Publié le 14 novembre 2025 à 03h29. Les prix du soja ont atteint leur plus haut niveau en 17 mois à la Bourse de Chicago, stimulés par des retards de semis au Brésil, un regain d’intérêt de la Chine et la reprise des publications de données clés par le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA).
- Le soja a clôturé à 421,45 $ US la tonne (4,87 $ US de plus qu’hier), dépassant le pic du 3 novembre dernier.
- La reprise de l’activité administrative aux États-Unis, après une période de blocage, a permis à l’USDA de reprendre la publication de ses rapports.
- Les analystes anticipent une correction à la baisse des prévisions de production de soja dans le prochain rapport de l’USDA, prévu pour demain.
La flambée des prix du soja s’explique par une conjonction de facteurs, selon les experts. Les conditions météorologiques défavorables au Brésil ont ralenti les semis, réduisant les perspectives de récolte. Parallèlement, la Chine, principal importateur mondial de soja, a manifesté un intérêt renouvelé pour les achats de céréales américaines, suite à un récent accord commercial.
Eugenio Irazuegui, analyste chez Zeni Markets, souligne l’importance de l’attente entourant le rapport de l’USDA :
« Poussé par l’attente d’une demande accrue de la part de la Chine et la proximité de la publication officielle des bilans de l’offre et de la demande, le soja a atteint ses valeurs les plus élevées en près d’un an et cinq mois. »
Eugenio Irazuegui, Analyste des marchés Zeni
Il ajoute que ce nouveau pic dépasse les niveaux observés le 3 novembre dernier, lorsque les contrats à janvier 2026 avaient clôturé au-dessus de 416 $ US.
La reprise de l’activité gouvernementale aux États-Unis joue également un rôle crucial. Après des semaines de controverse au Congrès, le président Donald Trump a signé la loi permettant la réouverture des administrations publiques. Cette décision a permis à l’USDA de reprendre la publication de données essentielles pour le marché, notamment des informations sur les opérations d’exportation vers la Chine.
Matías Amorosi, directeur général du Groupe AZ, observe également des signes encourageants pour le maïs, en plus du soja.
« Au-delà des hauts et des bas des derniers jours, l’horizon des campagnes 2024/25 et 2025/26 s’annoncent plus stables, avec des prix qui se maintiennent tant dans les positions disponibles que dans les positions de récolte. »
Matías Amorosi, Directeur général du Groupe AZ
Il attribue cette amélioration à l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine, qui a conduit à une augmentation des expéditions et devrait se traduire par un volume d’achat similaire aux campagnes précédentes.
La baisse des taux d’intérêt aux États-Unis, avec une réduction de 25 points de base par la Réserve fédérale, a également contribué à soutenir les prix des matières premières agricoles. Cette baisse a affaibli le dollar américain, rendant les produits de base plus abordables pour les acheteurs internationaux.
Cependant, tous les analystes ne partagent pas cet optimisme. German Iturriza estime qu’il n’y a pas de changements fondamentaux justifiant une telle hausse.
« L’USDA envisageait déjà des achats en provenance de Chine, qui n’a réalisé que quelques expéditions ces jours-ci. Il n’y a pas de demande supplémentaire ni de baisse des stocks qui justifient ces valeurs. »
German Iturriza, Analyste de marché
Il suggère que la hausse actuelle est davantage due à l’activité des fonds spéculatifs, qui ont profité des prix bas pour se repositionner sur le marché.
Iturriza met également en garde contre les marges négatives de l’industrie du broyage, en particulier en Chine, en Argentine, au Brésil et aux États-Unis, qui pourraient rendre difficile le maintien des prix actuels. Il anticipe une volatilité importante demain, lors de la publication des rapports de l’USDA, et une possible correction à la baisse si les données ne sont pas surprenantes.
Enfin, l’analyste souligne que le contexte financier mondial, avec l’appréciation du réal brésilien (+10 % ces derniers mois) et la faiblesse du dollar américain (-5 % depuis mars), crée un environnement favorable aux matières premières, mais que ce soutien n’a pas encore été validé par le marché physique.
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