Également observatrice discrète des ambitions cinématographiques de son mari, Francis Ford Coppola, Eleanor Coppola a finalement trouvé sa propre voix artistique et une liberté longtemps insoupçonnée, comme elle le révèle dans ses écrits posthumes. Son parcours, marqué par un équilibre délicat entre soutien familial et aspirations personnelles, est exploré dans son dernier ouvrage, « Two of Me ».
Dans ses notes de travail, Eleanor Coppola décrit avec une précision clinique les défis logistiques et émotionnels des tournages épiques de son époux. Elle relate par exemple le tournage d’Apocalypse Now, évoquant la simulation d’un bombardement au napalm : « Le napalm a explosé en même temps que les avions, traversant le cadre, parfaitement… 1 500 gallons d’essence (environ 5 678 litres) ont brûlé en environ une minute et demie », écrit-elle. Postée à un demi-mile (environ 800 mètres) du site de l’explosion, elle note simplement avoir « ressenti une forte chaleur », une concision qui souligne son rôle d’observatrice extérieure, témoin plutôt que participant.
Ses écrits révèlent également un contraste frappant entre la présence masculine dominante sur les plateaux de tournage et la rareté des femmes. Elle observe ainsi : « Les hommes américains corpulents bronzent et se renforcent. Les femmes ont l’air fatiguées. » Cette fatigue, selon « Two of Me », ne provenait pas uniquement des conditions exténuantes du tournage d’Apocalypse Now, mais aussi des tensions inhérentes à son mariage.
Eleanor Coppola aspirait à une vie d’« aventure », à mener ses propres « projets artistiques » tout en élevant ses enfants dans l’effervescence des tournages, une vie qu’elle compare à celle d’une famille de cirque. Cependant, elle devait également répondre aux attentes de son mari, un homme brillant mais imprévisible, qui souhaitait qu’elle incarne une « épouse très traditionnelle, heureusement dévouée à s’occuper de nos enfants, à créer un foyer agréable et à soutenir sa carrière ». Pendant la majeure partie de sa vie, elle a été, pour reprendre l’expression du titre de son livre, « deux d’elle-même ».
Un tournant décisif survient en 2010, lorsqu’une radiographie révèle la présence d’une tumeur rare dans sa poitrine. Malgré les recommandations des médecins de suivre une chimiothérapie, elle choisit d’attendre, privilégiant des thérapies alternatives et des examens réguliers pour surveiller l’évolution de la tumeur. Elle vivra encore quatorze années, ne ressentant les effets importants de la tumeur que dans les dernières années de sa vie.
Sa décision suscite l’inquiétude de sa famille. « Francis m’a dit que lui et les enfants devaient être prioritaires dans toute décision que je prendrais, et ils étaient impatients que je suive une thérapie, une action, une solution qui me sortirait du danger », confie-t-elle. Pourtant, Eleanor Coppola refuse de céder à leurs pressions, même si elle admet ne pas avoir d’« argument raisonnable » ou de « preuve » pour justifier son choix.
Elle réalise alors qu’elle avait été conditionnée dès son enfance à être une « bonne fille » et à suivre les ordres des médecins, sans jamais envisager que les choix de sa vie lui appartenaient. La tumeur devient alors un « grand enseignant », un « coup de pied » qui la pousse enfin à « sortir de l’ombre de sa famille ». Ces limitations, semblables aux pressions qu’elle avait l’habitude de gérer en tant qu’épouse et mère, lui permettent finalement de prendre conscience de son autonomie.
« Qu’avais-je à perdre ? », se demande-t-elle. « J’allais mourir de toute façon. »
En 2016, à l’âge de 76 ans, Eleanor Coppola réalise son premier long métrage, la comédie romantique Paris Can Wait. Elle enchaîne avec Love Is Love Is Love en 2020, à l’âge de 84 ans. Mais au-delà de ces réalisations concrètes, c’est l’écriture elle-même qui représente sa véritable libération, une manière d’affirmer sa propre vision du monde et de tracer les contours de son univers personnel.
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