Publié le 15 novembre 2023 14h30. L’économie japonaise a connu une contraction inattendue au troisième trimestre, plombée par les tensions commerciales et un ralentissement de l’investissement immobilier, alors que le nouveau gouvernement s’apprête à dévoiler un plan de relance économique.
- Le produit intérieur brut (PIB) japonais a diminué de 1,8 % sur un an au troisième trimestre.
- Cette baisse est principalement due à la chute des exportations, affectées par les droits de douane américains.
- Le gouvernement Takaichi prépare un plan de relance pour stimuler l’économie, malgré les inquiétudes concernant la dette publique.
L’économie japonaise a affiché une contraction de 1,8 % (en rythme annualisé) entre juillet et septembre, selon les données publiées ce mercredi. Si ce recul est moins important que les prévisions médianes des économistes, qui tablaient sur une baisse de 2,5 %, il marque la première contraction du PIB japonais en six trimestres. Cette situation intervient à un moment crucial, alors que le pays attend avec impatience les mesures économiques du nouveau gouvernement dirigé par Sanae Takaichi et que la Banque du Japon (BoJ) étudie la possibilité d’une hausse des taux d’intérêt.
Sanae Takaichi a pris ses fonctions en octobre avec la promesse de soutenir les ménages face à la hausse du coût de la vie. Elle devrait présenter dès cette semaine un plan de relance ambitieux visant à dynamiser la plus grande économie développée d’Asie.
La contraction du PIB est en grande partie imputable à une diminution des exportations nettes de biens et de services. L’incertitude liée aux droits de douane imposés par l’administration américaine de Donald Trump a pesé sur les exportations, entraînant une baisse de 0,2 % du PIB trimestriel global. Au cours du trimestre précédent (avril-juin), les exportations avaient fortement augmenté, les entreprises se précipitant pour expédier leurs produits vers les États-Unis avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers.
Tokyo et Washington ont finalement conclu un accord prévoyant une réduction des droits de douane de 15 % sur les exportations japonaises, contre un niveau de 25 % initialement menacé par l’administration Trump. Cet accord comprend également un engagement d’investissements japonais de 550 milliards de dollars aux États-Unis.
« Les droits de douane et les menaces tarifaires nuisent aux exportations et à la production industrielle. Les dépenses des ménages sont faibles car l’inflation dépasse la croissance des salaires, et les gains salariaux pourraient encore ralentir si les difficultés liées aux droits de douane faisaient dérailler l’économie. »
Stefan Angrick, économiste chez Moody’s Analytics Japon
Selon Stefan Angrick, l’économie japonaise est confrontée aux mêmes difficultés depuis trois ans. Le rapport souligne également l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages japonais. La consommation privée, qui représente environ la moitié de l’économie, n’a progressé que de 0,1 % par rapport au trimestre précédent, tandis que l’investissement dans le logement individuel a chuté de 9,4 %.
Les analystes anticipent que ces chiffres décevants du PIB renforceront la détermination de Sanae Takaichi à mettre en œuvre son plan de relance budgétaire, malgré les craintes liées à une augmentation de la dette publique et à une potentielle volatilité sur le marché obligataire japonais.
Cette contraction complique également la tâche de la Banque du Japon, qui doit prendre une décision cruciale lors de sa réunion de politique monétaire en décembre. La BoJ devrait être de plus en plus incitée à relever les taux d’intérêt. Cependant, malgré la hausse de l’inflation et certains signes de tensions sur le crédit bancaire, la BoJ a maintenu ses taux d’intérêt inchangés à la fin du mois dernier. Les analystes préviennent que les derniers chiffres du PIB pourraient affaiblir les arguments en faveur d’une hausse des taux, repoussant ainsi la probabilité d’une telle mesure jusqu’en 2026.
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