Un climat de peur grandissant pousse les familles immigrées à quitter la Floride, autrefois considérée comme une terre d’accueil pour les Latino-Américains. Les perquisitions sur les lieux de travail et la crainte de séparations familiales incitent de nombreux sans-papiers à chercher refuge dans d’autres États américains.
La décision de partir n’est pas toujours planifiée. Pour une femme, identifiée uniquement par le pseudonyme « E », vivant à Tampa depuis deux décennies sans titre de séjour, le point de rupture s’est produit lors d’une sortie shopping pour les 15 ans de sa fille. Elle a alors ressenti des regards hostiles, la faisant craindre une intervention de l’Immigration et de la Douane (ICE). « Ils nous regardaient avec des yeux très laids », a-t-elle confié, redoutant que l’on n’alerte les autorités.
E et son mari sont arrivés en Floride il y a 20 ans. Leur fille, née aux États-Unis, souhaite rester dans l’État, tout comme son père, qui y a tissé des liens forts. Cependant, la politique migratoire du gouverneur Ron DeSantis et la multiplication des contrôles sur les chantiers de construction, où travaille le mari d’E, ont créé un sentiment d’insécurité permanent. Récemment, une perquisition a eu lieu sur le chantier où il travaille, entraînant l’arrestation de plusieurs de ses connaissances, dont le pasteur de leur église.
Face à cette situation, la famille a décidé de quitter la Floride. Un voisin, ayant émigré vers une petite ville du Michigan, les a contactés pour leur assurer un environnement plus serein. Il leur a décrit un lieu où les opérations de contrôle sont rares et où il pourrait même les aider à trouver un emploi.
Ce déplacement interne des populations immigrées n’est pas un phénomène nouveau, selon Matt Brooks, démographe à la Florida State University. Il explique que les immigrants s’installent généralement d’abord dans les grandes villes, puis se dirigent vers le sud ou le Midwest à la recherche de travail dans l’agriculture ou l’industrie. Enfin, ils fuient souvent vers des régions où la présence des autorités migratoires est moins forte.
Les chiffres du Département de la Sécurité intérieure (DHS) de septembre dernier révèlent qu’en moins de 250 jours, près de 2 millions d’immigrants sans papiers ont quitté les États-Unis ou ont été expulsés. Parmi eux, environ 1,6 million ont choisi de partir volontairement, un phénomène que l’administration américaine qualifie d’« auto-expulsion ». Le reste des expulsions ont été menées par les agents de l’ICE.
L’exemple du Mississippi, après le raid massif de 2019 dans des usines agroalimentaires près de Jackson, illustre cette tendance. Le flux d’immigration a alors doublé. Selon Matt Brooks, une situation similaire se reproduit actuellement dans les États les plus favorables à la politique de Donald Trump.
La Floride compte 5,4 millions de migrants, ce qui en fait le troisième État le plus peuplé en termes d’immigration, derrière le Texas (plus de 6 millions) et la Californie (environ 11,3 millions), selon une étude du Pew Research Center.
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