Publié le 16 novembre 2023 14:30. Le retour du castor européen, après avoir frôlé l’extinction, se révèle bénéfique pour la biodiversité, notamment pour les populations de chauves-souris, selon une étude suisse récente. Ces travaux confirment le rôle clé de l’animal comme ingénieur naturel et soulignent l’importance de sa réintroduction pour la conservation des espèces menacées.
- Une étude menée dans les Alpes suisses démontre que les zones modifiées par les castors abritent davantage d’espèces de chauves-souris, dont certaines figurent sur la liste rouge des espèces menacées.
- L’activité de chasse des chauves-souris est plus que doublée dans les territoires des castors, grâce à la création d’habitats plus ouverts et à une plus grande abondance d’insectes.
- Les castors contribuent à la création d’habitats précieux, comme les bois morts dressés, essentiels à la survie de certaines espèces de chauves-souris.
Après avoir été chassé jusqu’au point de quasi-disparition au XIXe siècle, le castor européen connaît un regain spectaculaire. On compte aujourd’hui plus de 1,4 million de spécimens à travers l’Europe, grâce aux mesures de protection et aux programmes de réintroduction mis en place. Au-delà de la simple restauration d’une espèce emblématique, son retour a des conséquences écologiques profondes, transformant les paysages et influençant la vie de nombreuses autres espèces.
Jusqu’à présent, les recherches se concentraient principalement sur l’impact des activités castoriales sur les milieux aquatiques et les poissons. Une nouvelle étude, publiée dans le Journal d’écologie animale, apporte un éclairage nouveau sur les effets de leurs barrages et de leurs clairières sur les écosystèmes terrestres.
Des chercheurs des instituts suisses WSL et Eawag, en collaboration avec le Centre national du castor pour l’information sur la faune, ont analysé huit rivières de montagne en Suisse. Pour chaque rivière, ils ont comparé un tronçon influencé par la présence de castors à un tronçon témoin, non modifié. Afin d’évaluer la présence des chauves-souris, ils ont enregistré leurs écholocalisations pendant leurs chasses nocturnes aux insectes.
Parallèlement, ils ont installé des pièges pour capturer les insectes volants et ont étudié la végétation environnante, en mesurant la densité des arbres morts, la présence de troncs tombés, la diversité végétale et la structure du couvert forestier.
Les résultats sont sans équivoque : les zones modifiées par les castors accueillent en moyenne cinq espèces de chauves-souris par nuit, contre quatre dans les zones témoins. Plus important encore, on observe une augmentation significative de la présence d’espèces inscrites sur la liste rouge des espèces menacées. L’activité de chasse des chauves-souris y est plus que doublée : « Les chauves-souris chassaient 2,3 fois plus fréquemment dans les territoires des castors que dans les secteurs témoins », conclut l’étude.
L’ampleur de cette différence a surpris l’équipe de recherche. « Je ne m’attendais pas à une augmentation aussi importante du nombre de chauves-souris », explique Valentin Moser, auteur principal de l’étude. Leur analyse révèle que les castors créent des environnements plus ouverts et diversifiés, avec une plus grande quantité de bois mort et une abondance notable d’insectes. « La qualité de l’habitat est meilleure dans les territoires des castors et la disponibilité de nourriture est également plus grande », ajoute-t-il.
Ces changements sont cruciaux pour la survie de certaines espèces menacées. La chauve-souris de forêt (Barbastella barbastellus), par exemple, trouve refuge sous les fragments d’écorce des arbres morts dressés. Ces structures se forment naturellement dans les territoires des castors : certains arbres meurent lorsqu’ils sont coupés par les animaux, tandis que d’autres succombent à l’inondation causée par les barrages. « Les grumes restent debout pendant des années et constituent un habitat très précieux, car elles sont rares », précise Moser.
L’étude souligne ainsi la contribution des castors à la conservation des espèces vulnérables. Christof Angst, directeur du Centre national du castor, rappelle que presque toutes les chauves-souris suisses sont en danger et ont besoin d’aide. « Les castors semblent leur apporter ce soutien », affirme-t-il.
Cette recherche s’inscrit dans le cadre de l’initiative Biodiversité bleu-vert, soutenue par le gouvernement suisse. L’un des objectifs de cette initiative est de déterminer comment intégrer les castors dans les programmes de conservation et d’identifier les pratiques à éviter pour prévenir d’éventuels conflits. Selon Angst, les castors agissent comme de véritables ingénieurs naturels : « Ils recréent des plans d’eau fonctionnels, riches en espèces et résilients. Ils le font de manière moins coûteuse et plus efficace que les solutions humaines basées sur des machines ou des infrastructures. »
L’étude confirme donc que les bénéfices écologiques générés par les castors dépassent largement le cadre aquatique. Leur capacité à transformer les forêts et les berges des rivières profite aux insectes, aux oiseaux, aux amphibiens et, comme le démontre cette nouvelle étude, aux chauves-souris. Leur expansion ne se limite pas à restaurer un mammifère indigène, elle multiplie les opportunités pour les espèces qui dépendent d’habitats rares et fragmentés dans l’Europe moderne.
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