que l’IA créera davantage d’emplois dans le secteur de la communication, contre seulement 24 % qui prévoient une perte nette d’emplois. Les communicateurs partagent ce point de vue optimiste, avec seulement 13 % craignant que l’IA ne menace leur emploi.
En réalité, l’enquête suggère que les PDG recherchent chez les communicateurs des qualités que l’IA ne peut pas reproduire : la capacité à élaborer des stratégies adaptées à des situations complexes, la créativité nécessaire pour trouver des solutions innovantes et la capacité à agir avec sang-froid dans des circonstances difficiles. Les communicateurs qui sauront développer ces compétences de haut niveau, et les utiliser pour encadrer l’utilisation des outils d’IA, seront les plus à même de réussir.
Principaux points de divergence
L’enquête a également mis en lumière deux points de désaccord notables entre les PDG et les responsables de la communication. Le premier concerne le leadership de la fonction communication. 74 % des PDG estiment qu’ils sont les principaux responsables de la communication au sein de leur entreprise et qu’ils devraient le rester. Or, les responsables de la communication ne partagent pas cet avis : seulement 20 % estiment que les PDG dirigent réellement le département, et 31 % seulement pensent qu’ils devraient le faire. Les responsables de la communication privilégient plutôt le rôle du directeur de la communication (CCO, 37 %) ou du directeur des ressources humaines (13 %).
Cette divergence s’explique en partie par le fait que le poste de CCO est relativement récent et n’est pas encore généralisé. De plus, la communication étant une fonction très visible, impliquant souvent le nom du PDG, ce dernier peut estimer qu’il doit conserver le contrôle ultime.
Le second point de désaccord concerne la prise de position des entreprises sur les grandes questions d’actualité. Les PDG, soucieux des résultats financiers, ont tendance à penser que leur entreprise s’exprime trop ouvertement sur ces sujets. Les responsables de la communication, attachés à la transparence, estiment au contraire que les entreprises devraient jouer un rôle plus actif.
La solution réside peut-être dans un juste milieu. Même dans un contexte politique instable, les entreprises doivent défendre certaines valeurs, sans pour autant compromettre leurs intérêts. Elles doivent également déterminer avec soin les domaines où leur voix peut apporter une réelle valeur ajoutée.
Téléchargez ici l’intégralité des résultats de l’enquête.
Allison Carter est directrice éditoriale de PR Daily et de Ragan.com. Suivez-la sur LinkedIn.
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