La flambée des prix du diesel, exacerbée par les sanctions occidentales contre la Russie, inquiète les marchés énergétiques à l’approche de l’hiver. Cette tension sur l’offre de carburant, combinée à des prévisions de demande divergentes, pourrait exercer une pression supplémentaire sur l’économie mondiale.
Le « crack diesel » CME, qui mesure l’écart entre le prix du pétrole brut et celui du diesel raffiné, a atteint son plus haut niveau depuis fin 2023 en décembre, atteignant 49,12 dollars le baril (environ 45 euros). Les contrats à terme sur le diesel à bas taux de soufre (ULSD) pour décembre 2025 se négocient désormais à 2,547 dollars le gallon (106,97 dollars le baril), contre 59,50 dollars le baril fin octobre 2025. Cette augmentation représente un bond de plus de 26 dollars le baril, soit une hausse de 113 %.
Cette situation est directement liée aux sanctions imposées par le Trésor américain aux exportations pétrolières russes, qui ont réduit les revenus de Moscou et entraîné une diminution des volumes disponibles sur le marché mondial. Les raffineurs indiens, confrontés à des difficultés de paiement et à la menace de sanctions, ont réduit leurs achats de brut russe d’environ 20 %, les obligeant à se tourner vers des sources alternatives, plus coûteuses, au Moyen-Orient.
« Le président Donald Trump est prêt à signer une législation pour imposer des sanctions à la Russie tant qu’il conserve le pouvoir de décision ultime sur de telles mesures », a déclaré un haut responsable de la Maison Blanche, cité par Reuters. Trump a également affirmé qu’il soutenait les efforts républicains visant à sanctionner les pays commerçant avec la Russie en raison de l’absence de progrès dans les négociations de paix avec l’Ukraine.
Parallèlement, les exportations russes de diesel ont diminué de 15 à 20 % par rapport à l’année précédente. Cette contraction de l’offre intervient alors que la demande de combustible de chauffage devrait augmenter considérablement avec l’arrivée de l’hiver. Les raffineries américaines, déjà fonctionnant à 88 % de leur capacité, ont peu de marge de manœuvre pour absorber une éventuelle aggravation de la situation.
Les prix du diesel ont dépassé ceux de l’essence, une situation inhabituelle qui défie les tendances historiques du marché. L’écart entre les deux prix a plus que doublé depuis octobre 2025. Le marché est également confronté à une incertitude quant à la demande future, comme le souligne l’écart record entre les prévisions de trois agences majeures : l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et l’Administration américaine de l’information énergétique (EIA). Cet écart atteint 1,8 million de barils par jour, le plus important depuis 2002, soit l’équivalent de la consommation pétrolière de la France.
Du côté de l’offre, les négociants sont tiraillés entre les sanctions américaines qui pèsent sur les entreprises pétrolières russes et la crainte d’un surplus de pétrole lié à l’augmentation de la production américaine de schiste et au ralentissement de la croissance économique mondiale. La production américaine de schiste pourrait atteindre un plafond, selon l’analyste Doug LoPachin, qui observe une baisse des volumes de pétrole et de condensats au Texas, avec une production en août de 153 millions de barils, en baisse de 24 millions par rapport à l’année précédente. Des facteurs tels que la stabilité du prix du Brent à 70 dollars le baril, la diminution du nombre de plateformes de forage et l’augmentation des coûts pour les principaux opérateurs du Permien contribuent à cette tendance.
Enfin, la météo joue un rôle crucial. Un réchauffement temporaire des températures dans le sud-est des États-Unis a atténué la demande immédiate, mais les prévisions pour décembre annoncent un possible retour du froid et de la neige, ce qui pourrait relancer la demande de chauffage. Les prévisions météorologiques pour le reste du mois de novembre et décembre sont incertaines, avec des conditions potentiellement orageuses dans l’Est des États-Unis et des températures inférieures à la moyenne en Californie et dans le Nord-Ouest.